PREMIÈRE PARTIE
cun ennemi n'ose approcher de ton enfant ; mais qui peut lutter contre celle qui commande aux esprits ? »
Le sauvage lui fit alors le récit de tout le merveilleux dont l'imagination indienne entourait la célèbre Jongleuse.
Souvent le Canotier, entraîné par son habitude de causer, l'interrompait pour raconter quelques nouveaux prodiges dont les blancs enrichissaient la légende sauvage.
La Matshi Skouéou, disaient les récits populaires, est en rapport avec le mauvais esprit.
Sa puissance égale celle de, la sirène aux cheveux tordus qui révèle sur les rivages des mers du Sud, les gisements des placers d'or et des bancs de perles.
Jamais on ne l'a vue de jour.
On dit que dans les ténèbres ses prunelles, d'un vert glauque, étincellent comme la braise et que les lueurs sinistres et blafardes qu'elles lancent, fascinent comme le serpent ou l'abîme.
Une rivière de cheveux noirs comme l'aile des huards, inonde sa tête toujours couronnée de fleurs de glaïeuls, et jaillit en cascades jusque sur ses épaules.
Son teint de cuivre, sa peau écailleuse, le rire sardonique qui crispe sa lèvre violette font frissonner jusqu'à la moelle des os.
Elle soulève à chaque pas une poussière d'étincelles bleuâtres qui voltigent autour d'elle, profilant dans l'ombre d'étranges silhouettes.
Salamandre incombustible, elle marche impunément à travers la flamme des brasiers, sans que les tisons osent mordre même les pans de sa robe.