LOUIS-JOSEPH DOUCET
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Après la belle préface de Charles Gill, après toutes les choses jolies et méritées qui ont été écrites au sujet du livre nouveau de Monsieur L. J. Doucet, que peut-il bien rester à dire ? Et surtout, pour une plume comme la mienne, habituée à fourrager dans le domaine artificiel des chiffons et des frivolités féminines bien plutôt qu'à analyser et à décrire le charme grave et réel des beaux livres.
Pourtant, je souffrirais de ne i)oint dire à l'auteur de la "Jonchée Nouvelle", combien de chers échos ses vers ont éveillés en cette page dont il est l'un des collaborateurs les plus assidus comme les plus aimés. Et de ne pas lui dire encore combien sincèrement on est fier, ici, des hommages qui viennent à son talent, et comme on s'est penché avec délices sur cette Jonchée précieuse pour en respirer le parfum réconfortant et doux.
Ce parfum que certaines de nous reconnaissent pour s'en être inconsciemment grisées, parmi les sapins et les érables, "au fond des printemps recueillis." Car, le livre de mon ami Doucet est écrit pour ceux qui aiment la nature, et pour ceux qui la connaissent et la comprennent. La nature qui ne souffre pas qu'on l'habille d'oripaux étrangers et qui veut être chantée d'une voix simple et sincère. C'est une divine inspiratrice ; heureux ceux qu'Elle choisit ! Doucet est bien de ceux-là. Telle que la campagne s'est montrée à ses regards d'enfants des champs, telle il en a conservé la vision pour la redire dans ses vers avec les mots qui lui conviennent, les mots d'harmonie et de vérité que les bonnes gens de là-bas entendent et comprennent, parce qu'ils sont le langage des choses qui les entourent.
Ceux de la ville trouveront de la beauté dans ces ballades et ces élégies et ces sonnets, une beauté qu'ils admireront, qu'ils sentiront sans
doute, mais qu'ils ne comprendront vTaiment que s'ils ont entendu, un jour, et avant tout autre bruit, la grande voix delà nature, dans l'immense recueillement champêtre. Pour cela, il faut, à coup sûr, avoir de la poésie en l'âmeet de l'amour au cœur.
C'est pour ces privilégiés que Doucet a cueilli cette jonchée nouvelle où Charles Gill nous fait voir, avec les pensées et les immortelles, "le lys d'or des Laurentides", reposant sur la gentiane d'automne qui dit "Sou venez- vous de moi." Et ceux-là, sans jamais s'en lasser, parce que toujours ils y découvriront une nouvelle raison d'aimer ce qu'ils aiment, respireront la gerbe adorante, et s'imprégneront de son parfum. La chanson du poète éveillera pour eux l'écho des brises natales courant dans les hêtraies et les pinières et caressant au passage leur front d'adolescent. Et pour ce souvenir et pour cette évocation, leur reconnaissance ira, entière et spontanée, au poète dont les vers auront su faire revivre "leur âme
de jeunesse,"
COLETTE
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