‹ La jolie ferme, ou La vertu rompenséeChapitre 16 sur 17 · SECONDÉ PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDÉ PARTIE

A mesure que l'aimable et rintéressaîll^ Pékin avançait en âge, madame Cavendish s'attachait davantage à elle, et madame Roper en était d'autant plus mortifiée, qu'elle vo^^ait sa fille perdre tous les jours de Famitié'de sa tante. Le fait est que madame Cavendish avait cru reconnaître dans le caractère de sa nièceun fond de jalousie insupportable, une petitesse d'esprit susceptible de toutes sortés de bassesses, et cela avait beaifèôup

diminué reslime et la tendresse qu'elle avait pour elle.

Madame Cavendish voulait élever sa petite protégée de itilliïiIrS à ce qu'jeïlé pût un jour être à même de faire réducation de jeunes demoiselles ; et pour la rendre à la fois utile et respectable , elle voulut qu\*lle n'eût point d'autres maîtres que ceux de Charlotte et de Matliïlde, et qu'ils eussent pour elle les mêmes soins qu'ils avaient pour sa fille feîfi^â nièce.

Tant d'attention de la part de madame Cavendish, causait autant de joie à Mathilde que de peine à Charlotfôl fâfe avait conçu pour Pékin une haine invétérée qu'augmentaient encore les élogjèè qu'on lui prodiguait. Aussi résbîut-èîle de la perdre dans l'esprit de sa tante, et comme ^le ne pouvait y parvenir par déll<}ls€Ours^ malins et des suggestions perfides , elle r4,a<)luj: d'aMoiri^ecours à des manœuvres tramées avec autant de réflexion cjuë de noirceur.

Madame Cavendish çivait derrière sa maison un fort beau jardin : \\ était planté d'arbres en espaliers de toute es-^ pèçe. Elle en avait fait un choix particulier, car son plus grand plaisir était d'en donner les fruits à ceq;sc de ses ami^ qui ne pouvaient avoir d'espaliers.

Charlotte s'étant aperçue que sa tante avait fort à cœur de conserver ces fruits ^ forma le projet de les cueillir. Elle cherchait avec tant d'empressement l'occasion d'entrer seule, au jardin, que chaque fois qu'elle la trouvait, elle cueillait trois ^u quatre pêches, et avait grand soin d'eii mettre les noyaux au fond d'une petite boîte que Pékin avait da^ns s^ cha;inbpe^

Quelques jours après madame Cavendish cru|: s'apercevoir qft'Ma^ arquait diea^ fruits à, sesi arbr^ , s^ns pourtant avoît d§ certitude U-desssus; ^nfin elle s'avisa de les compter sans faire part de ser soupçons à qui que ce fût.

Le lendemain matin elle alla dans son

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jardin, et vit clairement qu'il lui manquait onze des plus belles pêches. Elle revint dans son salon, où madame Roper, Mathilde, Pékin et Charlotte étaient à travailler; elle leur témoigna combien ce dont elle venait de s'apercevoir la mécontentait; qu'elle voudrait bien connaître i'auteur d'une action aussi basse.

J'étais bien sûre, Pékin, dit Charlotte, que vous ne pourriez manger toutes les pêches que je vous ai vue priendre, sans être découverte; et si je n'eus pas craint que ma cousine me taxât de bavardage, j'aurais bien recommandé à ma tante de prendre garde à vous, la première fois que je vous ai surprise.

Vous m'avez surprise à prendre des pèches, mademoiselle Roper, répondit Pékin, étonnée d'une pareille accusation! Je proteste sur mon honneur que je n'ai touché de l'année d'autres pêches que celles que madame Cavendish a eu la bonté de me donner.

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Oui, reprit Charlotte, je vous ai vu^ prendre des pêches ; c'est vous parler français, ie crois: ie vous ai même vue les porter dans votre chambre; pcuvezrrt vous le nier^ mademoiselle, qui vous targuez tant de votre honnêteté.

Oui, je puis le nier, dit Pékin fondant en lai^mes; je suis surprise que vous soyez assez méchante pour inventer de pareils mensonges.

Vous êtes bien hardie et bien effrontée, petite vagabonde, s'écria madame Ropei?^^ de prétendre que ma fille a dit un mensonge. Je me doutais bien que ce seraijb; de cette manière que vous reconnaîtriez les bontés de flia sœur, car. tou,s les gens de votre pays sont un tas de coquins et de fripons.

