L'ENFANT ENLEVÉ
Dans' une belle maison de campagne^ sur les bords de la Medway, demeurait un gentilhomme nommé Darnley. Il avait, pendant sa jeunesse, occupé un poste important à la cour, et, dans un âge avancé, il conservait encore ces manières distinguées qui caractérisent un homme accompli.
La perte d'une épouse adorée avait donné à son extérieur et à ses démarches quelque chose de sombre et de sérieux y que beaucoup de gens prenaient pour de la hauteur, quoique dans le fond, rien ne
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fût plus éloigné du caractère de M. Darnley, car il était affable, doux, humain et bienfaisant.
Toute sa famille consistait en une sœur unique, qui, ayant perdu comme lui l'objet de sa tendresse, cherchait à se consoler de ses malheurs, en partageant ses soins entre son frère et ses aimables enfans. La fortune de M. Darnley le mettait a portée de les placer dans la première école de Londres , mais il aima mieux se charger lui-même de leur éducation. De plus, madame Collier, sa sœur, lui ayant offert de le seconder , il résolut de ne point prendre d'institutrice encore de quelques années, et de s'en tenir à la bonne Chapmann, leur gouvernante, qui était une digne femme, a qui il pouvait confier ses filles en toute sûreté.
Un ancien ami de M. Darnley, venait d'acheter une maison à Rochester, et Fa- 'vait invité à y venir passer quelques jours avec sa sœur. Ils emmenèrent avec eux
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Emilie , que madame Collier regarda comme trop grande pour être confiée à une gouvernante, et ils laissèrent à la tonne Chapmann , Sophie , Amanda et Elise.
L'intention de M. Darnley était que ses filles se levassent tous les jours de bonne lieure, et allassent faire une longue promenade avant le déjeuner; mais il leur avait en même temps strictement ordonné de ne jamais sorlir de ses terres, à moins -qu^elles ne fussent avec lui ou avec leur tante. Elles avaient souvent fait tous leurs efforts pour engager leur gouvernante à enfreindre l'ordre de leur père ; mais cette digne femme n'avait jamais voulu abuser de la confiance qu'on lui avait accordée, et avait toujours résisté aux instances qui ^m avaient été faites.
Le jour qui suivit le départ de M. Darnley, madame Chapmann se trouva indisposée, au point de ne pouvoir accompagner les demoiselles à la promenade. Elle
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les fît pourtant habiller et les envoya avec une jeune femme-de-chambre à qui elle recommanda de ne pas aller au-delà du petit bois. Elles partirent toutes ensuite de fort bonne heure.
A présent^ Susanne, dit Sophie en en-trant dans le jardin, vous ne sauriez trouver une plus belle occasion de nous obliger : conduisez-nous au village , vous pourrez vous-même y voir vos parens.
Ah! mademoiselle, reprit cette fille, vous savez que c'en est fait de ma place, si madame Ghapmann vient à le découvrir.
Xie découvrir! vraiment, dit Amanda, comment voulez-vous qu'elle le découvre?
Menez-^nous au village, vous serez une bonne fille; oui, ma bonne, ma chère Susanne, menez-nous y, dit Élise, en sautant devant ses sœurs, je vous montrerai le chemin, car j'y fus l'été dernier avec papa.
Soit envie d'obliger ses jeunes maî-
tresses, soit désir de voir ses parens, Suzanne eut le malheur de céder, et notre bande joyeuse fut bientôt arrivée au village.
La mère de Susanne fut ravie d'avoir à la fois le plaisir de voir sa fille, et l'honneur de recevoir mesdemoiselles Darnley.
O mes chères, mes aimables demoiselles ! leur dit-elle, il faut que je vous apprête quelque chose à manger, vous devez avoir besoin après une si longue route : mon four est tout chaud, il ne me faudrait pas plus d*un quart d'heure pour vous faire un gâteau, et pour traire Jenny. Un gâteau frais et du lait chaud étaient trop ^éduisans pour que Ton pût résister à la tentation. Susanne prit quelques lasses de porcelaine qui étaient arrangées suivie manteau de la cheminée, et se mit à les bien essuyer pour ses jeufiësïtfàîtr esses.
