PREMIÈRE PARTIE
Le Canotier disait vrai ; car la légère pirogue, obéissant à ses gigantesques coups d'aviron, semblait à peine effleurer les flots.
On eût dit une sarcelle, effrayée par le chasseur, rasant la cime des vagues à tire-d'aile.
» — Camarade, voici encore deux balles à notre adresse, interrompit le Tshinépik', qui jusque-là s'était renfermé dans ce silence flegmatique qui caractérise la race indienne, et que les sauvages affectent surtout au moment du danger, afin de cacher toute émotion; l'Iroquois s'imagine déjà nous avoir devancés, car ses coups ont porté en arrière de notre canot.
» Mais mon frère s'aperçoit-il que nous n'avons rien gagné et qu'ils sont toujours en ligne avec nous ?
— Ca ne peut pas durer, tu as
raison, reprit le Canotier en secouant la tête ; nous ne sommes jamais capables de les dégrader. Ils sont trop nombreux contre nous.