‹ La joie fait peur [microforme] (volume 2)Chapitre 6 sur 56 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

pudeur !... Mais, si je me consolais, je serais une misérable, je me haïrais ! Je n’ai plus de valeur que par mon désespoir ; je vis pour conserver dans mon âme son souvenir, son image, pour continuer sa pensée; je vis pour l’évoquer, pour le pleurer, pour l’aimer!... Et vous venez... vous osez!... (Elle traverse la scène.) Oh ! cette idée me révolte !... Vous osez venir me dire, à moi: ‘‘Je vous aime, oubliez-le, oublions-le ensemble!” Et vous vous étonnez que je m'indigne!... Oh! mais moi, je m'étonne que je puisse vous écouter encore si longtemps! Il vient ici compter mes larmes et savoir si elles ne commencent pas à se tarir... et il espère, il est capable d'espérer... et il ose rêver qu'il me consolera... parce qu'il m'aime, lui, et qu'il saura bien me prouver qu'Adrien ne m’aimait

pas!... Adrien! oh, mon Dieu! était-ce là ton ?

CTAVE. Calmez-vous, de grâce! j'ai tort...

mais je suis si malheureux de vous voir souffrir !...

MATHILDE. Je veux souffrir.

OCTAVE. Le ciel m'est témoin que je donnerais ma vie pour vous sauver de ce désespoir qui vous tuera.

MATHILDE. Je ne veux pas qu'on me sauve, je ne’ veux pas que l’on s'intéresse à moi, je ne veux pas qu'on m'aime.

OCTrAVE. Mathilde !

MATHILDE, Laissez-moi... laissez-moi !

Elle sort vivement, la porte reste ouverte, et l’on aperçoit aussitôt Noël dans lo fond, un plumeau à la main,

LU (l  À 1H

où

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