Elise suivit la mère de Susanne à l'étable ; elle l'accablait de mille questionis, lorsque toute son attention fut portée vers
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un jeune agneau qui s'avançait en bêlant vers sa maîtresse, et semblait lui demander son déjeûner.
Il vous faut attendre un peu Billy, et laisser servir avant vous ceux qui valent mieux; ne voyez-vous donc pas que nous avons aujourd'hui du. monde comme il faut à déjeûner.
Elisp était tellement charmée de la beauté de ce petit, agneau, qu'elle eut envie de l'embrasser. Dans cette vue elle se disposa à le saisir, mais Pingrat Billy se mit à faire un bond et s'échappa. Elise le suivit dans l'espérance ^de l'attraper, mais il courut en bêlant jusque sur la grande route.
Il vint à passer au même moment une femme dont les habillemens annonçaient la pauvreté; mais dont l'air riant semblait annoncer un bon caractère. Elle accosta famihèrement Elise, en lui disant :: x^et agneau-là, mademoiselle, n'est pas, à beaucoup près, ni aussi beau, ni aussi
âoux que celui que j'ai chez moi^ car* on ii'a qu'a l'appeler Bob, et il va vous suivre d'un bout de la ville à l'autre; il rapporte comme un chien; il se dresse suc ses pieds de derrière, dès que mon mari dit : debout! en un mot, il fait plus de tours qu'une jeune chatte.
V ^^O le joli animal! reprit Élise, j'aurais^ bien envie de le voir ! Eh bien, venez avec iilbi, dit cette femme, car je demeure au bout de ce champ ; mais il faut courir de toutes vos forces, car mon mari va à l'ouvrage, et il emmène ordinairement Bob avec lui.
En ce cas, dépêchons-nous, dit Elisée/ car je ne puis m'anêter une demi-minute. Donnez-moi la main, dit la femme, car nous courrons plus fort ensemble, fttâts, voilà mon mari avec Bob, qui selon sa coutume, va bondissant devant lui^^^^'
Où* donc? ou donc? s^écria Elise en levant la tête tant qu'elle pouvait, afin de voir l'agneau.
Vous n'êtes pas assez grande, lui dit celle artificieuse créature ; ruais je vais vous lever, je suis sûre qu'alors vous les verrez. Elle la js^i,ût aussitôt, en lui disant : Regardez du côté du clocher; je m'en vais courir avec vous, et je gage que nous les attraperons bientôt, j^ ^
Elise se tua de regarder, mais en vain; ei is'apereevaat qu'elle avait déjà peçd^ le village de vue, elle pria la femme de la mettre à terre, en lui disant qu'elle na voulait pas aller plus loin.
vCette malheureuse était tellement essoufflée par la rapidité de l^,ço,urs.e qu'elle venait de faire, qu'elle était hors d'étal de luirépaqdre. Éhsè continuait à la supplier de s'arrêter^^e|. s'agitait pour se débarrasser de sesbras* Enfin, au bout d ui4 quartnâ^fi^e^ $eti:o^>^ant excédée, elle s arrêta et s'assît sur un banc, en tenant fortemeiiit Elise par le bras. Geite pauvre enfant jetait des (cris horribles, et la suppliait de la laisser aller.
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Vous laisser aller, après toute la peine qtte ^'ai eu à vous attraper! Non^ iîoit| vous ne m y prendrez pas, je vous en réponds ; mais soyez bonne fille, ne criez plus, et vous verrez Bob tout de suite peut-être.
O mes sœurs! mes sœurs! criait cette pauvre enfant, laissez-moi aller vers elles.
JL
Vos sœurs ! ob ! je vous en trouverai un bon nombre d'ici à peu de jours; mais comme elles ne vous connaîtraient pas avec ces beaux habits, il faut les ôter surle-champ, et ensuite nous courrons de nouveau après Bôb. A ces mots, elle lui enleva son ajustement, et la força de mettre des haillons qu'elle tira d'un sac qu'elle avait sous son jupon. Elle en tira en même temps une bouteille d'une cer- Yaîne liqueur, dont elle lui barbouilla le visage, et malgré toutes ses remontrances lui coupa ses beaux cheveux ras de la tête. Elle était alors tellement déguisée, qu'il eût été impossible à monsieur Darn-
ley lui-même de la reconnaître. Elle la fil marcher, jusqu'à ce qu'elle fût excédée de fatigue.