Madaine Roper, reprit madame^Xîsi'4 vendish , cette petite fille est ici sous ma protection, et je ne souffrirai jamaisiquQ qui que ce soit l'insulte et l'opprime. Si elle a pris les pêches, elle a commis uae^^

grande faute , mais il n'y a que moi qui aie le droit de l'en punir. Au reste, je suis fort disposée à croire que ma nièce s'est méprise.

Oh ! point du tout, ma tante, reprit Charlotte, je l'ai vue en manger une en haut; ses doigts étaient même encore remplis de jus.

— Eh bien ^ ma sœur, s'écria madame Roper, vous n'avez qu'à monter dans sa chambre; les noyaux seront sûrement restés dans quelque boîte ou dans quelque tiroir.

Madame Cavendish suivit l'avis de sa sœur, et revint un moment après avec environ quarante noyaux de pêches.

Pékin devint aussi rouge que le feu , et dit en tremblant à madame Cavendish :

Ce n'est pas sûrement dans ma chambre que vous les avez trouvés ?

Pardonnez-moi, reprit madame Cavendish, c'est justement dans la vôtre que je les ai trouvés. Je vous avouerai même

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que j'étais loin de m'y attendre. En vérité , Pékin ^ votre conduite a troublé mon repos , en détruisant mes espérances et l'amitié que j'avais pour vous. J'aurais bien pu vous passer le vol du fruit , mais l'assurance avec laquelle vous le niez , c'est à quoi je ne devais pas m'attendre, et c'est ce que je n'oublierai de ma vie. Rendez-vous sur-lechamp dans voire chambre , et ne paraissez devant moi que lorsque ma colère et mon chagrin seront apaisés.

La pauvre Pékin n'osa chercher à émouvoir la pitié de sa bienfaitrice dans la crainte de l'ofTenserj ^.e se retira dans 5a chambre, toute troublée et réduite au désespoir. On ne voulut pas souffrir que Mathilde allât la voir. Il y avait déjà trois jours qu'elle était ainsi captive, lorsque les domestiques qui lui portaient sa nourriture, rendirent compte à madame Cavendish que la douleur l'accablait et l'empêchait même de manger. Alors elle se

détermina à lui pardonner dans la crainte de la rendre malade, quoique son intenlion fut d'abord de faire durer plus longtemps sa détention.

Charlotte eut alors la douleur de voir Pékin rentrer dans les bonnes grâces de sa tante ; madame Roper qui avait eu part aux projets de sa fillcj, fut horriblement vexée de voir qu'il avait eu un si mauvais succès ; elles en conçurent un autre où il y avait beaucoup pkis à risquer,' mais dont les suites devaient nécessaire-ment être beaucoup plus décisives.

Madame Cavendish était singulièrement attachée à une petite miniature qu'elle portait à un bracelet et qui représentait le portrait de son époux. Elle avait coutume de Tenfermer dans une boîte qui s'ouvrait par un ressort, et qu'elle laissait ordinairement sur sa toilette. Elle s'était fait une loi de ne jamais l'ouvrir en présence des domestiques, mais tous les enfans en connaissaient le

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secret. Cbarlotte forma la résolution de s'emparer de ce bijou, et le remit à une pauvre fille fort bornée qui avait autrefois servi madame Roper, et qui se rendait alors à Londres. Elle sut endoctriner cette malheureuse, au point qu'elle se chargea de le vendre. Charlotte lui recommanda bien que si on venait à lui demander de qui elle la tenait, elle eût à répondre que c'était de la petite fille gui demeurait chez madame Cavendish, qui l'avait trouvée en se promenant sur le bord de la rivière.

Comme madame Cavendish n'avait jamais demeuré à Londres, et que cette servante était connue pour avoir demeuré chez madame Roper, le bijoutier n'eut pas de peine à croire ce qu'elle lui dit. II prit sa miniature, lui donna une guinée à compte, et lui en promit une autre si au bout d'un mois on ne la réclamait pas : ce qui pouvait, à son avis, fort bien arriver, car elle ne pouvait ap-

parfenîr qu'à quelqu'un du voisinage^ qui ne manquerait pas de faire dea recherches.

