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ACTE V

Cinquante mille francs, tout mon avoir, mon pairi.

CYPRIENNE

Quel besoin avais-tu de faire une fortune, Puisque ton mariage allait t'en donner une?

PHILIPPE

Je voulais me garder à celle que j'aimais, Et je la perds ainsi, je la perds à jamais I

GTPRIBNNE.

Vraiment, c^est un beau trait de tendresse et d'audace Que'de l'avoir ainsi jouée à pile ou facel IWais ne regrette pas de n'avoir pas gagné :

Pour peu qu'elle soit fière, elle aurait dédaigné Cet hommage d'un cœur qui consent à soumettre Son amour au hasard plutôt que son bien-être.

PHILIPPE

C'est vrail J'étais un lâche et je m'en aperçoi ! Et moi qui croyais faire un grand acte de foil Moi qui m'imaginais payer à ce que j'aime L'héroïque tribut d'une lutte suprême l

CYPRIENNC.

Le croyais-tu, Philippe?

PHILIPPE

Ah! tu peux en douter 1 C'est vrai! je t'ai donné droit de tout suspecter I

• CYPRIENNE, apr&g m lUence, tris-^mne.

Tu l'aimais donc vraiment la pauvre abandonnée, Pour avoir tant lutté contre sa destinée?

L'adieu désespéré que tu lui fais ainsi Doit mettre un peu de baume à son cruel souci...

C'est bien I tu lui devais cette dernière preuve, Fiancé de son cœur dont elle reste veuve; Et dans sa solitude un noble souvenir Du rêve mutuel pourra l'entretenir !

PHILIPPE

Non, non, qu'elle m'oublie. En mon aveugle rage

Contre mon amour seul j'ai trouvé du courage!

Insensé I le bonheur sur mon fatal chemin

Me demandait l'aumône en me tendant la main.

Et je ne reconnais le mendiant sublime

Qu'après avoir ouvert entre nous un abîme.

J'ai mérité mon sort, moi I — Mais ce cœur charmant

Sur qui par contre-coup tombe mon châtiment,

Puisse-t-il me haïr!

CTPRIENNB.

Te haïr! toi? mon frère!

Philippe, ma part de bonheur sur la terre Je ne demande à Dieu que de te la donner!

Va! j'étais dès longtemps prête à te pardonner. Puisse cette étrangère à qui tu t'associes Faire mentir un jour mes tristes prophéties ; Près d'elle puisses-tu goûter quelque douceur, Et je la chérirai comme ma propre sœur!

Tout mon amour éteint dans ce vœu se résume, Et je viens d'épancher ma dernière amertume.

Je te parle à présent d'un cœur bien affermi : Donne la main, Philippe, à ton meilleur ami.

Elle lai tend la main; Philippe la prend en baiMant les yeux, et après un moment d'hésitation, attire Cjprienne dans ses bras.

PHILIPPE

Cypriennel ô mon âme, ô mon trésor céleste!

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