Elles joignirent au moment même le chariot de Canlorbery, et pour une bagatelle que la femme donna au conducteur^ il consentit à les conduire à Londres. Élise ne cessait de pleurer, mais elle n'osait se plaindre, car sa barbare compagne l'avait menacée de lui briser les os 5 si elle avait le malheur de faire le moindre bruit.
Quand elles furent arrivées à la ville ^ elle la traîna, car il lui était impossible de la faire marcher , dans un misérable isoulerrain, plus bas que le sol de plusieurs •marches ;% elle lui donna alors,4u^^ajî,a néu beurre et la fit coucher. Son lit , s'il est permis de l'appeler ainsi, n'était autre cliQse qu'un amas de chiffons jetés jdans un coiur^ sur le quel on avait mis tme çQiivej^rg jale.^Elle la laissa alors seule, pleurer son malheur et regretter de ii'avoir pas suivi les ox^dres de aon père.
Le lendemain matin, elle parlit au point du jour, et la fît marcher tant que ses pauvres petites jambes voulurent la porter , sans lui faire prendre la moindre chose. Elle passa la seconde nuit dans une grange 5 et le troisième jour , vers les cinq heures après midi , elles arrivèrent à une petite maison qui avait une apparence de propreté. Sa conductrice frappa à la porte, et elle vit en entrant neuf ou dix enfans occupés à faire de la dentelle.
Gomment, Peggy , dit la femme qui vint leur ouvrir , je croj^ais que vous ne vdùliezplus revenir? Cependant vous m'a- ^éïféz iciliëlqu^iin, dieu Mit %l j'eiTM Besoin, car deux de mes morveuses se sont avisées de tomber malades , et'|e ii^i dé ma vie eu autant à faire.
Le lendemain Elise fut débarrassée de ses guenilles. On lui fît endosser lïûe Tôfee d'étoffe brune, on lui mit un bonnet rond fort propre, et un petit tablier de couleur^ lia maîtresse de la maison lui donna ordre
de répondre à ceux qui lui demandéraiient son nom 5 qu'elle s'appelait Biddy-!Bu|ii^^ et qu'elle était sa mère. La sévérité que mettait celle méchante femme à faire ejcé,cuter ses ordres , empêchait les victimes inforlunées, qui étaient sous sa férule de lui désobéir. La plupart d'en tr'elles lui avaient été amenées par la malheureuse c[ui avait trompé Elise, et toutes avai^jxt Teçu l'ordre de débiter de pareils raen- ^sonj^es. ^ . , ^^
Mais il est temps, je pense, de ramener mes jeunes lecteurs à ce qui se passe .au village, où nous avons laissé Suzanne préparant le déjeûner, et Sophie et sa tsœur attendant avec imp^tJLcnce que^,^^ gâteau fût prêt.
La mère de Suzanne revint bientôt avec «on pot au lait. Sa fille lui demande avec t^ivacité : Où est mademoiselle Elise? O l'aimable enfant ! reprit-elle , elle ya j^r venir dans le moment. Elle est allée courir après Billy : ce sont deux innocens en-
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semble. Ensuite elle se hâta de retirer le gâteau du four, et d'y mettre du beurre. Sophie, pendant ce temps, courut promptement à la porte de l'étable, et appela Elise de toutes ses forces. Voyant qu'elle ne lui répondait pas , elle retourna à la maison. Suzanne alors commença à être alarmée ; mais ses jeunes maîtresses la rassurèrent , en lui disant que ce n'était là qu'un tour d'Elise. Mais hélas ! elles £«•? rent trop tôt désabusées , et virent que ce n'était pas une plaisanterie, mais qu'il lui était arrivé quelque malheur.
Tout le village retentit des cris de mademoiselle Elise ! mademoisieUeElkeJ Sfir zanne, sa mère, leurs voisins qui avaient entendu parler de ce malheur, se tuaienrt de l'appeler; ses soeurs, que la douleur avaient presque égarées, couraient de tous côtés en criant : Ma chère Elise, ma bonçys Elise! si vous êtes cachée, répondez- nous
par charité. . ,:,,.,..-.. m--
Il était neuf heures et demie passées
lorsque madame Chapmann se leva^ et -comme on lui dit que les jeunes demoiselles n'étaient pas encore revenues de la promenade, elle envoya une servante audevant d'elles.