Comme madame Cavendish ne portait ce bracelet que lorsqu'elle vse mettait en grande parure, quinze jours s'écoulèrent .sans qu'elle pût découvrir le vol. La patience de Charlotte était à bout^ quand enfin arriva le jour tant souhaité qui devait perdre sans ressource ceMe à qui elle avait voué une haine implacable, et lui donner en même temps le plaisir 2ne:xpri* niable d'être témoin de sa ruine-

Madame Cavendish fut singulièrement étonnée en ouvrant la boîte de ne plus trouver son bracelet. Elle ne le crut pourtant pas perdu ; elle s'imagina qu'elle pourrait fort bien l'avoir serré ailleurs avec quelqu'autre de ses bijoux. Dans cette idée elle fouilla, mais en vain^ dana tous les tiroirs, dans toutes les boîtes et les armoires ; ce fut alors que son déplaisir fut porté jusqu'à l'inquiétude. Elle

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se souvenait d'avoir ôlé son bracelet la dernière fois qu'elle avait fait des visites, et plus elle réfléchissait, et plus elle était tourmentée par ses soupçons, moins elle savait sur qui les faire tomber.

Tons ses domestiques étaient avec elle depuis treize à quatorze ans, d'ailleurs leur fidélité avait souvent été mise a l'épreuve. Pékin ne l'avait Irompée qu'une seule fois, et encore que pouvait-elle faire du bracelet dans un âge aussi tendre? Elle croyait bien Charlotte capable des tours les plus noirs, mais seulement lorsqu'elle y était intéressée.

Désolée de la perte d'un bijou auquel elle attachait tant de prix, et ne sachant que faire pour le retrouver, elle prit le parti de le faire crier. Elle s'imagina qu'elle pouvait s'être trompée, et que peut-être elle l'avait perdu en revenant de chez monsieur Fowler.

Le bijoutier qui l'avait acheté, était justement devant sa porte lorsque le crieur

en annonça la perte et en fît la description. Il rentra dans sa boutique, et après avoir examiné celui qu'il avait acheté, il vit que c'était précisément le même que l'on réclamait. Il appela le crieur, lui rendit compte de la manière dont il en avait fait l'acquisition. Tous deux alors soupçonnent Pékin de friponnerie, car il était impossible qu'étant chez madame Cavendish depuis dix ans, elle pût ignorer que le bijou fût à elle.

Le bijoutier résolut^ de se rendre avec le crieur chez madame Cavendish, pour lui rendre compte de la manière dont le bijou était tombé dans ses mains, et pour lui demander, l'un le remboursement de la guinée qu'il avait avancée, et l'autre son salaire.

Madame Cavendish et Mathilde étaient allées faire des visites, lorsque les deux hommes arrivèrent chez elles ; madame Roper était avec sa fille dans la salle; de la croisée elle les vit passer, et elle s'écria:

Voilà le crieur et monsieur Martin qui sonnent; ma foi, du coup, nous aurons des nouvelles du bracelet.

Je l'espère, dit Pékin, et je suis sûre que ma marraine en sera bien contente.

Elle se disposait en même temps à sortir pour s'assurer si son attente n'était pas déçue.

Doucement , petite morveuse ; vous êtes bien pressée, dit madame Roper en la saisissant par les épaules et la poussant avec violence à l'autre bout de la chambre. Je prends, je crois, autant d'intérêt que vous au bien de votre cbère marraine, et je suis bien plus propre que vous à le recouvrer.

Elle sortit à ces mots, et laissa la pauvre Pékin toute stupéfaite et fondant en larmes. Charlotte, avec un sourire malin, semblait s'applaudir de son adresse et de l'heureux succès de son projet.

Un instant après ^ madame Roper rentra avec le bijoutier et le crieur; elle s'é-

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cria d'un Ion de voix étouffée par la colère : Vous voilà donc, vile créature, monstre d'ingratitude ! c'est donc ainsi que vous reconnaissez les bontés de ma pauvre sœur, c'est en lui volant la chose du monde a laquelle elle attache le pius de prix ; vous prétendez après cela, avec reffronlerie d'une coquine consommée, aller prendre connaissance d'un objet que Yous avez volé et vendu; mais je ne suis pas la dupe de vos tours, coquine que vous êtes, vous aviez peur que votre trouhle ne vous décelât , et vous ne vouliez sortir que pour le cacher. Mais où est la Ruinée que vous avez reçue de M. Martin? donnez-la moi sur-le-champ, petite bâtarde, mauvais sujet.

