‹ La journée de huit heures [microform]Chapitre 52 sur 69 · B E L G I QUE · texte numérisé non relu

B E L G I QUE

La journée de huit heures dans les Mines.

Discussion à la Chambre des Représentants,

Un projet de loi sur les mines a été récemment discuté à la Chambre des Représentants de Belgique. Un député catholique, M. Helleputte, déposa un amendement aux termes duquel la durée du

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travail d abatage, au fond des mines, ne devrait pas excéder huit heures par jour dans les provinces du Limbourg et d’Anvers, où de riches gisements viennent d’ètre découverts.

Cet amendement occasionna un long et vif débat (du 1®'’ février au 6 mars 1907). Les discussions furent d’autant plus passionnées que, sur cette question, le parti catholique et le parti libéral se divisèrent respectivement en deux fractions, l’une favorable, 1 autre hostile à la réforme proposée (1).

Une foule d’arguments de principe ou d’opportunité furent exposés devant la Chambre belge, et il n’est peut-être pas sans quelque utilité d’en citer quelques-uns, car cette importante question viendra inévitablement en discussion dans bien d’autres enceintes, et vraisemblablement, de part et d autre, nous verrons soutenir les mêmes théories.

La limitation du travail à huit heures est une barrière contre l’extrême exploitation du travail.

M. Levie ( catholique démocrate). — 28,000 hectares viennent d être concédés. A combien de concessionnaires ? A huit.

Alors que l’étendue des concessions des anciens bassins ne dépasse pas 100,000 hectares avec 121 exploitants, on a, pour le bassin de la Campine, accordé 28,000 hectares à huit concessionnaires. Y aura-t-il huit exploitants ? Mais non. Ces jours-ci

1 ^ oir à ce sujet nos articles parus dans le Bulletin de

la Semaine du 27 février et du 27 mars 1907.

nous avons lu aux annexes du Moniteur un acte de société, où deux de ces concessions, réunies en une seule, sont apportées à une société anonyme puissante.

M. Denis. — C’est le trust qui se constitue. Je

ne l’avais que trop prévu.

M. Levie. — Cette société anonyme, composée des personnalités les plus importantes et les plus honorablement connues, s’est constituée au capital social de 15 millions, en vue de l’exploitation de 7,000 hectares. Oh ! je ne m’en plains pas ; c’est une précieuse garantie de succès pour l’avenir de l’exploitation du bassin du Nord. Ces sociétés formidables, auxquelles on apporte une, deux, trois des concessions octroyées, dirigées par l’élite de nos ingénieurs charbonniers, ayant à leur disposition des capitaux illimités, vont évidemment faire des prodiges dans le bassin du Nord. Mais le rapprochement des chiffres n’est-il pas significatif? 28,000 hectares pour quelques sociétés riches et toutepuissantes, s’entendant et se mettant facilement et tout naturellement d’accord, alors que, dans nos anciens bassins houillers, pour 100,000 hectares, il y en a 121 !

Voilà la situation du capital dans le bassin du Nord. Et, en face de lui, qu’aurons-nous? Des ouvriers venus de partout : des bassins wallons, de la Campine, du bassin de la Ruhr, de nationalité, | de langue et d’habitudes différentes, ne se connaissant pas, n’ayant entre eux aucun lien.

L’honorable M. Verhaegen le disait hier ; Com-

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ment ces braves gens n’accepteraient-ils pas sans discussion la journée de travail que leur imposera le capital ?

Ces grains de sable, ces hommes sans lien, sans ressources, sans force, sans cohésion, inconnus les uns des autres, vont s’y trouver en face d'une puissance formidablement organisée. Le moyen dans ces conditions de ne pas subir la loi du plus fort !

Puis, peut-être un jour, dans un moment d’effervescence et de colère, surgira un conflit redoutable ; il y aura des excès, des violences ! Les faibles vont parfois ainsi aux extrêmes !

Les pouvoirs publics dépasseront-ils la mesure on élevant, dès à présent, une barrière que le capital ne pourra pas franchir, en lui disant : « L’intérêt social est en cause : vous ne pourrez pas emplo3^er l’ouvrier à l’abatage du charbon au delà de huit heures : en deçà, libre aux conventions particulières de se former : au delà, interdiction absolue de par la loi même, dans l’intérêt de la race et de la société (1) .»

1. — Le discours de M. Levie est d’autant plus significatif que M. Levie est un industriel.

