DEUXIÈME PARTIE
quatre ou cinq perches de bois dur, qui servent de séchoir pour le hn.
Une grosse bûche posée à terre à l'entrée de la cheminée empêche le feu de s'étendre et protège la chauffeuse qui doit concentrer toute son attention sur le lin pour l'empêcher de s'enflammer.
Car malheur à elle s'il lui arrive de faire une grillade. Les rires et les moqueries de ses compagnes l'attendent pour lui faire expier sa maladresse.
Aussitôt que le lin est sufïisarnment séché, chaque personne en saisit une poignée et la broyé vigoureusement, tandis qu'elle est chaude, entre les deux bois de la braye, afin de débarrasser le lin de son écorce.
Rien de gai, rien de poétique alors comme d'entendre le bruit sec et éclatant des brayes qui frappent, se
relèvent et retombent en cadence au milieu des cris et des joyeux éclats de rire des enfants qui folâtrent sous la colonnade du bocage (1).
C'est auprès d'un de ces groupes, réuni au pied d'un rocher encadré de bouquets d'arbres et situé à peu de distance de la pointe de laRivière- Ouelle, que vient se renouer le fil de notre légende.
UNE AME DEFLEURIE.
« — Pierre, disait une des femmes à son enfant, va dire à ton père de venir diner ; il s'en va midi.
Les sonores et lointaines volées de V Angélus tombaient en vibrantes cascades du vieux clocher de la Rivière-Ouelle, et versaient leurs joyeu-
(1) Le braye est un instrument composé de deux bois retenus par une de leurs extrémités, et s'enclavant l'un dans l'autre à la manière d'une mortaise.