Pendant que madame Roper la traitait ainsi de la manière la plus atroce, cette pauvre malheureuse était involontairement tombée à ses genoux , et protestait de son innocence en des termes qu'une conscience pure est seule capable de dicter.

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Venez , mon enfant , venez , disait M. Martin, n'augmentez pas votre faute €n la niant ; mais avouez ce que vous avez fait de l'argent et ce qui a pu vous porler à commettre un crime si énorme.

Venez, Pékin, venez donc, lui dit le crieur, car je pense bien qu^il m'est permis de la traiter ainsi, et que le mot demoiselle est trop beau pour vous ; soyez bonne fille avant tout, cela engagera à parler pour vous à madame, car vous êtes encore jeune, et cela fait que l'on est disposé à vous pardonner ; mais si vous vous obstinez et si vous persistez à nier, vous ne trouverez personne qui veuille se charger de prendre votre défense.

Je vous jure , répliqua la pauvre Pékin, que la douleur avait presque suffoquée, que je ne connais pas plus, le porlrait que vous; quant à la guinée, je n'en ai possédé de ma vie. Je vous en supplie , mou cher monsieur, continua-t-elle , je vous en supplie , ne donnez pas mie aussi mau-

vaiseidée de moi à ma marraine, je mourrais s'il fallait qu'elle vînt à penser que je ^uis capable d'un pareil crime !

Le penser ! s'écria madame Roper^ le penser! je vous jure qu'elle fera plus que le penser^ car elle le saura au moment même 5 non-seulement elle , mais encore votre amie madame Fowler et toute la ville. Elle se disposait à sortir au même moment pour mettre sa menace à exécution.

La pauvre Pékin , dont la crainte et l'épouvante avait troublé la raison et les .sens 5 arrêta madame Roper par sa robe^ €t chercha par ses accens plaintifs à émouvoir sa pitié. Ce fut avec bien de la peine que celle-ci parvint à la lui faire lâcher^ et sitôt qu'elle se sentit libre^ elle s'élança hors de l'appartement, et donna au crieur la commission de garder cette petite malheureuse.

Madame Cavendish était en train de raconter à madame Fowler un trait qui dé-

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montrait le bon caractère de sa filleule , lorsque madame Roper entrant , se mit à dire d'un ton qui annonçait le plaisir qu'elle ressentait : Eh bien ! ma soeur^^ j'espère que vous ajouterez foi à mes prédictions, j'ai de belles choses à vous apprendre; ce n'est 5 au reste , je vous jure, que ce que je prévoyais depuis longtemps. Puis, adressant la parole à madame Fowler, elle lui raconta ce qui venait de se passer, ayant soin d'exagérer tout ce qu'elle crut propre à exciter l'indignation de sa sœur.

Madanme Cavendish écoutait son récit avec un chagrin mêlé de surprise ; Maihilde fondait en larmes , et priait sa maman de ne pas condamner la pauvre Pékin avant de lui avoir donné le temps et les moyens de se justifier.

Elle ne pourra jamais y parvenir, ma bonne amie, reprit madame Cavendish, les faits déposent contre elle. Je voudrais m'épargner le chagrin d'être témoin de

ses prétendus regrets : une action de celte nature annonce qu'elle n^en restera pas là. C'est un enfant perdu 5 continua-t-elle^ et je vous avouerai que je ressens plus de peine en songeant à la fin jhorri- Lle qu'elle se prépare qu'aux désagrémens qu'elle me fait éprouver. Que faire d'elle ? je n'en sais rien , je veux y réfléchir quelque temps. Je ne veux pas toutefois qu'elle attende chez moi que j'aie pris un parti à son égard.

En ce cas, dit madame Roper, envoyezla chez moi : quoiqu'il ne soit pas fort agréable de recueillir chez soi une voleuse avérée 5 je passerai par-dessus quelques» inconvéniens pour vous être utile. Vous avez bien de la bonté , reprit madame Cavendish ; mais comme je connais l'aversion de Charlotte pour cette pauvre fi.lle 5 je ne veux pas lui donner occasion de l'insulter. Si elle a fait un faux pas, ce n'est pas une raison pour l'écraser toutà-fait.

