‹ La jongleuseChapitre 11 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

flamme de quelque bivouac indien voilé par la brume ?

— Vous n'avez jamais confondu les rayons de votre lampe avec la clarté de la lune, n'est-ce pas, madame ?

» Eh bien ! il serait aussi difficile pour moi de confondre cette étrange lueur avec le feu d'un bivouac indien.

— Une crainte superstitieuse vous aura troublé la vue, reprit Mme Houel avec un mouvement d'impatience et d'incrédulité.

Ce reproche piqua au vif le hardi Canotier, qui garda un moment le silence.

Puis d'une voix émue :

» — Madame, un homme qui a passé la moitié de sa vie exposé chaque jour à se voir attaqué et scalpé par de féroces ennemis, qui a

servi de guide dans une dizaine d'expéditions contre les Cinq-Cantons, qui a tué de sa main plus de soixante Iroquois, qui, pour sauver son ami Misti-Tshinépik', s'est vu deux fois, sans trembler, attaché au poteau, prêt à être brûlé vif, qui entonnait la chanson de guerre pendant qu'on lui arrachait les phalanges de deux doigts, après les lui avoir fumés dans le calumet, qui riait des tourments quand on lui mettait autour du cou un coUier de haches rougies dont il conserve encore les cicatrices, cet homme doit avoir le droit de se croire peu accessible à la crainte.

» Mais puisque vous doutez de mes paroles, interrogez Tshinépik'.

') Vous avez entendu l'exclamation de cet indien au moment où votre enfant indiquait du doigt cet objet mystérieux qui ne paraissait à nos yeux qu'une pâle vapeur.

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