La joie de Maguelonne
Des parfums radieux ont traversé le soir : Voici que de l'étang s'élève un vol de cygnes Oui semble fuir au loin vers les fleuves d'espoir.
J'entends les vendangeurs (jui dansent par les vigno>
Et là-bas. dans la chère et paisible fonH.
Les a]'bres familiers m'appellent di' leurs signes.
Le soleil, las de sa royauté, disparait.
Et ses derniers rayons vont caresser la plaine
Oui frémit longuement sous leur l)aiser distrait.
Et la luise apporte un rhythme de cantilène. PJUe herce.. Oh, la voix des vendangeurs joyeux Qui reviennent et qui chantent à perdre haleine.
C)li, la voix qui s'égare et monte vers les cieux.
]J<'s \c)td(i lujciirs. (tu Juin.
Le l'ossi^unol })riii[;mier elianle Dans le hois piirr il:' per\-('nrlii's.
O rossignol, ouvre [es ailes, Et ]iar le ciel tleuri d'aurore Va-t-cu trouver celui ([iic j'aime :
\'(d('. A messager d'aiiKiiir. vole Mil égreiiaiil les cliansous claires.
I.e rossignol ])nntaiiiei' chante Dans le Imi^ pai'é de pervenciies.
( ) cliarmeiir (\i:^ heures nocl unies. Vole \-ers ma dame de grâce
i'il haise lui la clie\elui'e :
LA JOIE m-: .AFACIKLONNE lo
Kilo m"a [ji'is tonte mon àiiic Dans la paix d'un bean crt''pnscnl('.
Le rossignol printanier cliantc Dans le Itois pai>'' de pervcncln.'s.
M(i(jnrlo)i)ie
]a\ voix nieni't ; c'esl un cliaiil iraiiinui' (|ii"i'llc ii scui
\'nici ([u"à riioi'izon vespéral luit et Une
Le san,u de (luelqui' Dieu mort d'avoir tro|i aimé.
Oh. ((uels rêves hantent mon ànio irrésolue.. Si je fuyais la ville ohseui'e.. Si j'allais Par le inonde chercher la l'oi'èt inipollue.
Si je m'évadais loin de mon Itanal palais
Pour marcher au hasard vers la bonne aventure
(Jue j'aperçus parfois dans les sttirs violets.
Par les vallons où court le limpide murmure
Des ruisseaux qui sourient de leurs bonds cristallins,
J'irais dans la virginité de nui parui'o.
Je vt^rrais les naissances d'aulte et les déclins De crépuscule, et je me perdrais dans le rêve Dont j"ai l'Ame cliarmée et dont j'ai les yeux pleins,
Le rêve beau comme une aurore qui se lève.
Dex jpi/)}r'!< IloinniP^. an loin
Viens vers le jeune époux, ù vierge souriante Qui frôles doucement l'émail de la prairie, Vers réjtoux qui le guette en la maison ileurie Et ({ue Tt-toile de ton regard oriente.
Des je}f>ips Filli's. ini loin.
Viens vers la ])l(mde lianct''e. ù solilaiie (Jui sèmes tes soupirs par la brise embaumée : Oue tes baisers joyeux chai-ment la ])ien-aimée : Elle attend là-bas, dans la i'oi-êt de mystère.
Lea jeunefi Hommrs cl les jcnnes Filles
Comme le chevalier Paris avec Hélène, Vous irez à travers la volupté des choses.
LA JOII-: nK -MACUELONNI']
Et VOUS vivrez aux paves liicnheureux où les roses Épandent le royal parfum de leur haleine.
Magaelonne
Dans Tair onL frissonné des hymmes nuptiaux. Gais comme un Itattemcjit d'ailes de Hl)ellule (Jui vague i;à et là sur la pâleur des eaux.
I.e Héros tlamboyait à mun regard crédule : 11 se dressait, dans Torgueil de mes visions. Fier et victorieux comme le prince Hercule.
Il allait, couronui'' de jour et de rayons,
Et les trompettes d'or clamaient au loin la gloire
Du guerrier qui lua panthères et lions.
S'il fallait cueillir avec lui la Heur rl'ivoire. Et s'il était l'Époux près de qui je vivrai Par le bois lumineux et propitiatoire. .
Et Dieu nous Jjénirait dans le ciel enivré.
|(> LA JOIK DE MAGIELONNE
T')i P/ixnfinl, ayi (leliorm
Je vais par les clicmins liourciix «lu inonde \'f'i's la maison di^ la Vierge au front clair Oui' vient caressor le vol dos eoloml)es VA ([Uf ["Amour guette pour sdu iriomplir.
nuand je verrai l;i radieuse llamnie Oui sourira dans les yeux bleus île mer. Je réjouirai de mes cluints Tespaoe.
Je ne connaîtrai plus les chagrins pâles.
Klle )ne dira de douces })arnles, Kt les ]ii'i''s tristement gemmés d'hiver Xdus semljleront joyeux comme ù Fautomne, (Juand les rais amis du soli'il les dorent.
A riieure royale oiï tleurit la lune Dans le jardin noir <lu nocturne éther, Nous irons sacrés d'auréoles i)nres Par les clutmps ]iarcils à des Ilots d'écume.
Maguelonnc
Mes bonnes visions n'étaient pas des mensonges, Elles me prédisaient mon triomphal destin Et c'est le î'iancé ijni parut en mes songes.
Et comme le chanteur ([ui passait au lointain Et qui clierchait à travers le monde ré[)Ouse, J'irai chercliPr l'Époux plus ])eau que le matin.
Je le trouverai dans la clairière jalouse
De cacher aux regards des hommes sa splendeur
Ou sur le rire verdoyant de la pedouse.
Oh, partir en un soir de pai\ cl de tii'deur Où flotterait l'écho des voluptés anciennes, Où les roses mettraient leur bienveillante odeur;
En un soir bleu charmé de voix musiciennes Marcher vers le divin bonheur de l'avenir, Etvoir l'.'Vimé sous les voûtes aériennes
Des chênes glorieux (pu semlileraienl liénir.
Des Voix
Vicns-t-en vers la forêt rèvéc,
Vions-t-en vers la forêt où les arbres de victoire
S'illumineront pour ton arrivée,
Où le chœur des esprits épars dans les buissons
Éveillera pour toi le rire des chansons,
Viens-t-en A'ers la forêt calme comme un grand oratoire.
Viens-t-en vers la forêt de lumière,
Où monte, parmi les soirs gioi'ieux,
Un rhythme doux comme un rhythme de mers lointaines,
Viens-t-en vers la forêt d'espoir et de prière;
Tu boiras le bonheur aux saintes fontaines,
La joie illuminei'a les joyaux de tes yeux,
Et ton front rayonnera de la divine lumière.
Magnel07infi
Je pars :
Je marche vei's la forêt d'extatique joie,
Et sous le soleil de sa rouge armure
Il surgira devant mes regards
Dans la clairière qui flamboie
D'une clarté paisible et pure,
Je marche vers la foriH d'amour.
Oh, je foulerai les uiélodieux sentiers
Et J'entendrai comme des voix de harpes Idanches,
Et des chants fleuriront par les branches
Aussi beaux que les chants des célestes pitiés.
•Te marche vers le Héros d'amour.
.Te me dresserai devant lui, libre de voiles, Il me dira des paroles très douces et très vagues, Plus douces (jue le murmure lent des vagues Où se mirent des rais immaculés d'étoiles.
Je marche vers le Rêve et vers la Joie et vers l'Amour.