CHRONIQUE
Sous ce titre joli "Jonchée Nouvelle" M. Loiiis-Joseph Doucet nous offre la plus charmante moisson cueillie au jardin de son cœur poétique, moisson qui a fleuri en pleine terre canadienne, et dont le parfum capiteux nous grise de la plus forte, mais de la plus douce émotion. C'est la patrie qui passe, c'est la patrie qui pleure ; et nous sentons que pour la si bien chanter l'auteur l'aime pardessus tout, cette terre où il voyage, lançant à tous les échos les nobles accents de sa chanson du Passant. Et ce barde qui passe par nos routes, il est joyeux parce qui aime, et parce qu'il comprend le sens de la beauté ; il est heureux parce qu'il a le cœur bon et l'âme humble, il est confiant parce qu'il incarne l'honnêteté, il chante parce que Dieu lui a donné le don de créer du rêve tout le long de sa voie. Peu lui importe
qu'on l'acclame ou qu'ouïe renie, les clameurs ne l'atteignent pas, tout à son idéal, il va, et si de son âme quelque feuillets s'échappent, ne croyez pas qu'il en attende une louange. Non, il donne ces vers, comme l'oiseau donne son chant, sans rien attendre de nos faveurs, sans rien espérer de ses admirateurs. Et sans qu'il s'en doute presque, il sème les rimes riches et sonores, les nobles pensées, les grands enthousiasmes, il marche allègrement dans son sillon, les yeux levés vers la voûte bleue où il poursuit son rêve d'Infini. Il sait qu'il donne le meilleur de son esprit, le plus tendre de son cœur à sa patrie, la France canadienne, et il va, insoucieux des ronces, prêt à se déchirer aux épines, pourvu qu'il sème de beaux vers que les siens recuilleront pour y trouver de la beauté et de la grâce. Et vers le soleil qui l'ébouit. il lance ces strophes sonores :
"O toi, soleil vivant, qui réchauffes le monde, De ta flamme éternelle, et dont les rayons doux Font notre rêve grand et la terre féconde, Je t'aime par amour et t'honore à genoux ! Quand l'aube a frissonné de ta gloire sublime ; Quand tu sème= le jour sur nos obscurités ; Quand ton disque de feu réjouit notre abîme Et mûrit le bon grain des sillons tourmentés, Je marche plus vaillant tout le long de ma route, Et mon âme plus forte, affrontant le destin, S'imprègne de l'espoir de la céleste voûte
D'où, comme un dieu, tu lis notre monde incer-
[tain.
Sois le témoin muet de toutes mes pensées
Elève ma prière aux empires lointains,
Réchauffe de tes feux ma poussière lassée,
Divin flambeau du Dieu qui compte mes matins!"
Le "sol natal," il le chante en notes émues,
et le "vieux Pont" de son village lui rappelle les
plus doux souvenirs. A "l'Orée du Bois," il
?' arrête pour chanter et
Alors, je m'endormis au parfum des fougères, Aux soupirs des sapins sous les brise légères, Et dans le rêve heureux des anciens pastoureaux.
Puis ce sont les "Cèdres des Laurentides" et les "Paysages chantant" les
"Neiges Canadiennes," les Choses de la Campagne, "l'Ame des nuits" qui l'attirent.
Il nous donne encore nombre d'autres poésies
franchement canadiennes, noblement inspirées et
qui disent pieusement aux femmes de son pays :
"Femmes de mon pays, les perles de vos bagues
Ont le reflets des pleurs que d'autres ont versés '
Vous qui nous rappelez les sihouettes vagues
Et les "jolis yeux doux" des crânes trépassés.
Vous toutes qui bercez sur vos genoux de mères
Les voix qui chanteront aux échos de nos bords.
Enseignez les accents de nos aïeules fières :
Leur chanson est bien douce au repos des grands
[morts :
Car si nous oublions la langue de nos pères
Et le chant gracieux des vieux jours révolus,
N'écrivons plus de mots aux croix des cimetières
Taisons-nous ! les grands morts ne nous com-
[prendront plus !
Cette leçon de fierté nationale si émue et si forte ira au cœur de toutes les femmes de la France Canadienne, j'en suis sûre, et les fils qu'elles élèveront pour la patrie ne seront ni des déchus, ni des "oublieux ! "
Je souhaite à la "Jonchée Nouvelle" tout le succès que mérite le talent de son auteur, succès déjà obtenu par la populaire "Chanson du Passant."