Loc. cit., septembre-octobre 1906, p
ANNEXES
M. F. Passy croit d’ailleurs que les longues journées ne constituent pas toujours une supériorité économique pour les nations qui y ont recours. C’est ce qui faisait dire, « il y a une cinquantaine d’années déjà, à un grand industriel de Gand, M. Ottevaere, que la principale infériorité des filateurs belges, par rapport aux filateurs anglais, consistait dans la trop grande longueur de la journée de travail. Nous travaillons, disait-il, deux grandes heures de trop ».
Cependant, il faut se garder de vouloir aller trop vite, car la précipitation peut entraîner des ruines préjudiciables à tous. Il est nécessaire de procéder par étapes.
Tel est l’avis de M. Honoré, directeur des Grands Magasins du Louvre, membre patron du Conseil supérieur du Travail.
« Pour l’ouvrier d’usine qui souffre dans sa liberté autant que dans sa peine, et qui désire une journée brève, il faut envisager une conséquence moins immédiatement tangible mais tout aussi certaine, c’est qu’une réduction de production du quart au cinquième équivaut à une augmentation proportionnelle du produit fabriqué et par conséquent à un écrasement de l’industrie nationale par les produits étrangers. Pour éviter cette conséquence désastreuse qu’on a vu se manifester au moment des grèves toutes dernières, il faudrait que la réduction du temps du travail fût graduée en laissant au machinisme le temps de faire des progrès compen-
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sateurs. — Il faudrait surtout que l’entente se fît entre les peuples industriels pour que la ligne théorique des frontières ne fût pas exploitée par les uns au détriment des autres.
« Si nous en venons au commerce, c'est une autre chose. Certaines grandes maisons peuvent plus ou moins imposer leurs heures au public, — mais tout le petit commerce est absolument à la merci du public qui a ses heures à lui et n’entend pas qu’on le gêne.
« Voyez la mauvaise presse qu’ont eue la grève des postes, des boulangers et d'autres industries analogues.
« On ne peut modifier les mœurs par des ukases même au nom de l’humanité. Il y faut du temps et des étapes ménagées (1). »
C’est pour réaliser ces étapes successives que la Fédération du Livre «s’est bornée... à poursuivre l’application et a réalisé dans presque toute la France la journée de neuf heures. Ses adhérents ont reconnu qu’il eût été téméraire et aussi injuste de vouloir imposer la journée de huit heures à l’industrie du livre dont la situation économique ne permettait pas de supporter une aussi brusque modification (2) ».