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CHAPITRE XIV

UNB VISITE AU CINQUlfcMK ÉTAGE.

Durozel s'est emparé du bras de son ami \ il lui tarde d'être seul avec lui pour le questionner sur sa rencontre du soir ; mais Aleiis ne lui en laisse pas le temps ; à peine sont-ils sans témoin, qu'il lui raconte ce qui lui est arrivé dans la soirée, sans oublier ce que M""" Amandine lui a dit 4e sa vpisine du cinquième, et toutes les méchancetés, toutes les conjectures plus ou moins ridicules que les grisettes débitent sur le compte de cette jeune Qlte qu'elles ont surnommée cbipie, parce qu'elle ne va chez personne, ne sort que le soir, et semble fuir toute société.

Qiyirozel a écouté avec attention le récit d'Alexis^ il lui répond d'un air indifférent :

^èSk tout, mon ami, qu^ vous emporte ce que dij^nt

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ces demoiselles d'une personne que vous n*avez vue que deux fois, et que vous ne reverrez peut-être jamais?

—Que m'importe?.. . mais pardonnez-moi, répond Alexis avec feu, je m'intéresse à cette jeune fille..., je lui ai été utile une fois. . . , elle m*en a témoigné tant de reconnaissance, que... cela m*a touché... Je trouve fort ridicule que M"« Âmandine et ses amies se permettent des propos. . . , des calomnies sur une pauvre fille qu'elles ne connaissentpas... Dequel droitveulent-elles noircirsa conduite..., que leur a-t-elle fait?... Parce qu'elle ne se soucie pas de recevoir du monde et d*aller passer son temps à bavarder chez ses voisines..., tout de suite on en fait une chipie^ une personne dont la conduite est louche... Ah ! les femmes sont bien méchantes entre elles : au lieu de se soutenir, de se protéger, c'est à qui se déchirera le plus.

— Oui, cela arrive quelquefois, répond Durozel, mais ici rien ne vous prouve quia tort ou raison...; car enfin, vous ne savez pas non plus ce que c*est que cette... de* moiselle du cinquième..

La froideur avec laquelle Durozel semble parler de la jeune fille ne fait qu*irriter encore Alexis, qui s*anime davantage en parlant de sa protégée.

— Ce que je sais, dit-il, c'est que cette jeune fille, M"« Marguerite, est charmante...; une figure douce, angélique..., des yeux si beaux et si modestes..., et une voix..., ah! si vous entendiez sa voix, Durozel, je suis certain que vous lui porteriez aussi de Tintérét. Et puis elle s'exprime fort bien ; oh ! je vous assure que ce n'est point le ton leste, hardi d'une grisette... ; moi, je crois que cette jeune personne est bien née... Peut-être a-t-elle perdu tous ses parents..., peut-être est-elle restée sans amis, sans fortune, sans ressource... Elle ne va pas dans le monde, parce qu'elle est malheureuse, et on lui fait un crime de cela... le ne lui ai parlé qu'un moment, et cela

in*a sud), à moi, pour deviner qu'elle a dans ]e fond de râmequelquepeîne..., quelque souffrance... 11 me semble que ce n'est pas une raison pour rappeler chipie:.. Chi^ pie!... Je vous demande un peu ce que cela signiOe !. . .

— Puisque cette jeune fille vous intéresse tant..., vous lui avez sans doute demandé la permissionM'aller la voir?

— Mon Dieu, non, je n*y ai pas pensé...; elle m'aurait ^ans doute reûisé..., si elle ne reçoit personne...; cependant je vous avoue, mon ami, que je suis bien fâché de ne point lui avoir fait cette demande. Mais à présent, il est trop tard !... Et comme vous disiez tout à Theure, je ne reverrai peut-être plus cette jeune fille.

— Ob ! si vous en aviez bien le désir..., puisque vous savez où elle loge..., ce ne serait pas difficile... ; on va sonner à sa porte..., puis, quand elle ouvre, on feint de s*étre trompé d*étage, on s'excuse..., maison finit ordinairement par entrer. Du reste, ce que je vous en dis, ce n'est pas pour vous engager à le faire..., c*est seulement parce que je me souviens en pareille circonstance de m'étre plus d'une fois conduit ainsi. Bonsoir, mon cber Alexis, vousvoilà cbez vous. Vous verrai-je demain matin?