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Je la prendrai, moi, dit madame Fowler^ Clark va l'aller chercher ; et pour épargner à madame Cavendish l'entretien qu'elle semble appréhender, il prendra par les derrières.

Lorsque Clark arriva chez madame Ca^ vendish, il ne pouvait revenir de son élonnemenl en apprenant ce qui venait de se passer. Il se doutait, ainsi que les autres domestiques, qu'il y avait dans le fond quelqu'artifice , et que la pauvre Pékin finirait par se justifier. Tous l'embrassèrent tendrement, et comme ils lui représentèrent que sa marraine ne la faisait venir chez madame Fowler que dans l'in-^ lention de l'entendre, ils n'eurent pas^ de peine à la déterminer à suivre Clark; si elle avait pu se douter qu'elle quittait pour toujours la maison de sa protectrice, rien au monde n'aurait pu la déterminer à en sortir.

Lorsque madame Fowler lui eut appris qu'elle resterait chez elle jusqu'à ce que

sa bienfaitrice eût pu réfléchir au parti qu'elle devait prendre à son égard ^ elle parut si affligée , et protesta de son innocence en termes si énergiques , que madame Fowler commença à concevoir des soupçons sur la vérité des faits qu'on lui imputait, et que son époux résolut de se rendre chez le joaillier pour prendre de lui des renseignemens certains.

Le rapport du bijoutier augmenta ses doutes 5 et il voulut à tout hasard voir la servante qui avait porté le bracelet chez lui. Ce ne fut pas sans [peine qu'il découvrit sa demeure à Londres ; à force de promesses et de menaces , il vint à bout d'en tirer les éclaircissemens dont il avait besoin. Il envoya alors son domestique chercher une chaise de poste , et exigea de cette fille qu'elle l'accompagnât à Kingston. Il se fit conduire directement chez madame Roper ; mais comme il ne la trouva pas chez elle, il se rendit chez madame Cavendish dans l'espoir de l'y trou--

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v-er. En descendant de voiture , il prit sa compagne par le bras , et sans se faire annoncer, il entra brusquement dans le salon.

Il est un peu lard , madame , dit-il à madame Cavendish, pour vous annoncer \jne visite de Londres ; mais quand il s'agit de détruire) un soupçon injuste et de découvrir un crime, je pense qu'il est inutile de s'arrêter au cérémonial; quant à vous, madame, dit-il à madame Roper, en lui lançant un regard plein d'indignation , comme cette fille est une de vos anciennes connaissances , elle n'avait pas besoin de se faire annoncer.

Madame Roper jugeant qu'elle ne se retirerait pas avantageusement d'une explication , jugea à propos de l'éviter. Elle se leva , et prenant Charlotte par la main: Viens, mon enfant, lui dit-elle , sortons d'une maison où nous n'avons jamais essuyé que des injures et du mépris. A ces mots elle quitla l'appartemenv,

laissant madame Cavendish dans un ëlonnement dont elle ne pouvait revenir.

M. Fowler la mit en peu de mots au fait de ce qu'on lui avait raconté j tout s'accordait parfaitement avec le témoignage de cette fille^ qui n'aurait pas voulu^ disait-elle, pour vingt écus, se charger du bracelet, si elle eût pu se douter qu'il j eût là-dessous la moindre méchanceté.

M, Fowler eut toute les peines du monde à empêcher madame Cavendish d'aller le soir même rechercher sa chère filleule et la rétablir dans sa maison. Le lendemain avant huit heures , elle était déjà auprès d'elle ; elle la pressait contre son sein , et lui témoignait combien elle était fâchée de l'avoir traitée si injustement. Elle lui promit bien de ne plus prêter Toreille aux suggestions perfides que pourraient faire contre elle des gens inté» ressés à lui nuire.

La pauvre petite Pékin ressentît alors un plaisir aussi vif que l'avait été sa dou-

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leur. Le bonîieur de rentrer dans les bonnes grâces de sa marraine, lui fit verser autant de larmes que sa disgrâce lui en -avait fait répandre. Malliilde fut aussi transportée de joie^ et ce qui mit le comble à leur félicité, c'est que madame Cavendish reçut de madame Roper une lettre dans laquelle elle lui mandait qu'elle quittait définitivement Kingston , et que son inlention étant de se fixer cliez son frère aîné , elle la priait de lui faire toucher sa pension.

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