PREMIÈRE PARTIE
Tshinépik', as-tu quelque expédient à suggérer ?
L'indien réfléchit.
)) — Mon frère est un grand rameur : le saumon qui monte les rapides n'est pas plus habile avec sa queue que mon frère avec son aviron.
» A chacun de ses coups, le Tshinépik' sent le canot se soulever sous lui.
» Mais mon frère a-t-il le bras assez fort pour ramer à lui seul comme nous deux ensemble, tandis que le Tshinépik' va essayer de déplanter un Iroquois ?
— J'essayerai bien tout ce qu'il est donné à l'homme de faire avec deux bons bras, repartit le Canotier mais je crois que ce serait à peu près inutile, car tu ne pourras que tirer au hasard par la nuit qu'il fait ; et puis un coup de fusil nous trahi-
rait en révélant au juste notre position.
— Une flèche ne laisse pas d'éclair derrière elle; répliqua froidement l'indien, et le Tshinépik' attendra le moment où l'Iroquois va tirer, et visera sur la lueur de l'amorce.
— Bien pensé ! fit le Canotier avec enthousiasme, en se mettant à ramer avec une vigueur si prodigieuse qu'il semblait que jusque-là il n'eût fait que tremper son aviron dans l'eau.
J'ai toujours soutenu, avec raison, qu'il y a souvent plus de cervelle dans la tête d'un sauvage que dans bien des têtes européennes...
» Appareille-toi, Tshinépik', je viens d'entendre un bruit sec comme celui d'un fusil qu'on arme ; je crois qu'ils vont tirer ».
Une détonation lui coupa la parole.