— Demain..., je ne sais... Non, demain matin..., j*ai une course à faire, mais j'irai vous prendre pour dîner.

— Très-bien, je vous attendrai.

Et Durozel, après avoir serré la main d^ Alexis, s'éloigne, persuadé que Ton fera usage, dès le lendemain, du moyen qu'il a indiqué pour revoir la jeune fille.

Chez Alexis les passions étaient vives, les sensations spontanées. 11 ne lui fallait qu'un instant pour amasser dans son cœur cet attachement, cet intérêt , cet amour, qui chez d'autres n'arrivent que par degrés. Quand on s'enflanune si vite, le feu devrait s'éteindre de même ; mais en amour il n*en est pas toujours ainsi.

La jolie figure, la douce voix de M"* Marguerite, revjon-

itO LA ^OLIE f\Ll^

nent saps cesse à la i^émoire d'Alexis ; ce que les gfî&çtle^ ont dit d'elle n'a fai( qu'augmenter encore rintérét qu'eue lui inspire ; et après avoir passé toute la nuit à y rêver, Iq Jeune bomiiie se lève, en se disant :

— Pourquoi n'emploierais-je pas le moyen que Durozel m*a appris ?... qui m'empêche d'aller frapper à la porte de W^^ Marguerite? .. Si elle a Tair fâché de me revoir..., eh bien, je saurai que ma présence lui est (désagréable. Jg m'éloignerai..., et je ne penserai plus à elle... D'ailleurs, puisque je connais M"* Amandine qui demeure au-dessous..., je pourrai très-bien dir^ que je me trompais.,., que je voulais aller chez Amandine. C'est cela. Allons, et ne soyons pas si timide, puisque toutes ces demoiselles prétendent, que cela me fait du ^>rt.

Alç^is apporte beaucoup de soins dans sa toilette ; puis, après avQÎr déjeuné et regairdé vingt fois à sa montre dans l'espérance que le temps ir^ plus yite, il peuse qu'4 onze hc)ures du m^itip on peut bien allef faire une visite, et il ae rend (l^ins la rue Corbeau.

En arrivant devant la demeure où il a été Ip veille, le jeune homme sent son cœur battre bien fort et sa résolution s'évanouir. 11 craint aussi de rencontrer Amandine dans l'escalier, il ne voudrait pas que l'on sût qu'il a été chez la petite voisine, car cela pourrait encore f^ire jaser ourson compte. Bans son indécision, il se promène quelque temps devant I9 vnaison ; mais, enûp, le désir de revoir Marguerite l'emporte sur toute autre considératiop, et prenant son parti, il entre d'un pas ferme dans sflt de-

metire.

Loraqu -il passe devant la loge du conç^ierge, Alexis po sait ce qu'il va dire» mais déjà le portier a soun ^^ l'apercevant, et murmure d'un air malin ;

— Ah! je sais où monsieur va... —Comment, vous savez, , , — Pardine! je devine que ^ reste- . . te reçon-

hais monsieur, il est venu hier passer ta soirée chez màaizelle Artiaildine... -^ En effet. — Et ce matin, monsieur va faire une petite visite de politesse chez la couturière ..; on connaît les usages... Vous pouvez oionter^ monsieur^ mamzellè Aitidhdine est chez elle..., je suppose même qu elle est seule.

Aleiis ne se fait pas répéter cette invitation, il court à Fescalier qu'il monte rapidement. En passant sur le carfé du quatrième, devant le logement d'Âmandine, il tâche de ne poipt faire de bruit, et marche bien légèrement, ne posant que la pointe de ses pieds, car, suivant son usage , la jeune couturière avait laissé entr*ouverte la porte de son appartement; mais en ce moment, comme elle n'était point dans sa cuisine, Alexis passe sans être entendu.