Betty, c'était ainsi qu'elle se nommait, parcourut sans succès le jardin, et le petit bois : elle retournait prévenir madame Chapmann qu'elle ne les avait pas trouvées, quand elle aperçut Suzanne et le$ deux enfans entrant par une petite barrière qui était au bout du bois.
Oii est mademoiselle Elise ? s'écria^' t-elle de toutes ses forces. Dieu seul le sait, répliqua la négligente Suzanne, que ses sanglots empêchaient de parler. Comment? qu'est-ce? répliqua Betty, notre pauvre gouvernante en va devenir folle.
AH'ïriènrïïènt même, cette digne femtûe' venait de quitter sa chambre, et était descendue dans le jardin pour voirclé qu'étaient devenues ses jeunes élèves. Elles «'approchaient déjà de la maison : Vene?^,
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mes enfans , leur dit-elle , ne voyant pas qu'Elise manquait; venez vite, je croyais que vous n'aviez pas envie (Je revenir* Mais s'apercevant tout-à-coup qu'elle manquait : Eh bien , Suzanne , dit-elle , qu'avez-vous donc fait de mon petit ange , de mon aima^ble Elise?
O ma bonne] ma bonne ! dit Sophie, ma sœur est perdue ! vraiment perdue ! Perdue I s'écria la pauvre gouvernante ; que dites-vous là ! que viens-je d'entendre ! Ah ! mon maître ! mon cher njaitre ! je n'oserai plus paraître devant vous.
Suzanne répéta alors à madame Chapmann tout ce que nous venons de rapporter. Elle déplorait la faute qu'elle avait faite en cédant au désir de ses jeunes maîtresses 5 qui déclarèrent qu'elle ne voulait pas enfreindre l'ordre de leur père.
On fit aussitôt monter à cheval les domestiques, et on leur fit prendre des routes différentes. On ne pouvait plus douter qu'Elise n'eût été enlevée , car il n'y avait
pas d'eau dans le voisinage de la maison |, ^t s'il lui fût arrivé quelque malheur, oii n'eût pas manqué de la trouver, puisque sa bonne et ëeâ soeurs avaient fouillé tout le village avanj: de revenir à la maison.
Un des domestiques fut envoyé a Rocliester, un autre vers Londres , le troisième et le quatrième devaient les croiser par des chemins de traverse ; mais ils ne purent en avoir la moindre nouvelle, pas même le plus léger indice qui pût les ai-* der à la trouver ou à découvrir les traces de l'infâme qui Pavait enlevée.
Le troublé et la douleur de M. Darnley, lorsqu'il apprit cette fâcheuse nouvelle^ peuvent bi^én se concevoir, mais tiàd pas se rendre. Il envoya des circulaires de tous côtés ; il y donnait le signalement de sa fille, et promettait une récompense de 5oo guinées à qui la lui ramènerait.
Sophie et Amanda étaient inconsolables. On renvoya Suzanne avant le retour de M. Darnley, qui tarda plus d'un mois
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à revenir chez lui. Comme les personnes qu'il avait envoyées à la recherche de sa fille ne iiii rapportèrent pas de nouvelles satisfaisantes , il se rendit lui - même à XiOndres, et y visita tous le,s lieux qui servent d'asile au vice et à la misère. A la fin il cessa toutes recherches , s'apercevant que sa santé s'ajtérait et ne lui permettait pas de les continuer.
Neuf mois se passèrent ainsi tristement, sans qu'on eût la moindre nouvelle d'Elise. Le temps , qui guérit ordinairement tous les maux, n'avait encore pu adoucir le chagrin cuisant qu'avait causé cette perle. Elle avait tellement affecté leHnorai de M. Darnley, que le physique s'en ressentait. Son état exigeait des attentions et des soins non interrompus ; madame Collier, afin de pouvoir les lui prodiguer, prit une gouvernante pour ses nièces.
