LE VIEUX PONT
L'autre hier, cheminant le long du vieux sentier, Je parvins au cours d'eau qui fuit vers la savane. Le soleil déclinait, et l'horison altier Alignait les sapins comme une caravane.
Evoquant le passé, je fis halte au vieux pont,
Au vieux pont biscornu, j^lein de ronce et de
[mousse,
Couché sur le ruisseau limpide et peu profond Que brouillèrent les pas de mon enfance douce.
Aux caresses du vent dont se plaint le roseau, Parfois un rossignol y turlute son trille. F,t le vieux pont sommeille au dessus du ruisseau, Dans l'ouragan des soirs comme au midi tran-
[quille.
L'onde claire qui court à travers le glaïeul Où se pose en passant l'agile libellule. Murmure comme au jour où mon fier trisaïeul Le contruit devant le siècle qui recule
Cet homme était robuste, il le fit de plançons : Sur un lit de ciment aligna la poutrelles. Sur d'énormes cailloux plaça les étançons, L'enduisit de mortier à grands coups de truelle.
Ce livre appartient désormais à la littérature française, nous somme tenté d'ajouter avec "Victor Hugo" qu'il appartient à la vie isolée par la racine et à la vie nationale par la sève tout attaché qu'il soit au sol natal par ses chants. Tous les procédés de nos premiers troubadours sont transportés dans cette poésie : la légende de conserve avec la réalité démasquent les faits voilés. L'amour du courage et de la justice, la tendresse et la douceur la caractérisent.
Il est difficile d'imaginer rien d'aussi lumineux, d'aussi pur que certains strophes de "La Jonchée Nouvelle", strophes dont la pensée et la forme offrent tout ce qu'il y a de plus élevé, de plus poétique et parfois de plus chrétien dans la tradition française. Et ce sera là le plus beau titre de gloire de Louis-Joseph Doucet. Quelles que soient les sources diverses de nos vœux suprêmes, ils se rejoignent dans la région de la péosie; il faut féliciter celui qui dégage de la terre ce
qu'elle contient de beauté, c'est à-dire ce qui nous apparait plus que terrestre plus voisin de l'inconnu inaccessible qui nous attire. C'est en chrétien que M. Doucet a répondu à cet appel sublime même quand il mêle des évocations imjîersounelles à ses impressions d'adolescent.
Puissent- ils contribuer à faire aimer la poésie
sacrée, celle que nous croyons la véritable afin d'en propager le bienfait salutaire dans ce siècle d'arivisme et du veau d'or.