Le jeune homme est arrivé au cinquième étage, il s^arréte devant la porte qui se trouve justement au-dessus de chez Amandine, ce doit être celle de M-i« 3farguerite. Alexis éprouve une vive émotion, sa main tremble en tirant le cordon de la sonnette, et cependant il n'hésite plus, il sonne.

On est quelque temps sans ouvrir, Alexis craint déjà d*avoir fait une démarche inutile, il pense que là jeune fille n'ouvre peut-être à personne ; mais cependant des pas se font entendre, on approche, on ouvré, et il se trouve devant cette jolie fille que les grisettes appellent si méchamment la chipie.

W^ Marguerite est restée toute saisie en reconnaissant le jeune homme qu'elle a rencontré la veille dans son escalier; ton visdgo se couvre d'une rougeur subite, puis elle baisse les yeux et semble attendre ce qu'il veut lui dire.

—Pardon, mademoiselle, mille fois pardon, dit Alexis, en cherchant à déguiser son embarras et son mensonge. Je

m^aperçoisquejc me suis trompé...; je croyais..., il nVavait semblé être devant la porte... de... de M^'* Âmandine.

— C'est ici dessous que cette demoiselle demeure, répond la petite Marguerite, sans lever les yeux.

— Âh ! c'est ici dessous ..; oui.., en effet..., je vais redescendre alors.

Mais Alexis ne bouge pas, au contraire il avance encore un pas, en disant : Mademoiselle, je me félicite de ma méprise, puisqu'elle m'a procuré l'occasion de vous revoir encore... Hier, je n'ai pas osé vous d^^mander la permission de... de cultiver votre connaissance..., et cependant ce serait un grand plaisir pour moi... si vous vouliez bien m'accorder cette faveur.

Marguerite lève sur le jeune homme des yeux où une expression douce et charmante se mêlait au plus aimable sourire, en lui répondant :

— Monsieur..., je suis bien sensible à Hntérét que vous me témoignez... De mon côté..., je n'oublierai jamais ce que je vous dois. Mais je ne reçois personne. . ., aucune visite..., aucun ami..., et je ne puis avoir le plaisir de. . . de vous recevoir. . .

— Mademoiselle, je sais bien que ma demande peut vous paraître indiscrète..., vous ne me connaissez pas.. , vous ne savez pas qui je suis. . ., et vous craignez. . .

— Ohl monsieur, ce n'est pas cela. . ., je vous eonnais assez pour savoir que vous êtes honnête. . . Vous me l'avez prouvé, monsieur. . ., et il y a des personnes en qui Ton voit tout de suite que l'on peut avoir confiance.

— * Vous êtes trop bonne d'avoir de moi cette opinion, mademoiselle; quant à moi, depuis hier, je n'ai pensé qu'à vous.>., je veux dire à notre rencontre. . ., à ce hasard qui m'a fait vous retrouver âans cette maison . . . , où je venais pour la première fois ...

— Ah! c*étaitla première fois que vous alliez chez M'** Amandine?

* — Oui..., je ne connais celte demoiselle que pour Tavoir vue chez une de ses amies..., une fleuriste, chez la« quelle on m*a conduit..., un dé mes amis. . ., qui depuis que je suis à Paris me mène partout avec lui...; car... je ne suis à Paris que depuis quelques mois...; je me nomme Alexis Ranville, ma famille est honorable...; mais j'ai perdu de bonne heure mon gère et ma mère; il ne me restait que mon aïeul, que j'ai eu le chagrin de perdre aussi, il y a quelques mois, et alors je suis re- 'venu à Paris où j'avais fait mes études et passé ma plus tendre jeunesse...

-—Mon Dieu, monsieur, répond la petite Marguerite en faisant quelques pas en arrière, sans cependant dire au jeune homme d'entrer, je n'avais pas besoin de tous ces détails pour être persuadée que Ton ne peut qu'être flattée de vous connaître..., mais je ne. . .

