‹ La jongleuseChapitre 24 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

parmi le silence solennel de la nuit ; ne parvenant à son oreille qu'à de longs intervalles et par frêles lambeaux.

Il crut d'abord être le jouet d'une illusion ; mais après quelques minutes de silence, la même mélodie bizarre, mais plus distincte et plus rapprochée...

(( — Eh bien ! madame, chuchota le Canotier, entendez-vous ? . . . Croirez-vous maintenant aux paroles d'un homme qui n'a pas appris ce qu'il sait dans les livres ?...

Et continuant comme s'il se fût parlé à lui-même :

» — Minuit !... ce soir la nouvelle lune et la...

— Bah ! repartit madame Houel, la plainte de quelque loup-marin sur les rochers (1).

(1) On sait que les cris du loup-marin imitent, à s'y méprendre, les plaintes d'un enfant.

Le Canotier haussa les épaules, et attendit sans répondre.

» — Vous aviez raison, reprit enfin Mme Houel après quelque temps de silence, j'entends maintenant très clairement une voix ; mais est-ce une voix humaine ?... Jamais je n'ai rien entendu de si extraordinaire ».

Je sais que les sauvages sont renommés pour la beauté de leur voix ; mais ces magiques accents n'ont rien d'humain, tant ils captivent et entraînent avec un irrésistible attrait.

En effet, c'était une sorte d'incantation fantastique qui empruntait à la sombre majesté de ces heures solennelles et à son origine inconnue un singulier caractère de merveilleux et de surnaturel ; sorte de mélopée, tantôt plaintive et rêveuse, noyée

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