‹ La jongleuseChapitre 19 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La brise nocturne, le nuage qui passe lui apportent, messagers fidèles, le son de la voix de ceux qui l'invoquent.

A son cri, les hiboux éveillés, écarquillant leurs fauves prunelles, sortent des crevasses des rochers et des ruines et répondent à son appel.

A l'heure de minuit, elle descend sur une étoile filante, ou sur un rayon de la lune, et apparaît dans la nappe des cascades, à l'ombre des noirs rochers, sur le sable silencieux des dunes, ou parmi les vapeurs des vallées.

C'est l'heure qu'elle choisit pour accomplir ses mystères, car c'est l'heure où la brise s'endort dans la cime des arbres, et où tout repose dans la nature ; c'est l'heure où les feux follets dansent sur le gazon pâle

des prairies, dans les clairières, ou sur les eaux verdâtres des marécages; c'est l'heure où les chauves-souris effleurent les flots unis de leurs ailes diaphanes, et se cramponnent, de leurs ongles grêles, à l'angle des rochers ; c'est l'heure où l'on n'entend pour tout bruit que le coassement des grenouilles et des crapauds à l'œil fixe, et le hou hou funèbre des oiseaux de nuit.

C'est aussi l'heure où la Dame aux Glaïeuls descend parmi les roseaux du fleuve, au bord des lagunes, pour cueillir les fleurs de glaïeul dont elle couronne sa tête et pour faire ses invocations au Grand Manitou.

Quoique aucun souffle n'agite l'air, on voit alors frissonner les tiges des algues et des aunes qu'elle écarte pour se plonger dans les eaux du fleuve ; et bientôt on voit sa tête apparaître, comme un météore, parmi les joncs et les nénuphars.

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