‹ La journée de huit heures [microform]Chapitre 38 sur 69 · Xous en trouvons un exemple fraopant dans les expé · texte numérisé non relu

Xous en trouvons un exemple fraopant dans les expé

et cet effort pourra être d’autant plus intense que la journée sera plus courte.

En Angleterre, les mineurs du South Wales travaillent 12 heures par jour, et cependant le charbon est 25 0/0 plus cher dans cette région que dans le Northumberland, où les mineurs ne font que

7 heures ; mais ceux-ci ont un coup de pic d’une rapidité proverbiale qui ne peut venir qu’avec les courtes journées.

En Amérique, dans les mines de fer de Cleveland, les ouvriers sont arrivés à produire plus en

8 heures qu’en 12 : ce résultat n'a pas été occasionné par l'introduction de machines nouvelles, mais seulement par la plus grande activité des ouvriers (1).

Il n’en est pas autrement dans les industries tex tiles. L’ouvrier anglais, dont le travail est moins prolongé, arrivera à produire bien davantage que ses camarades des autres pays.

Il résulte d une enquête faite sur ce sujet par le D*" Schulze-Gàvernitz, que pour faire marcher mille broches, il ne faut que 2,4 ouvriers à Oldham,

riences qui ont été faites dans les arsenaux français. A cause de l'état d’esprit déplorable qui y règne, fait de nonchalance volontaire et d’insubordination, on est arrivé, dans certains ateliers, à avoir une production horaire moindre depuis l’application de la journée de 8 heures. Le matériel et les objets fabriqués étant restés les mêmes, la faute est donc exclusivement imputable aux ouvriers.

1. — Emile Vinck ; La réduction des heures de travail, p. GG.

tandis qu’il en faut 5,8 à Mulhouse, 8,9 dans l’ensemble de l’Alsace, 6,2 en Suisse, dans le duché de Bade et dans le Würtemberg, 7,2 en Saxe, et 25 à Bombay. Cette indication suffit à montrer la supériorité individuelle de l'ouvrier anglais, qui lui permet de fournir une production de 140 0/0 plus élevée que celle des meilleurs ouvriers du continent (1).

En Suisse, à la suite de la diminution des heures de travail dans des manufactures de coton, on a augmenté la vitesse des machines de 2 1/2 0/0, tandis que l’augmentation par heure a été de 8 0/0.

Après de tels exemples, il est impossible de mettre en doute l’importance du facteur humain dans la productivité du travail, même mécanique, et de nier l’accroissement de l’intensité de l’effort avec la diminution de la durée du travail.

Pour que de semblables expériences puissent réussir, il importe donc que le personnel soit intéressé au maintien d’un travail intensif. C’est pourquoi le trav'^ail aux pièces et les primes à la production nous apparaissent comme des moyens très précieux pour permettre la diminution des heures de travail ; il convient toutefois de prendre les pré-

1. — « Ce n’est pas tout, ajoute M. J. Rae, auquel nous empruntons cet exemple, car, bien que l’Anglais dirige le double de machines marchant deux fois plus vite, il a besoin de moins de surveillance. Il y a, en Angleterre, un surveillant pour 60 ou 80,000 broches, en Alsace, un pour 15,000, et en Saxe, un pour 3 ou 5,000 » (loc. cit. p. 143.)

cautions voulues pour éviter certains abus dont les ouvriers sont quelquefois victimes avec ce mode de rémunération (1).

Si l’ouvrier voit son intérêt à fournir davantage d’ouvrage, il travaillera plus activement, cela est évident ; mais il faut que ses forces physiques le lui permettent, et la réduction des heures de travail lui donnera progressivement cette réserve de forces productives dont il a besoin : en effet, le résultat des modifications à la durée du travail ne se produit pas toujours immédiatement.