— Oh ! mademoiselle,' répond Alexis en faisant deux pas en avant, c'est qu'à Paris, je sais qu'il y a tant d'intrigants..., de mauvais sujets, que Ton doit être bien certain delà probité des personnes que Ton reçoit. . ., il y j^ des gens qui savent déguiser ce qu'ils sont, ce qu'ils ont fait. . ., et ensuite on serait exposé à rougir si l'on avait fait de telles connaissances. . .

La jeune fille est tout à coup devenue très-pâle, et elle 8*est appuyée contre la muraille comme pour ne point tomber.

— Qu'avez-vous, mademoiselle, vous sentiriez-vous indisposée ? s'écrie Alexis en franchissant le seuil de la porte, pour s'approcher de Marguerite, qui semble chanceler.

— Non, monsieur, je n'ai rien, je vous remercie...; c'est comme un étourdissement qui m'a 'pris, mais il est

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pasisé. Monsieur, je suis bien lâchée de tib pdutol^ yous engager à entrer, mais. . .

--- le vais m'élotgner) n^adembiselle; je?ais vdtil^ quit-* ter, puisque tous ne voulez pas absolument me reeetoiK;.

— ^ Je vous ai dit que je ne recevais personne, tfibtisieur. . ., sans t(uôi. . ., c*eût été avec plaisir. »;; avec reeonnaissance...

— >- Âh! de grâce! ne parlez phi§ de reeôntiaissanôe; . ;; c'est moi plutôt qui vous en devrais! . . . moi, qui aurëid été si heureux. . . de vous voir quelquefois. . . 11 y a deé personnes pour lesquelles on éprouve sur-le-lchamp dé la sympalhie..., vers lesquelles oh se s^nt entraîné...,' sans pouvoir expliquer...; c'est-à-dire que Ton est tout de suite si bien près d'elles.. .;mais, du moment qiiemes visites vous déplairaient..;

— Oh! ce n'est pas cela, tnonsieur..., j'espère que ce n'est pas là ce que vous ave2 compris...

— Qu'importe, mademoiselle^ je ii'ai pas le droit de më plaindre... Vous ne recevez personne, je sens bieii que je ne mérite pas d'être excepté..., veuilles seulèmeliteroird à tous mes regrets i..

— Monsieur...

Marguerite, lève uii moment les yeux sur Alexis, maid elle les rebaisse bien vite, comme si elle eût craint quMI ne vit dans ses regards toute la peine qu'elle éprouvait à le renvoyer. Le jeune homme fait uii profdhd saluti mais il ne bouge pas de place, et reprend au bout d'un instant : - — Nous avons fait..., c'est-à-dire on a fait beaucoupdé bruit hier au soir chez votre voisine d'ici dessous.. i, cela a dû vous ennuyer.

-— Non , monsieur... Je travaillais... J'ai entendu d6 la musique... On a dansé?

— Un peu... Ces demoiselles sont fortgaieSi— C'est ce i|Uo j'ai cru voir.. ^ Et cela ne vous a pas dohttô le désir

DU FAVBOUIIG. t9b.

de VOUS lier avec elles? — * Non... Je vous ai dit que je no voyais aucune société. Je ne danse pas, moi..., et, depuis^ longtemps, Je ne chante pins.

Ces derniers mots ont été prononcés d^unc manière si triste que le jeune homme se sent tout ému, et faisant encore quelques pas vers celle qui ]^s q prononcé^, il se trouve alors é(re dans Tintérieur d*uqe petite cbamhre mansardée qui est bien pauvrefnent meublée, i^qj^ oq tout est propre et rangé avec spio.

— Mademoiselle , auriez-voqs déjà qu d^$ ppines , des chagrins profonds? s'écrie Alexis ; $i jeune encore, aprie?^ vous déjà connu le malheur?

— Oui , monsieur , répond la jeune fille en balbutiant ; mais les peines que j'éprouve... je ne pujs les confiey à personne..., il me faux les garder toutes au fond de mpu cceur.

