‹ La jongleuseChapitre 28 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

leur canot m'a l'air plus pesant que le nôtre et je doute qu'ils aient tous des avirons.

» Madame, nous allons être obligés de jeter vos effets à l'eau, afin d'alléger notre canot autant que possible et de ne pas ralentir notre marche ; car ce sera une course désespérée.

— Faites, faites tout ce que vous voudrez, pourvu que vous arrachiez mon enfant des griffes de ces tigres, s'écria avec angoisse madame Houel.

En un clin d'œil le canot fut débarrassé de tout ce qui pouvait l'alourdir.

» — Maintenant, Tshinépik', hardi sur l'aviron, et ensemble ! Mais auparavant poussons notre cri de guerre pour montrer à ces mécréants que nous ne les redoutons pas plus que les poissons qui nagent sous nos pieds )).

Deux cris horribles, capables de faire tressaillir les cœurs les plus intrépides, s'échappèrent à la fois de la poitrine des deux guerriers, et se prolongèrent au loin sur les flots.

Madame Houel se boucha les oreilles de terreur.

« — Le Canotier ! la Grande-Couleuvre » ! répétèrent en chœur les Iroquois reconnaissant la voix des deux héros qui avaient acquis une si terrible célébrité en immolant un nombre effrayant de leurs plus braves guerriers; et d'épouvantables hurlements répondirent à leur cri.

Puis à cette infernale harmonie succéda un morne et lugubre silence, comme si la nature entière, glacée d'épouvante, avait suspendu tous ses bruits.

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