Quoiqu'Emilie aimât tendrement Elise, son chagrin était pourtant moins cuisant que celui de ses sœurs, car elle n'avait pa§
à se reprocher d'avoir contribué à sou malheur. Je ne me pardonnerai jamais, disait souvent Sophie 5 d'avoir enfreint les ordres de mon père, et nous sommes d'autant phis coupables de ne pas faire ce qu'il veut, qu'il a plus de bonté pour nous. J'étais l'aînée et je devais avoir plus de raison que les autres ; c'est la pauvre Elise qui est la victime de ma faute. C'était ainsi qu'elle déplorait son imprudence: souvent, abîmée dans ses réflexions, elle tombait évanouie et ne revenait à elle que pour verser un torrent de larmes.
Pendant que toute cette famille se désespérait ainsi vivement à Darnlej^-Hall, la jeune Elise commençait a trouver son sort moins rigoureux; elle se pliait avec patience et résignation au nouveau genre de vie qu'elle était obligée de mener,
La femme chez laquelle elle demeurait fabriquait de la dentelle, et Elise avait acquis assez d^adresse dans ce penre de travail, pour se trouver en état de faire
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tous les ouvrages qu'on lui donnait. Si ^ par hasard 3 elle ne pouvait en venir à bout^ Salîy Buttchell, une de ses co,mir^ pagnes 5 qui avait environ deux ans plus qu'elle, et avec laquelle elle 3'ét*)it U^e^ avart toujours la complaisance de les lui achever.
La maison de madame BuUen n'était qu'à un quart de mille de High-Nycombe. Chaque fois qu'elle y allait , soit pour y faire des emplettes, soit pour se défaire de ses marchandises , ce n'était jamais^ qu'avant le lever ou après le coucher de ses petites ouvrières , encore avait-elle grand soin de fermer la porte ^prèseUa^ et de prendre la] clé dans sa poche , de sorte que ces pauvres enfans ne trou- Yaient jamais l'occasion de se plaindre à qui que ce fut.
Pendant une après-dînée du mois d'août qu'il faisait une chaleur excessive , et que tous les enfans étaient à l'ouvrage, niadame Bullen avait laissé la porte ouverte
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pour donner de l'air ; une dame d'un certain âge vint à passer par-là avec un monsieur; ils entrèrent et demandèrent à madame Bullen la permission de se reposer, en lui disant que leur voiture venait de se casser à un mille de là 5 et qu'ils avaient été contraints de marcher à pied à l'ardeur du soleil.
Madame Montagne qui avait l'âme généreuse, ne put voir sans intérêt tant d'enfans occupés tous à un travail qui exige beaucoup d'adresse. Elle fît à madame Bullen plusieurs questions sur leur compte; mais la confusion et l'embarras; de ses réponses , excitèrent la surprise et la curiosité de madame Montagne.
Mon ami, dit-elle en se retournant vers son mari, qui se tenait à la porte pour voir si leur voiture approchait, voilà de bien jolis enfans|: cette petite surtout > qui a un signe sous l'œil gauche, est une beauté accomplie. M. Montagne se re-* tourna alors , et considéra Elise de ma-
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iiière à prouver qu'il était, de l'avis de sa ieaime.
Comment vous appelez- vous ^ mOiii amie? lui dit-il avec un ton de douceur auquel elle était peu habituée depui^ongtemps. Elle devint aussitôt rouge comme du feu 5 et jeta un coup-dœil sur sa barbare maîtresse. Celle-ci^ craignant d'être trabie, prit la parole et répondit: Elle se nomme BiddyBullen, monsieur; 'elle est ma nièce, mais c'est une petite imbécile qui est d'une timidité excessive fgllejst toute interdite lorsqu'elle parle à des gens comme il faut. Allez , Biddy , continua-Jtelle 5 allez dans ma chambi^^^^à^^Çi^olierj et vous déviderez le fil qui est ^ur Ii^ xdié* ^idoir. '.^ 'm -t«^ -^^ , ..i:^.-.
Vous devriez, lui dit M. MojQlagiae , ^cbercher à vaincre cette tiniidité-i^ en la forçant de répondre aux personnes ; qui lui font des questions; mais en parlant „pour elle , vous ne faites qu'çncourâger un défaut dont vous vous plaignez. Venez
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ici, mon enfant, conlinua-l-il , envoyant qu'elle gagnait déjà l'escalier, venez, n'ayez point peur, et dites -moi voire îiom.
