SCÈNE IN
Mon talent! Tout ce que je lui demande (aïant à la table où cite dessinait), C'est la force d'achever son portrait. Oh! je par le faire bien ressemblant. laisser de lui un beau souvenir. Ce cher portrait! ce sera mon dernier travail ! Mais. sans lui L. & Disputer à la mort cette pauvre image perdue... Ah ! r'est affreux ! (ane s'accoude sur la table; la tête dans ses deux mains, ot pleure. )
OCTAVE
Quelle idée aussi de partir, de vous quitter, d'aller courir Je monde! Comment voyage-t-on quand on est aimé! Mais moi, Mathilde, si vous m'aviez aimé un peu, seulement un peu, je n'aurais jamais eu lo courage de vous dire adieu ; non, j'aurais voulu passer ma vie à vous rezarder vivre. Je n'aurais pas rêvé la gloire, moi, le vain éclat de mon nom... Votre gloire charmante m'aurait suffi ; je n'aurais rien désiré de plus noble que de vous aider à briller vous-même pour nous; je n’aurais songé qu’à vous secourir dans vos travaux; je me serais fait le serviteur de votre génie, et ce rôle modeste et fier m'aurait enivré, Ah! c’est que moi je ne suis pas un ambitieux. j'aime! (matbitte a relevé la tête. Elle serre le portrait dans le tiroir de la table.) Sans doute, lui vous aimait, il avait pour vous une affection sérieuse ; mais s'il vous avait aimée d'amour, d’un véritable amour... {mathiide se relgve.) Vous avez beau vous fâcher, je le répète... il ne serait point parti.
MATHILDB.
Et moi je ne l'aurais pas aimé ! car c’est son ambition qui me plaisait. cette soif de la renommée, ce besoin de porter dignement un nom déjà illustre dans l'histoire de son pays. Il aimait mieux courir des dangers, braver mille morts que de rester inutile et inconnu près de moi, dites-vous? Eh bien ! c’est là son mérite à mes yeux, c’est cette audace qui m'a séduite. Adrien ne m'aimait pas! Voilà ce que vous tenez à me faire comprendre, n'est-ce pas *.. Soit, j'ai compris, et je vous réponds que j'aime mieux cette héroïque indifférence, cet abandon glorieux, que la passion exclusive, la tendresse éternelle que tout autre oserait m'offrir,
OCTAVE
Vous êtes injuste, Mathilde; je ne mérite pas cette indigna-
tion. En quoi vous ai-je donc si cruellement offensée ?
Age 1 nt CFE ESS cet ins mat
MATHILDE, avec colère Vous m'aimez!
OCTAVEe Est-ce un crime?
MATHILDE., Oui! c'est votre ami que je pleure.
OCTAVE
Vous ne Île connaissiez pas encore que je vous aimais déjà. Alors vous ne vous fâchiez pas de mon amour.
MATHILDE, avec insolence.
J'en riais.
OCTAVE
Oh! vous êtes sans pitié! Vous voulez donc me désespérer LU MATHILDE.
Vous voulez bien me consoler !.… Vous ne sentez donc pas ce qu'il y a pour moi d’offensant et de méprisant dans votre espérance ?.. Me parler d'amour quand je pleure, c'est me dire que je suis un cœur sans foi, une femme sans souvenir, sans religion, sans pudeur! ., Mais, si je me consolais, je serais une misérable, je me haïrais ! Je n’ai plus de valeur que par mon désespoir ; je vis pour conserver dans mon âme son souvenir, son image, pour continuer sa pensée ; je vis pour l’évoquer, pour le pleurer, pour l'aimer !... Et vous venez... vous osez!..… (ne traverse 1a scène.) Oh ! cette idée me révolte !. . Vous osez venir me dire, à moi : « Je vous aime, oubliez-le, oublions-le ensemble! » Et vous vous étonnez que je m'indigne !.… Oh! mais moi, je
m'étonne que je puisse vous écouter encore si longtemps! Il vient ici compter mes larmes et savoir si elles ne commencent pas à se tarir.…. et il espère, il est capable d'espérer. et il ose rêver qu’il me consolera.. parce qu’il m’aime, lui, et qu’il saura bien me prouver qu’Adrien ne m’aimait pas!.… Adrien | oh mon Dieu! était-ce là ton ami?
OCTAVE
Calmez-vous, de grâce! j'ai tort. mais je suis si malheureux
. de vous voir souffrir!
MATHILDE, Je veux souffrir. .
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