— Que) dommage!... il m'eût été si dQMx de partager les vôtres I... Ohl c'est que vous m^inspire^s tant, d'intérêt l... Pardon, madempisèlle, je vous fâche peutêtre, mais moi je dis ce que je pepse , je nq sais pas cur: core déguiser mes sentiments ; aussi dans le monde où je vais quelquefois, on me trouve niais, ridicule même..., parce que je n'ai pas le talent; de dissimuler ce qup j'éprouve, de tendfe la main aux gens que je n'aime pas, de faire des compliments et des protestations d'amitié dont je ne pense pas \iu mot. Aussi, madeinoiselle, \o\\^ pouvez fne croire lorsque je vous dis que j'aurais ^té heureux..., bienheureux de yoqsêtre utile...

— Je vous remercie, monteur; mais... je..., je n'ai besoin que de courage dan9 fnes phagrios..., le temp^ les adoucira, je Tespérp.

— Peut-être avez-vous aussi perdu vos parents? dit Alexis en jetant des regards autour de ]m.

La jeune tille reste quelque temps sans répondre , et

i9Q LA JOLIE FILLE

balbutie cn(lii, mais bien bas : — Ob ! non , monsieur...; j'ai encore mon père ! ^

— Votre père !... et il vous laisse vivre seule à Paris? -— >I1 le fallait..., il est... en voyage..., bien loin..., il ne

reviendra que dans quelques mois .. ; mais alors..., oh ! je ne le quitterai plus.

La jeune fille adit ces derniers mots avec tant d'âme que des larmes ont mouillé ses yeux. Alexis la considère quelques instants, puis lui dit :

— Vous avez votre père, vous êtes plus heureuse que moi. Et, en prononçant ces mots, il se laisse machinalement tomber sur une chaise qui est près de lui, et la jeune Marguerite le voyant assis , n'ose plus lui dire de s'en aller , et prend le parti de s'asseoir aussi à quelques pas de lui.

Plusieurs minutes s'écoulent, au bout desquelles Alexis, sortant de ses réflexions , s'aperçoit seulement qu'il s'est assis, et s'écrie :

— Mon Dieu ! je vous demande mille pardons, màde« moisellfi4 je me suis permis de prendre une chaise..., je ne sais vraiment pas à quoi 'je pensais..., je n'avais pas, je vous le jure, l'intention de rester malgré vous !

— Oh ! je le crois, monsieur !

— Je vais m'en aller..., je vais... Vous devez avoir une bien jolie vue ici, mademoiselle?

— Oui, monsieur. — Moi je demeure au centre de la ville...; j'aimerais mieux ce quartier; il est calme, tranquille..., cette rue du moins...; j'ai bien envie de venir habiter un faubourg...; je suis mon maître..., je suis seul..., je puis faire à Paris ce qui me plaît. /

— Mais il m'avait semblé, monsieur, que vous aviez des parents ici ; hier au soir, ne m'avez-vous pas dit que vous étiez cousin de ce vilain homme qui m'a parlé dans la rue?

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^ Âhl en effet, mademoiselle, 8a femme est ma cou* sine ; en arrivant à Paris , je croyais les voir souvent, mais je m'étais trompé : leur société n*a aucun charme pour moi..., le grand monde me plaît peu.,.; ma cousine Hélène a été élevée dans un fameux pensionnat..., elle y a pris le goiUdu luxe, de la coquetterie...

— Hélène ! dites-vous, s'écrie la jeune fille d'un ton fort ému. Votre cousine se nomme Hélène !

— Oui, mademoiselle, Hélène de Brévanne, qui est au* jourd'hui mariée à M. de Pomponney, ce monsieur dont vous parliez tout à Theuro.

— Hélène de Brévanne I... reprend la jeune Marguerite, dont rémotion redouble.

— Oui... Connaitriez-vous ma cousihe?

— Oh! non, monsieur, non..., je ne la connais pas...; c'est que je me trompais. ., je pensais à quelqu'un..., mais je ne connais pa^ votre cousine.

La manière dont cette réponse était dite pouvait faire douter de sa sincérité. Cependant Alexis n'avait pas insisté, il se contentait de regarder la personne qui était assise devant lui, et se trouvait si heureux de ce qu'elle voulait bien le souffrir là, qu'il n'osait presque ni parler, ni remuer, de crainte qu'elle ne le priât de nouveau de partir.