Lorsque la journée de travail fut réduite dans les ateliers des Atlantic Mills de Lawrence (Etats- Unis), de 10 heures trois quarts à dix heures, il y eut le premier mois une diminution de production de 4 à 5 0/0, bien que la vitesse eût été augmentée de 4 0/0 et qu’on eût introduit le travail aux pièces ; mais, peu à peu, les ouvriers sont devenus plus forts, ils ont travaillé avec plus d’activité et, en définitive, sans nouvelles modifications dans les machines, la perte s’est changée en gain pour l’entreprise.

L’expérience inverse a été faite dans une fabrique de tapis du Massachusetts où la journée de dix

1. — C’est ainsi qu’après l'introduction du travail aux pièces, les ouvriers étant parvenus à augmenter sensiblement leurs salaires, des patrons en ont profité pour diminuer ensuite leur tarif, de façon à ramener le gain journalier au taux précédent. L’ouvrier était donc obligé de travailler davantage pour gagner le même salaire.

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heures a été prolongée au moyen d’heures supplémentaires pendant un certain temps ; dans le mois qui suivit l’introduction des heures supplémentaires, la production augmenta, mais, à ce moment, les ouvriers commencèrent à travailler avec nonchalance, la production diminua, la qualité des produits baissa et, le troisième mois, les livres montrèrent que l’usine ne produisait pas plus avec une journée de dix heures et des heures supplémentaires qu’avec la journée de dix heures seule (l). Les effets du surmenage ne se manifestent donc parfois qu’au bout d’un certain temps.

Avec les longues journées, l’ouvrier est aussi

1. — John Rae : loc. cit., p. ‘.12. « Le directeur d’une manufacture de coton dans le Massachusetts déclara au directeur du Bureau du Travail de cet Etat, en 1883, que lorsqu il avait réduit les heures de travail, quinze ans auparavant, de 13 à 11, avec les mêmes machines, la production des toiles peintes était passée de 90.000 yards à 120.000 yards par semaine, et la « Middlesex Company >> de Lowell, en opérant une réduction encore plus grande, de 13 heures à 10 heures 24 minutes, en 1872, a trouvé que, en augmentant la vitesse des machines de façon qu’elles fissent autant de tours par jour, et en remplaçant le travail des femmes par le travail des hommes dans une très faible proportion (3 1/5 p. 0/0), la production avait augmenté de 290.117 pièces (soit environ 135.000 livr. st.) dans l’année, et les salaires de leurs ouvriers de 57 0/0.

« Les exemples de semblables augmentations sont cependant assez rares. Ce qui est très courant dans tous les cas de réduction des heures de travail à 11 heures, à 10 heures ou à 8 heures, c’est une légère augmentation, soit immédiatement, soit après six ou douze mois. »

plus exposé à être victime d’un accident. Des statistiques, tant allemandes que françaises, ont \

prouvé que dans les premières heures des deux i

séances de travail de la journée, les accidents sont moins nombreux que dans les dernières heures de travail; en outre, les accidents sont plus fréquents

l’après-midi que le matin (1). '

Il nous faut dès lors conclure que lorsque l’ou- |

vrier n’est pas épuisé, il travaille davantage et il travaille mieux.

1. — La progression est surtout remarquable le matin ; 794 accidents de 7 à 8 ; 1,600 de 10 à 11 ; 1,590 de 11 à 12. (Voir Cauwès : Cours d’économie politique. Larose et Forcel, 1893, t. lü, p. 525, et Raoul Jay, Revue d'économie politique, 18‘J1, p, Q9.) — Une enquête sur ce point a été faite par M. Imbert, professeur à la Faculté de Médecine de Toulouse, et M. Mestre, inspecteur du travail. Elle a porté sur 56.458 ouvriers travaillant dans l’Hérault et 140.407 ouvriers de la circonscription de Toulouse. V oici les conclusions auxquelles cette enquête a abouti :

« Le nombre des accidents augmente progressivement d’heure en heure pendant la première demi-journée ;

« Après le repos assez long de midi, dans les premières heures de la seconde demi-journée, le nombre des accidents est notablement moindre que dans les dernières heures de la matinée ;

« Au cours de la seconde demi-journée, les accidents deviennent encore, d’heure en heure, progressivement plus nombreux;

« Le nombre maximum d’accidents par heure vers la fin de la seconde demi-journée est notablement plus élevé que le maximum correspondant de la matinée. »

Il y a bien des années, Villermé avait déjà montré

quel résultat on pouvait obtenir en procurant aux

ouvriers un surcroît de force par une meilleure alimentation.

