‹ La jongleuseChapitre 2 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

dessous du genou par des lanières de peau d'anguille (1).

C'était un homme d'un tempérament sec, mais d'une charpente osseuse et d'une taille très élevée.

Les manches de sa veste, retroussées jusqu'au coude, découvraient des muscles d'acier qui révélaient une force peu commune.

Ses bras, d'unelongueur démesurée, étaient couverts de tatouages représentant divers objets, parmi lesquels on remarquait la figure d'un canot.

Les traits de son visage, hâlés par le soleil, et d'une remarquable régularité, semblaient avoir été taillés dans un bloc de bronze florentin.

Sa barbe était noire, tandis que ses cheveux, qu'il laissait croître depuis longtemps et qui retombaient négligemment sur ses épaules, étaient d'un blond châtain.

(1) De la babiche, mot sauvage encore employé dans nos campagnes pour désigner ces lanières.

Un grand air de bonté se reflétait sur toute sa physionomie.

Ses yeux, qu'il tenait habituellement à demi-fermés, lui donnaient au premier abord une apparence engourdie; mais ils étincelaient d'une rare intelligence, enchâssés sous leurs sourcils noirs et épais, lorsqu'il était sous l'influence d'une émotion un peu vive.

Du reste, rien n'était remarquable dans sa personne, si ce n'est un air d'apathie et d'insouciance que l'extrême lenteur de ses mouvements laissait naturellement supposer.

Son habileté extraordinaire à conduire un canot lui avait fait donner le surnom de Canotier.

La lumière vacillante de la lanterne éclairait, par intervalles, un autre personnage assis à la tête du canot, que son accoutrement dési-

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