La bonté de monsieur Montagne enhardit la pauvre Elise ; elle fut à lui, quoique madame Bullen s'efforçât, par ses regards Âe l'en empêcher. Eh bien ! lui dit-il en la caressant, où avez-vous attrapé ce joli signe ?
C'est maman qui me l'a donné, répondit Elise en rougissant ; mais je ne l'ai jamais vue, ma bonne Chapmann m'a dit qu'elle mourut lorsque je vins au monde.
Votre maman! reprit-il, et comment s'appelait-elle? Darnlej, monsieur, reprit-elle; et, se rappelant tout-à-coup la kçon qu'on lui avait donnée, mais moi je m'appelle Biddy Bullen, et voici ma tante.
Darnley ! s'écria monsieur Montagne, mais c'est l'enfant que l'on a réclamé, il y a un an passé, dans les papiers publics.
Alors la regardant pour s'en assurer plus positivement : Ce signe ne permet plus d'en douter^ îfimi i
Monsieur Montagne fît aussitôt ses €î|ïorts pour s'emparer de madame Bullen; mais elle fut assez adroite pour s'échapper, et sortit par une porte de derrière; 011 la perdit de vue presqu'aussitot^^iii u
Est-elle enfin partie? se demandèrent aussitôt toutes ces jeunes filles : et lorsque monsieur Montagne leur assura qu'elle Tétait en effet, elles firent éclater leur joie de mille manières différentes. Les unes criaient, les autres riaient, d'autres :$autaient; enfin jamais,JAjic^;f^ passa de scène plus propre à émouvoir un cœur sensible.
Ee carrosse de monsieur Montagne ar-riva dans ce moment; il envoya son laquais chercher le magistrat de JXycombe; il voulut rester à la maison jusqu'à son arrivée, et pendant ce temps questionner les enfans. Deux d'entre eux avaient été
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enlevés si jeunes qu'ils n'avaient aucune connaissance de leurs noms ni de leurs famille. Quant aux aulres, ils lui donnèrent des détails si clairs, qu'il ne douta plus de la possibilité de les rendre à lëtirs parens, et de mettre un terme à leur doubleur. 1
Le magistrat ne larda pas à arriver, il était accompagné du pasteur, qui, ayant entendu dire au domestique de mônsîiétir Montagne qu'il y avait eu un enfant enlevé/venait offrir sesservices. Il prit sBlissa protection toutes les jeunes filles, à l'exception d'Élise, car madame Montagne avait tant d'impatience de la rendre à ses parens, que son premier soin fut d'engager 5on mari à prendre une chaise de pilste et à se rendre directement à Darnley- Hall, ôûe ils arrivèrent le jour sui'liantWns les trois heures de l'après-raidir^^' ^ 11^1-1
Madame Collier était à la fenêtre lorsque la vditure arrêta. Ses yeux se portèrent rapidement sur sa nièce, et elle s'é-
cria avec transport : Ma pauvre enfant ! ma chère Elise! .r^i* i e 3>ll
Monsieur Darnley, qui était^à lîy§^^^, lança de son siège, et vola à la porte transporté de ioieu Au bout .d'im moment il ' revint avec son LIise qu'il pressait contre son cœur palpitant. Cette heureuse nouvelle fut bientôt répandue dans la maisonj les autres enfaiis accoururent pleins d'impatience pour partager la joie de leur père. Il faudrait, pour exprimer leurs transports, et donner une idée de leur bonheur, une phime plus habile que la mienne; encore pourrait-elle ne les peindre que faiblement, c'est pourquoi j'aime mieux les laisser deviner à mes lecteurs.
De ce moment, les enfans de monsieur Darnley prirent d'un commun accord la résolution d'exécuter strictement ses ordres, et de ne jamais y contrevenir en la moindre des choses.
Monsieur Darnley accabla de caresses monsieur et madame Montagne, et les
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pressa de passer quelque temps chez lui. ' Ils eussent accepté ses offres avec reconnaissance, s'ils n'eussent pensé aux pauvres enfans qu'ils avaient laissés à JVjcom-^^ be, et qui semblaient réclamer leur appui; car telle était la philantropie de monsieur Montagne, qu'il croyait n'avoir rien fait tant qu'il lui restait du bien à faire.
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