‹ La jongleuseChapitre 20 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Au moment où la nouvelle lune se lève, de vagues et lointaines rumeurs, mêlées au coassement monotone des grenouilles, s'élèvent du sein des plantes aquatiques.

Voix surnaturelles qui semblent surgir du fond des eaux ; incantations mystérieuses, d'abord indécises, puis s'élevant peu à peu, et se prolongeant sur les flots en mélodie tour à tour suave comme des voix d'enfants, ou voilée comme la brise du soir parmi les halliers ; mais parfois aussi, éclatante et terrible comme le rugissement de l'ours blessé ou comme le roulement du tonnerre ou des cataractes.

Quelquefois aussi, quand l'ouragan des équinoxes rugit et tord la forêt par les cheveux, elle pose son pied, plus léger que celui des vaporeuses ossianides, sur l'écharpe des

brumes dont la montagne enveloppe alors son épaule de pierre.

On dit que pendant ces délires de la nature, on la voit voltiger sur la crête d'argent des vagues en écume, et qu'alors les éclairs déchirent les flancs des nuages en colère pour venir se tresser en auréole sur sa tête.

« — Enfants, disent les vieillards, n'allez pas le soir au lever de la nouvelle lune, sur les bords du fleuve.

» Tapie derrière la verte frange des roseaux, la Dame aux Glaïeuls guette les petits enfants, et ses chants fascinent et entraînent comme le regard du reptile attaché à sa proie.

» Oh ! malheur à celui qui tombe entre ses mains !

)) Le sort qu'elle lui réserve est plus affreux que celui du prisonnier \ garrotté au poteau du supphce.

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