‹ La jongleuseChapitre 34 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Un instant après, un cri de mort retentit du côté du canot ennemi, et prouva que la flèche de l'habile indien n'avait pas manqué son but.

Mais, en même temps, un autre cri, un cri de rage lui répondit.

C'était la voix du Canotier.

Une balle venait de fendre son aviron en deux.

Il est dans la vie des instants de souffrance morale que nulle torture, nul supplice corporel, la mort même ne sauraient égaler.

C'est l'instant fatal où l'on voit se dresser devant soi le fantôme implacable d'une mort certaine ; où Ton sent l'étreinte mortelle vous saisir d'une main assurée.

C'est là le paroxysme de la souffrance.

L'héroïsme seul est capable de l'envisager de sang-froid.

Telle était cependant la position en face de laquelle se trouvaient les fugitifs.

Le Canotier avait épuisé toutes les ressources que le génie sauvage et une longue expérience avaient pu lui inspirer.

Il ne restait plus qu'à attendre la mort.

Déjà on entendait à quelques pas en avant du canot le bouillonnement de l'eau sous les avirons d'un des canots ennemis.

(( Mon frère est-il prêt à mourir ?

dit le Canotier d'un ton calme.

— LeTshinépik' l'a toujours été ^\...

Et comme si un éclair subit eût traversé son cerveau, il ajouta quelques mots en langue sauvage et passa son aviron au Canotier.

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