‹ La joie de MaguelonneChapitre 5 sur 11 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Une salle dans un palais

Entrent des soldats

Les Soldats

Le royal Chevalier venu de l'occident Nous a guidés vers les victoires souveraines ; Nous avons combattu par le désert ardent Et nous avons orné de dépouilles nos rênes.

Ils se croyaient déjà vainqueurs, les noirs impurs. Et leur orgueilleuse espérance fut trompée ; Ils ont vu leurs châteaux farouches et leurs murs Tomber au choc de son impériale épée.

Maintenant, nous n'entendrons plus mourir de cris: Nous voici revenus vers les rives du lleuve

Où, tandis que le soir monte en les cieux fleuris, Le vol rose des flamants s'allât et s'alH'euve.

Pour nous voir, les bergers quittent champs et troupeaux, Les vierges aux yeux clairs délaissent la quenouille. C'est le temps de Tamour. c'est le temps du repos, Où la lance, pendue au croc d'airain, se rouille.

Entre le comte pierre avec des officiers

Les Soldats

Héros grave. Héros toujours victorieux, Tu parais entouré d'un amical cortège : On dirait qu'un soleil nous éblouit les yeux. Toi dont la force surhumaine nous protège. Salut et gloire, ô Chef que bénissent les Dieux.

Pierre

Nous avons combattu par des midis farouches : Un brasier d'or sanglant flamboyait dans le ciel Et les roses ot les pei'venclies seraient mortes Sous riialeine de feu qui soilait de nos bouches; Et nous frai)pions nos ennemis qui, pleins de fiel.

Maudissaient nos glaives d'acier aux lourds quillons, Et nous avons brisé les grilles et les portes Des villes qui raillaient nos troupes apparues, Et nos chevaux, rués comme des tourluUons, Hennissaient en foulant les blessés par les rues.

Les Soldats

Dis un seul mot : nous te suivrons où tu voudras, 0 toi qu'une victoire éternelle accompagne : Ta splendeur est immense et ta force infinie. Dis un seul mot, ô Maître, et nous irons, là bas, Détrôner le fier Empereur d'Occitanie Ou le sombre Vieillard qui garde la montagne ; Ou nous tuerons, par delà les désert arides, Les dragons noirs qui, l'onl ouvert et jamais las, Surveillent le jardin doré des Hespérides.

Merci. Bientôt peut-être, amis, nous partirons Vers les combats nouveaux et les villes lointaines ; Et, l'épée à nos reins et le casque à nos fronts, Nous irons encore à des victoires certaines.

Entre le roi d'égypte, avec sa coup,

Le Roi d' Egypte

0 Seigneur,

O Conquérant des monts et des plaines,

O sage Vainqueur,

Je te dois la gloire suprême.

Pierre 0 Roi, j'ai comLatUi pour ta gloire et la mienne.

Le Roi

Oh, je me rappelle..

Sans cesse les noirs Éthiopiens

Venaient piller mes pauvres villes.

Et la morne rougeur des incendies

Souillait la splendeur des soirs et des malins..

Et j'étais triste, j'étais triste,

Oh, comme j'étais triste,

Quand les Barbares surgis du désert

Hurlaient leurs hymnes de victoire

Qui montaient vers le ciel

TrouJjler le ravonnant silence des étoiles.

Pierre

Relève le front. ^Maintenant la race impie Ne criera plus ses cliants par le vague des airs, Et les lourds guerriers de la noire Ethiopie Resteront à jamais dans l'horreur des déserts.

Le Roi

Oui, maintenant, c'est l'heure de joie, Ceux qui jadis bramlirent de vaines piques Bénissent Mahom. qui t'envoie, 0 Chevalier. Sei.uneiii- des luit»'-; héroïques.

.Je suis heureux.

.Je ne crains plus les rudes ennemis

Qui, las de leurs fauves demeures,

Consternnient le pays.

Quand l'Apre galop (te leurs chevaux aventureux

Résonnait sur les bords terrifiés du ileu•^■e ;

Mes yeux ng sunt plus voilés de pleurs livides

Et c'est moi qui vais dans la victoire des hymnes.

Pierre

Seigneur, voici qu'on t'amène les prisonniers, Les chefs des ennemis et leur prince Marsile ; Les premiers autrefois, aujourd'hui les derniers, Ils arrivent, fouaillés comme une meute vile.

Entrent, parmi des soldats, marsile et les autres

Page 1