Villermé ; Rapport, pp. 72 et
chés à 29 filatures, on comptait 9.247 femmes ou enfants de moins de 16 ans.
En Allemagne, une enquête sur les conditions du travail des enfants, faite en 1825 (1), avait permis de constater que, dans le district de Dortmund, ils étaient occupés aux filatures de laine de 5 heures du matin à 8 heures du soir.
Dans une fabrique de clous, ceux qui avaient atteint 14 ans travaillaient de 3 à 11 heures du matin et de 2 à 8 heures du soir. Les filatures de coton du district de Bachum les faisaient travailler de 5 heures 1/2 du matin à 8 heures du soir ; ils avaient à peine le temps de prendre leur repas (2).
Leur santé apparaît comme infiniment moins précieuse que la matière brute qu’ils sont chargés d’ouvrer. Dans les fabriques de bronze d’Arnsberg, par exemple, ces pauvres petits êtres sont enfermés dans des pièces presque hermétiquement closes, pour éviter la rouille du métal; on constate, dès lors, chez eux, de nombreux cas d’empoison-
1. — Joseph Sarraute ; Limitation légale de la durée du travail en Allemagne. Larose, l‘J00, p. 25 et suiv.
2. — Voici encore quelques exemples. A Cologne, c'est à un travail variant entre 11 heures 1/2 et 14 heures qu’étaient assujettis les enfants depuis l’àge de 5 ans. Il en é.ait de même en Silésie où, dans le district de Liegnitz, des enfants de 6 ans travaillaient dans les manufactures de coton de 5 heures du matin à 8 heures du soir. De même en Saxe où, dans le district d’Erfûhrt, le travail durait parfois de 4 heures du matin à 8 heures du soir... » (Sarraute ; loc. cit., pp. 23 et 24.)
nements chroniques provoqués par les poussières de limailles, qui contiennent du vert-de-gris. Ail- I leurs, les manifestations scrofuleuses sont géné- ' raies ; les jeunes ouvriers, employés aux maniilactures de clous, ont la poitrine et la vue plus ; faibles que les autres, par suite de la chaleur des fourneaux et de la courbe du corps qui est nécessitée par leur travail.
Ce labeur excessif exerce son influence sur la
longévité. Dans les mines, les enfants qui y tra- ■ vaillent se distinguent, au premier coup d’œil, des autres : à 45 ans, les ouvriers sont complètement usés. I
En Silésie, dans le district de Liegnitz, la grande chaleur et le travail de nuit des verreries amènent i la paralysie des membres, la faiblesse de la vue, et | les travailleurs n'atteignent qu’exceptionnellement !
la cinquantième année (1). :
La santé physique n’est pas seulement altérée, ! la vie morale, elle aussi, est sérieusement atteinte. i
ainsi que le constate ce passage du rapport de la magistrature de Lückenwald, concernant le travail dans les manufactures de drap. « Les enfants grandissent ainsi en corruption morale. La société n’aura guère à se féliciter de pareils citoyens et citoyennes dont les âmes sont corrompues par ; les fabriques, dont l’esprit est étouffé dès l’enfance, I dont les sentiments moraux et religieux sont em- ;
i. — Joseph Sarraute ; lAmitation légale de la durée du j
travail en Allemagne, p. 25. i
LA DURÉE DU TRAVAIL IL Y CENT ANS 2î)
poisonnés dans leur racine. La bonne volonté et I énergie d’un seul Etat ne suffisent pas sans doute a écarter ces maux. Mais la postérité maudira une génération qui sème des germes de ruine, et un jour viendra où les richesses produites par les fabriques ne seront plus suffisantes pour construire le nombre nécessaire de maisons de force et de
potences » (1).
Ce mal profond, qui minait les forces et les énergies vitales de la nation, était évident, personne ne le niait , mais quel était le remède? Les gouvernements provinciaux, consultés à ce sujet par le ministre Von Altenstein, répondirent que c’était un mal nécessaire, qui existait aussi bien dans l’intérêt des familles pour leur procurer un supplément de ressources, que dans 1 intérêt des industriels pour leur permettre de lutter contre la concurrence internationale. Les réformes proposées consistaient seulement en quelques mesures anodines, comme celles de faire visiter les fabriques par les médecins, de renvoyer les enfants malades, d’améliorer les locaux, etc. Mais les enfants devaient
continuer à travailler aussi longtemps que les adultes.
Un autre intérêt, heureusement, était en jeu, celui de l’armée. En effet, le lieutenant-général Von Horn, ayant averti le gouvernement que, dans
I . - Gûnther K. Anthon, pp. 22, 23. Geschichte der preussichen Fabnksgesetzgebuag bis zu ihrer Aufnahme durch die Reichsgewerbeordnung. I.eipzig, 1891.
les régions de fabriques, le contingent nécessaire ne pouvait plus être levé, Frédéric-Guillaume III intervint lui-même, et prescrivit au ministre de l’instruction publique de faire une enquête (11 mai 1828).
« Je dois veiller, dit-il, à ce que, dans les régions de fabriques, les générations futures ne soient pas encore plus faibles et impotentes que la génération actuelle. C’est pourquoi je vous charge d’étudier les mesures qui seraient de nature à parer à ces dangers et de m’adresser immédiatement un rapport » (1).
Grâce à ces révélations qui éclairèrent peu à peu les pouvoirs publics, un règlement parut, plusieurs années plus tard, interdisant le travail aux mineurs de moins de neuf ans révolus, encore fallait-il c{u’ils aient fait un stage scolaire de 3 années. Par ailleurs, les jeunes ouvriers de 9 à 16 ans ne pouvaient travailler plus de 10 heures par jour, et jamais la nuit, sauf quelques exceptions (2). C’était une importante victoire pour la protection légale des travailleurs.
En France, l’enquête de Villermé n’était pas restée, elle aussi, sans résultat. L’opinion avait été