Correspondance Sociale, 15 septembre 190G
ANNEXES
voici comment, d’après le journal L' Ouvrier Métallurgiste (nMu F-- mai 1906), le directeur de l’Usine de Lods aurait expliqué et jugé la nouvelle organisation.
« 11 s’agit d’un travail à feu continu. Le foyer consomme la même quantité de charbon, quelle que soit la production. Or, autrefois, deux équipes travaillaient douze heures par jour, c’était extrêmement fatigant, les repos étaient longs, il y avait des arrêts, et le charbon brûlait toujours. Alors, afin d’économiser du combustible, nous eûmes 1 idée, il y a dix ans, de remplacer les deux équipes de douze heures par trois équipes de huit heures. La consommation de charbon fut la même, mais comme 1 ouvrier avait seize heures de repos entre chaque journée, il travailla avec plus d’ardeur, ne prit qu’une demi-heure de repos, n’arrêta plus la machine du laminoir. Le résultat fut que chaque équipe de huit heures produisit autant que les anciennes équipes de douze heures, et comme nous avons désormais trois équipes au lieu de deux, notre production augmente de 50 °/o sans augmenter nos frais généraux. »
11 était intéressant de savoir quelle était la répercussion, sur les salaires, de cette importante réduction dans la durée du travail.
« Au début, il est vrai, explique le directeur, il y eut bien quelque . malaise ; pour recruter la troisième équipe, il avait fallu dégarnir les deux anciennes de quelques bons ouvriers et prendre des nouveaux sujets ; il en résulta d’abord un
fléchissement de la production et des salaires, mais comme ces ouvriers sont payés aux pièces ils s’ingénièrent à regagner le temps perdu. Leurs gains sont aujourd’hui ce qu’ils étaient autrefois. Pourtant la Compagnie n’a pas changé ses tarifs, elle paie par 100 kilogrammes de produits ouvrés ’ exactement le même prix qu’il y a dix ans. ;
« Nous avons un autre bénéfice, ajoute le Directeur. Avec le régime des douze heures, les hommes
surmenés étaient plus souvent malades, et la Com- i: pagnie fournit le tiers des fonds : cela coûtait assez I
cher. Depuis les huit heures, la Caisse de secours ^
est plus prospère et nous travaillons à y joindre ; une Caisse de retraites. » i
Les ouvriers de leur côté ne sont pas moins heu- |
reux, il est facile de le comprendre, du résultat '
obtenu. j
« Les tarifs n'ont pas augmenté, déclare l’un i d entre eux, mais on a travaillé plus vite. Le salaire moyen est ce qu’il était il y a dix ans. De ce côté ^
ni gain, ni perte ! Mais on a gagné quatre heures *
de loisir et c’est énorme ! Au lieu de sortir de }
l’usine à midi ou à minuit, éreinté après douze |
heures passées près des fours, nous en sortons à !
huit heures du matin et à quatre heures du soir. ^
Nos forces ne sont pas épuisées. On va cultiver son |
jardin : beaucoup ont sur le coteau quelques v
champs de vigne, ils les cultivent... Ceux qui ne î
travaillent pas aux champs, à leur sortie de l’usine, '
prennent une ligne et vont pêcher, d’autres vont ç
chasser dans la montagne. » i"
ANNEXES
Ils peuvent, en un mot, réparer les énergies
vitales que consumait prématurément un travail excessif.
La journée de huit heures dans la Verrerie (1).
La verrerie est un des métiers les plus fatigants pour 1 organisme humain, à cause de la chaleur extrême qui se dégagedu verre incandescent ou du verre en fusion. Il ne faut donc pas s’étonner si cette industrie est une de celles, dans lesquelles
la journée de huit heures se développe le plus rapidement.
Actuellement près de 11.000 ouvriers et ouvrières (exactement 10. /56) de cette profession ne travaillent pas plus de huit heures par jour.
L organisation du travail varie suivant les régions. Dans les verreries à vitres du Nord, par exemple, le personnel des fours se relaie de neuf heures en neuf heures. Des neuf heures de présence il faut déduire deux repas d’une demi-heure, de sorte que la durée du travail effectif ressort à huit heures par vingt-sept heures. En général, le premier repas est pris après la quatrième heure de travail ; quant au second repas, les ouvriers préfèrent ne pas le prendre au cours du travail, et quittent l’établissement une demi-heure plus tôt,