‹ La jongleuseChapitre 23 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

— J'ajouterai foi à tous ces mystères quand j'en aurai été témoin, répondit Mme Houel d'une voix qu'elle cherchait en vain à rassurer.

)) Vous ne l'avez jamais vue, ni toi, ni le Canotier, n'est-ce pas ?

— Madame, repartit le chasseur canadien avec sa lenteur habituelle et un ton solennel qui dénotait une profonde conviction ; un soir que je remontais le Saguenay, je rencontrai »...

Il s'arrêta tout à coup.

Un sourd ronflement, pareil au souffle profond du marsouin lorsqu'il vient respirer à la surface de l'eau, se fit entendre à l'avant du canot.

Un homme qui n'aurait pas été habitué à la vie sauvage, n'aurait prêté aucune attention à ce bruit.

Mais l'oreille exercée du Canotier ne pouvait s'y méprendre.

C'était bien la voix du Tshinépik' qui, pour lui signaler quelque danger sans donner l'éveil, imitait la respiration du marsouin.

Le chasseur prêta l'oreille un instant et crut entendre, dans le lointain, un son étrange et vague, d'abord à peine perceptible, puis se rapprochant, devenant plus distinct, et se prolongeant sur les flots en molles ondulations, pour s'éloigner, osciller encore et s'évanouir un instant après.

Longtemps ces mystérieuses vibrations, qui semblaient tantôt descendre des nuages, tantôt remonter du fond des cavernes de la mer, ou s'échapper d'une conque marine, ou filtrer à travers le treillis des bois, voltigèrent en notes intermittentes

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