PREMIÈRE PARTIE
)) Les paroles de l'enfant ont été pour lui un trait de lumière ; et si vous eussiez compris la langue sauvage, les mots Matshi Skoiiéou, qui lui ont échappé, vous auraient tout révélé, sans que j'eusse eu besoin de proférer une parole ; car vous avez sans doute entendu parler de celle que les blancs appellent la Dame aux Glaïeuls, et que les sauvages connaissent sous le nom de Matshi Skouéou, c'est-à-dire la Mauvaise femme ou la Jongleuse ».
A ce nom trop connu, Mme Houel, quoique douée d'une rare énergie de caractère, ne put réprimer un tressaillement involontaire.
Car on était à une époque où la superstition était encore si répandue et si vivace,que les personnes instruites mêmes, qui n'ajoutaient aucune foi aux contes populaires, ne pou-
valent, en les écoutant, se défendre d'une secrète terreur.
Et dans un pays comme était alors le Canada, couvert d'immenses forêts inexplorées, peuplées de races étranges et à peine connues, tout était propre à entretenir et à fomenter les idées superstitieuses.
« — En effet, pensa-t-elle, j'ai entendu parler de cette célèbre Jongleuse qui est parvenue à acquérir une si grande influence parmi les tribus iroquoises, et dont les Pères missionnaires ont rapporté des choses si merveilleuses.
>^ Ils ne doutent pas qu'elle ait des communications avec le mauvais esprit, et qu'elle opère par son influence des prodiges incroyables (1)
(1) Il n'y a guère de doute que la jonglerie pratiquée chez les sauvages n'ait un caractère diabolique. C'est un fait qui a souvent été constaté par des témoins oculaires dignes de foi. Voici comment s'exprime à ce sujet le R. P. Arnaud, missionnaire du Labrador : « Par la force de leur volonté, dit-il, la cabane (des jongleurs) se met en mouvement comme