Séance du 20 février. Annales parlementaires, p
2. — C’est M. Dumont, professeur à l’Université de Louvain. qui a découvert le nouveau bassin houiller. 11 est parmi les bénéficiaires des nouvelles concessions.
Huit heures de travail doivent suffire si l’organisation est suffisante.
M. Helleputte. — Depuis de longues années, M. Dumont enseigne ceci dans son cours (2) :
« Dans la direction ou la surveillance des travaux souterrains, l’ingénieur doit avoir en vue tout
mule ces deux choses, trop souvent mises en opposition, trop souvent présentées comme devant être nécessairement en lutte l’une avec l'autre, alors que leur entente est la condition du progrès et que l’une d’elles, le travail, apparaît comme la forme la plus élevée du capital d’un pays, comme l’élément le plus indispensable de sa prospérité industrielle.
La journée de huit heures ne diminuera pas mais augmentera la production.
des capitaux, peuv'^ent, à la rigueur, se passer de travailler, ce qui n’est pas le cas pour les ouvriers. Les capitalistes, au surplus, achèteraient des terres ; ils transporteraient leurs capitaux dans des pays où l’on n’aurait pas décrété aveuglément des mesures aussi arbitraires tournant à la fois contre eux et leurs anciens ouvriers.
IVI. Demblon. — Quoi ! vous en êtes encore là. (Séance du 14 février. Annales parlementaires, p. 525.)
M. Helleputte. — Nous prétendons que la journée de huit heures, moyennant une bonne organisation des chantiers, ne diminuera pas, mais augmentera la production...
Le rendement dépend d’une foule d’éléments. Pour un travail normal, il dépend certainement de la durée de ce travail, mais il dépend aussi de la vigueur de l’ouvrier, de l’état et de l’organisation de la mine et encore et surtout de la bonne volonté de l’ouvrier.
Comment voulez-vous donc qu’on puisse se rendre compte de l’influence de chacun de ces facteurs.
d’abord la sécurité et l’intérêt de l’ouvrier. Il devra envisager ensuite l’intérêt du capital.
« L’ouvrier à veine doit pouvoir accomplir sa . tâche dans l’intervalle de huit heures au maximum^ passées au chantier cl ahatage (1). »
Je signale en passant, que M. Dumont va un peu plus loin que nous, puisqu'il admet dans les huit heures, les repos que nous avons exclus. Notre proposition est donc plus modérée, j’ai dit pourquoi, que la sienne.
M. Dumont continue ainsi ;
« Si l’ouvrier est retenu plus longtemps, il y a
[ ivj. Neujean [libéral). — L'union charbonnière pré-
tend encore que par le fait de la mesure l’ouvrier travaille-
râit 8V6C xiïiG précipitation fatolc.
M. DestPée. — Cest ridicule de produire pareils arguments ! Direz-vous que parce que rabatteur travaillerait un peu plus vite, le charbon serait de moins bonne qualité ? rvi. Caeluwaert. — Vous ne connaissez rien de ce r^ont
vous parlez ! . r i • p i
M. Neujean. - Je parle d'une précipitation fatale a 1 observation des règles de sécurité. Et je crois l'argumentation d’autant plus sérieuse que c’est là précisément l’objection que les Trades-Unions font d’une façon générale au travail à la tâche. Si je ne suis pas ouvrier comme vous, monsieur Caeluwaert, vous pouvez cependant en croire une vieille expérience judiciaire, acquise au cours de maints procès plaidés pour les ouvriers.
Si vous créez au détriment de l’industrie la situation que je viens de caractériser, vous obligerez les patrons a faire une sélection parmi les ouvriers, au grand détriment des moins foris ou des moins vaillants. (Séance du 2- févnerr
XX* Siècle du 23 février.)
ANNEXES
lieu d’en rechercher la cause afin d’y remédier. Dans le plus grand nombre des cas, la cause tient à un défaut d’organisation, d’aérage, de température, de service du transport.
