BA VOLET, POIROT
POIROT
Bonjour! Eh bien?
BAVOLET, bas.
Rien... elle dort encore... je n’ai pas osé la réveiller.., mais j’attends...
POIROT
Oui... il faut qu’elle t’explique... car si elle ne t’explique pas... tu ne sauras rien d’abord...
BAVOLET
Et toi, d’où viens-tu?
POIROT
Moi, je viens de chez ses parents.
RA VOLET
Quels parents?
POIROT
Ceux de la petite provinciale...
BAVOLET
De Bruscambille ?... et pourquoi faire?
POIROT
Oui, j’ai bien réfléchi, je l’épouse... Jo suis uu hon nèle homme... je lui rends l’honneur.
BAVOLET, à part.
Comment? C’est lui qui lui rend l’honneur? Le pauvre garçon! s’il savait que... Oh! (Haut. Mais...
Oh ! je sais bien ce que tu vas dire ! C’est une danseuse. une fille qui montre scs mollets au public... Je me mésallie... mais je l’aiine.
BAVOLET
Comment, si vite que ça?
POIROT
Oui, ça m’est venu comme une bombe! et à elle aussi!...
BAVOLET
Bah !
POIROT
Oui.
BAVOLET
Elle te l’a dit ?
POIROT, avec un sourire fin.
Si elle me l’a dit, non, elle ne me l’a pas dit : elle me l’a indiqué... Je viens donc de chez ses parents.
BAVOLET
Mais comment as-tu eu l’adresse ?
POIROT
A l’Opcra... Je suis été au petit jour chez le suisse, mon confrère. Les parents étaient encore couchés. J’ai pas voulu les réveiller; on ne peut pas réveiller les gens pour demander la main de leur fille, mais j’ai parlé à la bonne... Très-gentille, la bonne... si elle n’était pas ambitieuse !... Elle n’a rien compris à ce que je lui disais, mais elle m’a dit que je ferais mieux de leur écrire, parce qu’ils me comprendraient mieux... Alors, voilà ce que je leur écris : A monsieur et madame Dorothée Bruscambille.
Lettre.
Monsieur, madam’ Dorollié’ Rruscambille,
Pardon, excus’ pour mon indiscrétion ;
J’ viens vous d’ mander la main de votre Pille,
C’ que je n’ frais point si j’ notais pas garçon !
J’ veux pas savoir si c’est un’ fille unique,
Elle est unique en beauté, ça m’ suffit.
J’ai pas besoin d'une dot magnifique,
Car la vrai’ dot, c’est les fleurs de l’esprit.
Mon Dieu! j’ sais bien que vot’ tille est danseuse, Et qu’ les danseus’ montrent plus que leur né.
J’ sais qu’ leur vertu, c’est un’ chos’ vétilleuse,
Et que, des fois, y’ en a qu’ont mal tourné ;
Mais, voyez-vous, j’ai là-d’ssus mon idée,
D’ la profession faut pas s'embarrasser ;
Car une femm’, quand elle est décidée,
Pour mal tourner n’a pas besoin d’ danser.
Moi j’ suis bel homm’, j’ai jamais eu un rhume,
Et je m’appell’ Jean Poirot de mon nom.
Sous votr’ respect, poireau c’est un légume Avec lequel on fait du bon bouillon.
J’ai le cœur tendre, amoureux et très-vierge,
Et je suis Suiss’, quoiqu’ natif de Nogent,
Comm’ qui dirait portier ou bien concierge Dans un’ maison ous’ qu’y a de l’argent !
Ayant de quoi, croyez, monsieur et dame,
Que sur la dot’ je n’ s’rai pas très-taquin :
Si vous voulez qu’ Dorothé’ soit ma femme Répondez-moi : Hôtel Saint-Florentin.
BA VOLET
Mon ami, c’est plein de délicatesse...
POIROT
Mon Dieu ! je l’ai écrite avec mon cœur... Et je vais la porter moi-même... M’accompagnes-tu?
BAVOLET
T’accompagner! Et mon explication avec madame Bav... avec mam’selle Rose?...
(Rose parait au haut do l’oscalicr.)
Ah ! Poirot... e’est elle !