Cette situation durait depuis quelques instants. Marguerite semblait absorbée par les souvenirs que le nom d*Hélène avait réveillés dans son cœur, et Alexis était comme ces enfants qui se sont glissés dans une chambre malgré la défense de leur mère , et ne font pas de bruit pour qu'on ne s'aperçoive pas qu'ils sont là.

Tout à coup des pas lents et lourds se font entendre sur l'escalier. A chaque moment ils deviennent plus rapprochés^ La petite Marguerite écoute, tressaille; l'inquiétude, puis l'effroi se peignenttour à tour sur son vi-

119 LA IPLIB FILiB

sage. Bmnt^t l<^ pas sont si pnks, qu'oo oe peut plus douter que la pessonoe ne yienqe au cinquième étage.

— Ûh , mon Dieu I s*écne Marguerite avec terreur, si C'était... Ah! partiez, monsieur, partez, je vous en prie... Je ne crevais pas vous laisser entrer chez moi.

— Je m'éloigne, mademoiselle, dit Alexis en se levant; mais vous^emblez éprouver une secrète terreur..., et si vous aviez la moindre chose à redouter, certainement je ne vous quitterais pas...

— Non, monsieur, non, je n*ai rien...; mais de grâce..., partez...

T^ jeune fille n^avait pas achevé ces derniers mots, lorsque les pas s'arrêtèrent devant la porte qui était restée entr'ouverte, puis on la poussa doucement, et un homme parut à rentrée de la chambre.

Cétaitun homme grand, maigre, fort mal couvert, dont la barbe n^avait pas été faite depuis plusieurs jours, dont les yeux caves et sombres lançaient des regards à la fois farouches et inquiets; enfin c'était bien là le personnage dont Amandine avait déjà fait le portrait; il était impossible de ne pas le reconnaître. Mais ce qu'Alexis remarque encore, c'est que malgré son costume misérable, et le peu de soin que cet homme apporte dans toute sa toilette, il ne paraît pas avoir plus de trente ans; cela ne peut donc pas être le père de M"'' Marguerite.

En apercevant Alexis, l'étranger a paru surpris et presque effrayé. Il s'est arrêté sur le seuil de la porte, et ses regards se reportent sur Marguerite, comme pour lui demander ce qu'il doit faire.

— EntreJî, monsieur, entrez..., dit Marguerite d'une voix émue; puis aussitôt ses yeux se tournent vers Alexis, avec une expression suppliante.

fJelui ci comprend leur langage, et se bâtapt de gagner

Ofl FAUBOOBG. IM

la porte , il passe devant riiomme qui baisse la tête et gagne Tautre bout dp la chambre.

Marguerite a suivi Alexis jusque sur le carré; elle semble tpuctaéo de la promptitude qu'il vient de mettre à lui obéir. Là, Alexis, safsissapt une main de la jeuqq fille, la presse fortement dans la sienne^ en lui disant à vpix basse :

— Je pars, puisque vous Tordonnez...; m^lis cet homme..., vous n'avez rien à craindre, n^est-^^pas?...

— Mon, monsieur, non I... — Adieu donc, mademoiselle; je n*ose pas vous demander la permission de vous revoir..,, et ppurtant..., maintenant que vous avez bien voulu me recevoir..., quel mal*y aurait-il à c^ que je retinsse encore?...

— Oh!... monsicur...,jenesais..., je ncpuis...; adj^u..., partez..., oh I ne me retenez pasi

£tla jeuiie fille est rentrée en refermant la porte sur elle.

Alexis se décide alors à descendre en se disant :

— Je la reverrai..., elle ne me Ta pas défendu... lofais quel peut donc être cet homme qu'elle reçoit..., et qui a si mauvaise mine?... on aurait dit que sa présence effrayait M"'' Marguerite , et pourtant elle m'a renvoyé bien vite... Je crois en effet qu'il y a du mystère dans la conduite de cette jeune fille. Mais ces demoiselles ont beai| dire, cela n'empêche pas qu'elle ne soit charmante.

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