« On ne paraît pas savoir assez, en France, disait-il, combien un bon régime, dans lequel il entre de la viande, est nécessaire aux travailleurs. Et cependant, partout, ceux qui exécutent des ouvrages de force font de la viande leur aliment habituel et y ajoutent une boisson fermentée, telle que du vin, du cidre ou de la bière. Ce fait est trop général pour n etre pas la conséquence d un besoin. Enfin, si les ouvriers de la Grande-Bretagne passent pour travailler plus que les autres, c’est à la viande, dont ils font usage qu’on l’attribue » (1). A l’appui de son opinion, il cite l’expérience qui a été faite à Charenton par les propriétaires d’une fonderie,

« qui ne purent obtenir des ouvriers du pays la quantité de travail qu’ils obtenaient des ouvriers anglais, qu en les obligeant a se nourrir comme ces derniers. Je sais aussi, ajoute-t-il, que, vers le même temps, une expérience analogue eut le même résultat dans la maison centrale de détention de

^ ^ illermé . Rapport à V Académie des Sciences Morales sur l état physique et tnoral des ouvriers employés dans les fabriques de soie, de coton et de laine, 1839, p. 8.

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Kiom : en donnant de la viande ou en augmentant la ration, on obtint tout de suite, et avec économie, des détenus chargés de polir des glaces, beaucoup plus de travail qu’auparavant. »

La diminution des heures de travail (que nous supposons sans diminution du salaire, comme cela a lieu dans la plupart des cas) contribue dans une certaine mesure à améliorer l’alimentation de la famille ouvrière. La femme restant plus longtemps à son foyer aura davantage le loisir de s’occuper de son intérieur et de préparer des repas plus variés, plus appétissants, plus substantiels : le mari, moins surmené, mangera avec un meilleur appétit et s’assimilera mieux la nourriture absorbée, et enfin rien ne l’empêchera de chercher à la fois une distraction, un réconfort et une appréciable ressource dans la culture d’un petit jardin, d’où il pourra tirer en abondance les légumes et les fruits nécessaires à sa famille. Il est, en effet, reconnu que le travail de la terre, après celui de l’atelier, ne constitue pas une fatigue, mais bien un dérivatif des plus salutaires (1). Quant aux enfants, il est à peine besoin d’indiquer tout le bénéfice que l’on peut attendre, pour leur développement et leur

1. — Voir notre ouvrage sur UAssistance par le travail et les jardins ouvriers en France, Giard et Brière, lOOt», p. 351 et suiv. — La Ligue du Coin de Terre et du Foyer, que dirige l'abbé Lemire, député du Nord, s’occupe tout spécialement de propager les jardins ouvriers. (2G, rue Lhomond, Paris, V').

croissance, d’une diminution de la durée de leur travail et d’une alimentation prise dans de meilleures conditions.

Faut-il s’étonner ensuite que les courtes journées correspondent à une moindre morbidité ? Comme l’a dit assez exactement Jules Guesde, « de même que pour les composants d’un corps de troupe le maximum de salut ou de survivance est dans le minimum de séjour sous le feu de l’ennemi », de même, la principale chance qu’aient les ouvriers et employés d’échapper aux périls qui les menacent à l’atelier, c’est d’y rester le moins longtemps possible (1). Ce sera d’abord parce que moins la durée de présence dans le foyer d’infection (2) sera longue, moins il y aura de chances de contagion ; ce sera, en outre, parce que l’organisme ayant pris, pendant la période de repos, plus de force, ne se trouvera plus autant dans l’état de réceptivité morbide qu’entraîne inévitablement une fatigue excessive (3).

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