JUSTIFICATION
La Jouissance Gallo-Romaine expose et résume, dans une évocation romantique, mais rigoureusement exacte, l'état social de la Gaule au début du V* siècle de notre ère.
Avant sa conquête par Jules César vers le milieu du i" siècle précédant notre ère, la Gaule était dans un état d'arnarchie néfaste, qui explique et qui légitime le protectorat exercé sur elle par l'Empire romain, comme nous l'avons rappelé dans une précédente évocation analogue à celle-ci : L'Orgie gauloise.
En quatre siècles environ, après cette conquête, sans violences oppressives, sans secousses sociales sensibles, en vertu d'une simple adoption volontaire, notre pays devint complètement romain par les lois, les institutions, les mœurs, la langue, les arts et tout ce qui constitue le véritable fond vital d'une nation {Voir les chapitres I, lî, III, VI, VII, IX, XIII, XIV et XV).
Les Gaulois conquis, mais non pas asservis, se firent, d'eux-mêmes romains, parce qu'ils appréciaient et parce qu'ils aimaient la civilisation romaine. {Voir les chapitres I, II et III).
Avant César, ils s'élevaient à peine à la conception de quelques fédérations de cités, dictées par des visées ambitieuses personnelles comme celles de Vercingétorix. La civilisation romaine leur fit concevoir l'harmonie sociale; la paix qui en résulte, et les bienfaits de l'ordre. Ils s'élevèrent alors à la conception d'une nationalité et voulurent être citoyens romains ; ne songeant pas encore qu'ils pourraient former un état à part, ayant sa nationalité propre. {Voir les chapitres I, II et 111).
Comme ils avaient adopté les dieux romains, ils adoptèrent les empereurs de Rome et les adorèrent. lis romanisèrent jusqu'à leurs noms. {Voir les chapitres J à III).
Et, dans une circonstance où il ne dépendait que d'eux de s'affranchir delà tutelle ou du protectorat de l'Empire, étant vivement invités par des ambitieux comme Vercingétorix jadis, à secouer le prétendu joug romain, ils examinèrent, ils discutèrent, ils: étudièrent longuement et librement les avantages et les inconvénients de ce qui leur était présenté comme une libération.
En cette assemblée mémorable, unique dans l'hisioire du Monde, assemblée où des délégués de toutes les parties d© la Gaule se trou-
valent réunis plusieurs semaines durant, ils décidèrent qu'ils voulaient rester citoyens romains et jouir de la paix romaine fPax romana !...). [Voir le chapitre 111).
Lom de la capitale de TEmpire, ils n'éprouvaient pas, en effet, les agitations politiques et sociales de Rome. Ils jouissaient des bienfaits de la civilisation séculaire de leurs protecteurs impériaux, sans avoir connu les luttes au prix desquelles cette civilisation s'était formée ; sans se douter presque des convulsions qui secouaient encore la société romaine.
A la faveur de la « paix romaine » la Gaule, devenue prospère, possédait, dès le II" et surtout le m» siècle, une unité qu'elle ne se soupçonnait même pas, mais dont elle bénéficiait avec bonheur. Telle est La Jouissance Gallo-Roinaine. {Voir les chapitres III, "VU, IX, XIII, XJV, XVI et XVII).
11 faut arriver à l'aurore du v» siècle pour voir l'épanouissement de complet de cette fleur de paix, pour savourer la succulence de ce fruit de l'ordre social, complètement mûr alors {Voir tes chapitres II, IV et VII).
De la conquête à ce terme, la Gaule n'a pour ainsi d'ire pas d'histoire ; car son histoire n'est qu'une lente accumulation de progrès, d'initiations, d'organisations..
Elle n'a reçu que de rares et faibles échos des troubles de l'Empire.
Les empereurs de Rome se sont succédé sans modifier la jouissance gallo-romame. C'est à peine si l'on a su en Gaule que ces successions ne s'établirent pas sans débats. {Voir le chapitre III).
Déjà constituée en nation, mais a son insu, la Gaule, au début du V siècle, est si bien un état romain, dans l'état romain, qu'elle est alors prête à se dresser, vivace sur la ruine de sa tutrice et nourrice : Rome ; et que cette velléité se manifeste nettement dans la faible esquisse d'usurpation de Constantinus, provoquée par les invasions germaines de 406-407. {Voir les ch.ipitrcs VII, IX, XIII, XIV, XVI et XVII).
A ce moment, terme d'une évolution à retenir, le christianisme s'est développé parallèlement à la civilisation romaine chez les Gaulois.
11 y a deux grandes forces qui dominent et gouvernent la future France, infiniment plus que l'Empire de Rome, déjà disloqué — de fait, et non en principe, — par la division. (VoiV les chapitres Xll et XVlll) du gouvernement en deux souverainetés : celle de Rome et celle de Constantinople, — ce sont : la force de la civilisation G allô- Romaine et la force de l'Eglise.
Mais, ni Tune, ni l'autre, de ces deux forces ne sont guerrières.
Par cela même, elles sont d'avance condamnées à subir, plus ou moins le joug guerrier des prochains envahisseurs : les Germains. (Voir les chapitres IX, XII, XIII, XIV, XVI, XVII et XVIIl).
En 406-407, la civilisation gallo-romaine, abandonnée à elle-même par l'Empire, résiste plutôt mal aux premières incursions de barbares