« Toutes mes relations, disait-il, appartiennent au monde industriel, où j’ai toujours rencontré un accueil bienveillant et où je compte de nombreux amis ; je suis industriel moimême et si je n’étais pas pénétré, autant que je le suis, de la vérité des idées que je développe, j’aimerais mieux me taire. D autre part, je n ignore pas qu’au banc des ministres ces idées rencontrent une vive opposition. Parmi eux, il en est deux particulièrement avec lesquels j’ai des rapports d’amitié, M. le chef de cabinet et M. Van den Heuvel, tous

Mais, dit-on, vous faites bon marché de la bienveillance, de l’humanité, de la générosité des exploitants !

Messieurs, j'ai la plus grande estime pour ceux qui, dans notre pays, dirigent la grande industrie. Je vis au milieu d’eux, ce sont des hommes instruits et, je dois l’ajouter, ce sont le plus souvent des hommes de cœur. Mais on ne fait pas d’industrie par philanthropie ou par charité. On place son argent dans une société anonyme, dans une société charbonnière pour le faire fructifier. Ce que l’on demande au conseil d’administration et au directeur-gérant, c’est de faire des bénéfices, de donner des dividendes.

Dans l’ensemble — il faut bien le reconnaître, — malgré la bonne volonté et les sentiments personnels si généreux qu’ils soient des directeurs-gérants et des conseils d’administration, la société anonyme n’est pas et ne sera jamais spontanément l’étre compatissant et réformateur que l’on dit. Souvenez-vous de l’adage : Homo homini lupus.

L’homme est pour l’homme comme un loup. L’adage se vérifie, l’histoire le prouve, dans les luttes politiques et religieuses ; que d’intolérance et de

deux hostiles aux idées que je préconise. Pensez-vous qu’il ne m'en coûte pas de parler comme je le fais ? Si je le fais, c’est parce que je suis entré ici pour travailler au relèvement physique et moral de la classe ouvrière. ive approbation à V extrême-gauche.)

(Séance du 14 février. Annales parlementaires, p. 520.)

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haine ! Ne se vérifierait-il pas, quand il s'agit d’argent, de l’esprit de lucre, qui met en branle les pires instincts de la nature humaine ? Non, non, ce c’est pas faire injure à nos sociétés industrielles^ que d’affirmer que ce n’est pas d’elles seules qu’il faut attendre le progrès social (1).

La part du Capital et la part du Travail.

M, Levie. — Vous avez été larges et généreux pour le capital : vous accordez des concessions importantes et vous les accordez gratuitement.

M, Masson. — Ce n’est pas nous, c’est le gouvernement.

M. Levie. — Je parle des pouvoirs publics en général.

M. Vandervelde. — Ce sont précisément ceux qui font des concessions gratuites aux capitalistes qui ne font aucune concession à la classe ouvrière ?

M. Levie. — Vous avez reconnu la propriété des mines nouvelles aux propriétaires de la surface et aux inventeurs. Vous l’avez fait par respect du droit de propriété. (Rires sur les hancs socialistes.)

Mais, laissez-moi vous le dire, la masse ne comprend pas bien ce droit de propriété qui s’étend jusque dans les profondeurs de la terre, aux richesses minières que la nature j a créées ; elle qui voit mettre en adjudication tout bien de l’Etat, toute parcelle, si petite qu’elle soit, elle constate

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1. — Chambre des Représentants. Séance du 14 février 1907. Annales parlementaires, p. 515 et 516.

que vos concessions sont entièrement gratuites. Ce n’est pas tout. Vous avez annoncé, monsieur le ministre, l’autre jour, que vous renonciez aux redevances spéciales que vous aviez pensé d’abord exiger au profit de l’Etat, des concessionnaires.

Vous avez déclaré qu’il y aurait, sur ce point, égalité parfaite entre les concessionnaires d’hier et ceux de demain. Personne ne devra payer ces redevances.

Vous laissez les concessionnaires s’entendre entre eux : ils réunissent et fusionnent les conces- I sions que vous leur avez octroyées, augmentant ainsi la puissance du capital.

Vous avez fait tout cela, dans l'intérêt du pays, pour faciliter l’exploitation des richesses minières du Nord, pour en assurer le succès, pour donner une impulsion nouvelle à notre prospérité industrielle. Mais voici que les ouvriers houilleurs entrent en scène : On a fait la part du capital belle et large, disent-ils, ne va-t-on rien faire pour le travail? Vous légiférez sur la loi des mines : vous concédez le nouveau bassin du Nord ; n’allez-vous pas, en même temps, y améliorer le régime du travail ? (1).

Les conditions du travail d’abatage dans les Mines.

M. Mansart. — D’abord, pour se rendre à l’endroit où il doit travailler, cet homme doit descendre dans la mine, passer par le puits d’extraction.

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