‹ La jongleuseChapitre 3 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

gnait suffisamment comme appartenant à la race des peaux rouges.

C'était un homme superbe, à l'œil d'aigle, aux lèvres fines et fièrement arquées, au front élevé rayonnant d'intelligence et de loyauté, et d'un galbe si irréprochable que Phidias ou Canova l'eussent copié avec amour, comme le type de l'homme à l'état de nature.

Selon la coutume indienne, ses cheveux étaient rasés, à l'exception d'une touffe attachée au sommet de la tête avec des plumes de faucon, d'outarde et d'oie sauvages, qui formaient comme le cimier d'un casque antique.

Il portait une espèce de manteau, bordé d'une frange rose et lilas, fait avec ces peaux de caribou, couleur orange (1), que les sauvages seuls sa-

(1) Les sauvages obtiennent cette couleur en passant les peaux à la boucane, au-dessus de la fumée des cabanes ; et la couleur blanche en les passant avec îa cervelle des animaux.

vent rendre si soyeuses et si molles.

Des mocassins ornés de rassades et de poils de porc-épic, teints en rouge et bleu, couvraient ses pieds.

Les guerriers de sa tribu l'appelaient Misti TshinépŒ (1), c'està-dire, la Grande-Couleuvre, soit à cause de sa souplesse extraordinaire, soit à cause de la figure de ce reptile tatouée sur sa poitrine.

Les reflets de pourpre de la lanterne dessinaient encore la silhouette de deux autres personnages assis au centre du canot.

C'était celle d'une jeune femme et d'un enfant de huit à dix ans.

Une profonde mélancolie mêlée d'inquiétude se reflétait sur la figure pleine d'énergie de Mme Houel.

(1) Cette expression ainsi que les autres mots que nous emploierons dans le cours de ce récit, appartiennent au dialecte montagnais, qui dérive de la langue algonquine.

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