SCÈNE II
MADAME DES AUBIERS (absorbée sur la chaise longue), OCTAVE (sur le canapé à gauche), NoEL (entrant du fond dont il referme la porte), BLANCHE, MA- THILDE (dessinant).
NOEL (à voix basse, après avoir regardé Madame des Aubiers). Mademoiselle Blanche...
BLANCHE (allant à lui vers la porte). Que veuxtu, Noël?
No. C’est l'architecte, c’est-à-dire le maître macon qui vient pour le vieux mur qui est tombé...il voudrait parler à madame.
| BLANCHE (bas à Noël). Bien! (Ælle s’avance vers
sa mère, puis revient à Noël.) Apporte-t-il le plan de la grange que je lui ai demandé ?
NoEL (bas). Oui, il dit que ça ne coûterait presque rien à bâtir, que madame a ici tous les matériaux... Tâchez qu’elle consente...Vous la mènerez voir les ouvriers travailler, ça la forcera à prendre un peu l'air, à marcher. ..ce sera toujours ça de gagné. BLANCHE. Elle ne voudra pas.—Si je lui demandais de faire faire en même temps une petite serre pour mes fleurs ?
Noez. Vos quatre orangers ?
BLANCHE. J’en aurai d’autres. Mais non, il ne | faut pas que je le lui demande, elle verrait bien que c’est une idée pour elle, et elle ne voudrait pas. Il faut qu’elle croie que je le désire... Vois-tu, Noël, il n’y a que l’idée de me faire plaisir qui puisse l’entrai- | ner...il faut bien se dire cela.‘ No. Oui...Tâchons d’enlever cette affaire-là aujourd’hui, tout de suite.
LANCHE. Si je priais Mathilde...
| Norz. Elle? Elle n’est bonne à rien...elle ne sait que pleurer.
BLANCHE. Et faire des chefs-d’œuvre.
| No. Bah! les chefs-d’œuvre, ça ne console pas. BLANCHE. Pourtant...
MADAME DES AUBIERS (firée de sa réverie). Qu’estce donc? | BLANCHE (revenant vers sa mère). Maman, c’est Noël qui veut absolument que vous parliez au maître maçon pour cette nouvelle grange que vous vouliez | faire bâtir, il y a trois mois...avant notre malheur. | Je lui dis que vous n’êtes plus disposée à vous occuper d’affaires, que vous ne pouvez penser à cela maintenant. Il ne m’écoute pas...il est fou...il va faire
om mme
monter cet homme. ..il dit que ça ne coûtera presque rien.
NOEL (qui est descendu en scène). Rien...madame, rien.
BLANCHE, Qu'on pourra même adapter au bâtiment une petite serre pour moi, pour que je m'amuse à soigner des fleurs.
NoEL (à part). Très bien!
BLANCHE. Que cela me distraira. Eh! mon Dieu! je n’ai pas besoin de me distraire. ..Je ne veux pas m'amuser...ÆEt, d’ailleurs, je n’aime plus les fleurs. (Elle a gagné le milieu du théâtre.)
MADAME DES AUBIERS (à part). Chère enfant, toujours en larmes!...Cette vie-là est dangereuse à son âge...Ses belles couleurs se flétrissent. (Haut.) Tu aimais tant les fleurs autrefois!
BLANCHE. Oui, alors...
MADAME DES AUBIERS. Alors tu n’étais pas seule à les soigner...Maiïis au moins il faut garder celles qu’il aimait...c’est un souvenir chéri...Noël a raison, ma fille, je vais parler au maître maçon.
BLANCHE (bas à Noël). Tu l’entends!
Nozz. C’est de la bonne malice. (À part.) Elle est le démon du bien.
MADAME DES AUBIERS. Noël, va ouvrir la grille du côté de la ferme. (Noël sort.—À part.) Allons, du courage. (Haut.) Viens, Blanche, il faut que tu donnes ton avis; C’est pour toi. (Ælle sort avec Blanche.)