Conseil supérieur du Travail, Zoc. cit., p
2- — « Les lieux où ils couchent manquent d’air : dans telle maison, les enfants sont obligés de mettre leurs souliers sur leurs lits afin qu’ils ne moisissent pas pendant la nuit, tant le sol laisse suinter l’eau ; dans telle autre, le patron couche 35 enfants dans une écurie désaffectée comme malsaine. On cite le cas d’un enfant couché dans un étroit réduit au-dessus du four, en plein été. » — Association catholique de la Jeunesse française : Les conditions de travail de la jeunesse otivrière, p. 42. — Voir aussi, Georges Mény, Nos Petits Marmitons, brochure de l’Action Populaire.
QUELQUES métiers NON PROTÉGÉS 81
prendre son premier repas : il était 5 heures du soir » (1).
A quelle heure se terminera ce labeur épuisant, sans aucune utilité réelle pour l’entant, puisque le plus souvent on ne lui enseigne aucun métier? Le syndicat patronal nous apprend que le travail de pâtisserie dure 13 heures pendant la semaine et 15 heures le dimanche ; quant à la vente, elle est de 14 heures 1/2 la semaine et de 15 ou 16 heures le dimanche (2). De telles déclarations, du moment qu’on connaît leur source, ne peuvent être considérées comme exagérées. C’est donc bien réellement de 15 à 16 heures (3) que ces malheureux enfants, à l’âge de la croissance, au moment le plus favorable pour leur formation intellectuelle et morale, sont obligés de courir les rues, séjournant le reste du temps dans des cuisines où règne une chaleur de 45 degrés. Sans profit pour leur avenir, sans avantage sérieux pour le présent, dans les pires conditions physiques, au milieu des plus de-
1. — Association catholique de la Jeunesse française, Zoc. cit., p. 41.
2 Conseil supérieur du Travail, Zoc. cit., p. 100.
'i —Ce serait à Nice, d'après le syndicat ouvrier de cette ville que l'on imposerait aux petits marmitons le travail le plus prolongé, car il durerait 16 heures la semaine et 19 heures le dimanche. Il ne faut pas s étonner que cet abominable record se trouve dans une ville d’élégance et de grand luxe. L’extrême exploitation et ^
Lient souvent la très grande richesse et 1 excessif besoin de jouissances. ^
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testables influences morales, l’enfant perd le meilleur de ce qu’il possède, sa force et sa moralité.
Ceux même qui voudraient essayer de venir en aide à ces petits infortunés en sont empêchés ; quand donc s’occuper d’eux ? Prendre sur leur travail serait impossible, prendre sur leur repos serait inhumain ! (1).
Que d’autres exemples nous pourrions encore donner ! Les garçons de café fournissent de 15 à 17 heures de travail, et ils sont voués à l’intempérance par le milieu dans lequel ils passent leur vie, par l’atmosphère qu’ils respirent, par la fatigue et le sommeil qu’il faut vaincre (2).
Les garçons de restaurant sont obligés de travailler de 13 à 18 heures. Suivant leur spécialité, ils
1. — On a dû autoriser la célébration d’une messe de minuit à Paris le jour de Pâques, pour permettre aux rares enfants qui en ont la volonté d’accomplir leur devoir pascal. (Association catholique de la Jeunesse française, loc. cit., p. 42.)
2. — « S’ils débutent dans les cafés, là, par suite de 15 à 18 heures du travail dans une atmosphère viciée par l’odeur et la fumée du tabac, ainsi que par les crachats répandus de tous côtés, l'appétit leur manque bientôt, et ils sont contraints de puiser dans l’alcool des forces factices; plus tard ils seront anémiés complètement. » (Note de la Chambre syndicale ouvrière des limonadiers, restaurateurs et assimilés de Paris et du département de la Seine. Conseil supérieur du Travail, loc. cit., p. 81). — Les syndicats patronaux ont reconnu que le travail était de 15 heures 1/2 pour les garçons restaurateurs et de 17 heures pour les garçons de café (loc. cit., p. 108).
QUELQUES MÉTIERS NON PROTEGES rvi
sont obligés d’être rendus le matin à 6 heures ou
8 heures et, le soir, ils ne sont pas libres avant
9 heures, minuit ou 2 heures du matin.
Et que l’on ne croie pas que ce soit dans les restaurants fréquentés par la clientèle riche que les garçons sont le mieux traités. Voici ce que nous lisons à ce propos dans l’enquête de l’Office du Travail ; « Tout, dans les restaurants à la mode, est sacrifié à l’apparence ; les cuisines manquent d’air ; défense, d’ailleurs, d’ouvrir les vasistas, dont les émanations incommoderaient les clients. Aussi, anémie précoce, fluxions de poitrine, alcoolisme, font-ils de terribles ravages parmi cette population ouvrière. « Un cuisinier de 35 ans, nous a-t-on « répété souvent au cours de l’enquête, est déjà « vieux ». Les plongeurs surtout ont particulièrement à souffrir. »
Il faut, en effet, songer à ces malheureux cuisiniers et plongeurs qui sont confinés dans des cuisines sans air pendant 12 ou 15 heures, et on ne doit pas s’étonner ensuite de la mortalité considérable qui atteint cette profession (1).
« Pour l’hygiène, dit le représentant de la Chambre syndicale ouvrière des cuisiniers de Paris, c’est une chose épouvantable; il y a, par exemple, les
1. — La mortalité de 20 à 39 ans, dans la ville de Paris, est représentée, pour la période comprise de 1890 à 1895, par une moyenne de 20,6 0/0 pour les cuisiniers, alors qu’elle n’est que de 2,9 0/0 pour les propriétaires. (Annuaire statistique de la ville de Paris, 1895, p. 97 et suivantes).
H'i LA JOURNÉE DE HUIT HEURES
plongeurs qui travaillent aux cylindres : jamais l’eau de ces cylindres n’est changée : il paraît que ces eaux renferment beaucoup d’acides, ce qui leur donne une mauvaise odeur. Les poubelles, les water-closets sont près des cuisines, quand ils ne sont pas dans la cuisine même. En plus de cela, on ferme les vasistas, les soupiraux donnant sur les terrasses des cafés et des restaurants parce que les exhalaisons de la cuisine incommodent les consommateurs ; nous subissons alors une température de 60 et même 64 degrés. J’ai vu fort souvent, dans des cuisines très importantes, qu’on ne pouvait sans danger faire fonctionner les ventilateurs ; il est évident que si on fait jouer un ventilateur dans une pièce qui est surchauffée, cela gêne énormément, puisque tout l’air chaud qui va au plafond est refoulé dans la pièce ; de plus, le ventilateur occasionne des courants d’air.
« L’énorme chaleur des cuisines nous fait aussi courir des dangers lorsque nous sommes obligés d’aller dans la chambre frigorifique manipuler la glace servant à la conservation des viandes » (1).
Les employés et garçons d’hôtel travaillent de 6 heures 1/2 du matin à 10 heures du soir. Dans bien des cas ils font le service de nuit à tour de rôle, de telle sorte que leur repos est fréquemment interrompu, et partant très insuffisant.