DEUXIÈME PARTIE
Dans les champs barbelés de chaume doré, on voit de toutes parts les robustes habitants tracer ferme leur sillon.
Une voix éclatante s'élève de fois à autres dans l'air sonore : hue ! dia ! c'est le cri de l'enfant qui touche pendant que son père tient les mancherons de la charrue.
Tandis que les hommes sont occupés aux travaux des champs, les femmes ne demeurent pas inactives, car c'est aussi le temps de brayer le lin (1), et il faut se hâter de profiter des derniers beaux jours.
La vie canadienne n'ofïre pas d'aperçus plus attrayants, de scènes champêtres plus fraîches et plus pittoresques ; mais, hélas ! les chemins de fer, les bateaux à vapeur, la civili-
(1) Le mot brayer est évidemment une corruption du verbe broyer.
sation nous auront bientôt enlevé jusqu'aux derniers vestiges de ces délicieuses scènes de mœurs qui donnent à notre pays sa physionomie caractéristique.
Hâtons-nous donc d'en recueillir et d'en peindre les riants tableaux, afin qu'au moins ces souvenirs du passé poétisent un peu notre avenir.
Vous souvient-il de ces groupes de femmes que l'on voit quelquefois, en octobre, réunis sur la lisière du bois, au flanc de quelque rocher ?
Ce sont les brayeuses de lin.
Elles choisissent ordinairement ces endroits, afin de se mettre à l'abri du vent.
Deux petits murs en pierre de trois ou quatre pieds de hauteur sont adossés au flanc du rocher de manière à former une espèce de cheminée sur laquelle on dispose transversalement