« L’exploitation des mines est une question de transport. Aujourd hui, on transporte convenablement l’air. C’est un sérieux progrès ; mais il y a encore à améliorer le transport des eaux, du combustible et des hommes. »
Il n est pas sans intérêt de faire remarquer ici que l’introduction de ce progrès dans le transport de l’air a nécessité bien des efforts. De nombreux exploitants ne se rendaient pas compte des avantages qu’il y avaitnon seulement pour les ouvriers, mais aussi pour eux à bien ventiler la mine.
Enfin, M. Dumont termine ainsi :
« Les voies de roulage sont trop souvent mal conditionnées, mal entretenues, de sorte que le roulage est lent et subit de fréquentes interruptions. Le combustible devrait être enlevé dès qu’il est bouté sur le plancher au chargeur à la taille. La berline vide devrait toujours attendre le combustible , et jamais le combustible ne devrait attendre la berline. Ce desideratum atteint, la question des huit heures serait résolue.
« Il faudrait aussi arriver à transporter les ouvriers aux chantiers, à l’aller comme au retour. C est impossible sans de bonnes voies. La question est importante quand les parcours sont longs. » Lors donc que M. Dumont nous affirme que le caractère général du bassin nouveau est la grande
réj^ularitë des stratifications, que les dérangements sont rares, que, sur une très grande étendue, lebassinest riche, que les terrains encaissants sont excellents ; lorsqu’il nous dit qu il ne s agit pas ici de présomptions, mais de constatations, je le crois. Et qui donc faudrait-il croire si ce n'est lui ?
Chose curieuse, immédiatement après la découverte du charbon en Campine par M. Dumont que d’aucuns avaient traité de rêveur au début de ses recherches — immédiatement on se précipite sur ses traces, on se hâte de faire des sondages à côté du sien et tout le monde s’apprête à récolter
la moisson qu’il a semée.
On déclare que le nouveau bassin est riche, on
demande des concessions. Celles-ci accordées, on en fait valoir les mérites, on les apporte à des sociétés diverses moyennant des rétributions dont je ne veux pas, d’ailleurs, discuter en ce moment l’importance.
Mais lorsqu’il s’agit d’obtenir quelques mesures I favorables aux ouvriers, on déclare qu’on ne sait
il rien, ou presque rien, au sujet du nouveau bassin,
I de rkllure du gisement, de leur richesse. Encore
I un peu, on mettrait en doute l’existence du char-
\ bon en Campine...
j M. Versteylen, rapporteur. — On sait qu’il y en
I a, mais on ne sait pas comment on pourra l’exploi-
k ter.
I M. Destrée. — Lorscjuil faut les vendre, les con-
cessions valent des millions, mais quand il s agit
I \ (jes intérêts des ouvriers, leur valeur est incertaine.
ANNEXES
M. Helleputte. — Tout est changé ! Pourquoi ? Parce qu’il s’agit cette fois de 1 intérêt des ouvriers ?
Cela est-il sérieux, messieurs ?
Si la journée de huit heures est votée les concessions n’en seront pas moins exploitées.
M. Helleputte. — Est-ce que, si la loi des mines, y compris l’amendement que nous proposons, avait été votée avant 1 octroi des concessions, est-ce que, dis-je, le bassin serait resté inexploité ? (t).
M. Furnémont. — Très bien !
M. Helleputte. — Croyez-vous vraiment, messieurs, que les inventeurs auraient renoncé a solliciter des concessions ? Pensez-vous que toute exploitation aurait été abandonnée ?
1. — IVI. Woeste {catholique conservateur). On nous dit que les ouvriers réclament la journée de huit heures. Je n’en suis pas autrement surpris, mais ce n’est pas en ces termes que se pose le problème. Il s’agit notamment de savoir si la réduction des heures de travail ne se traduira pas par une réduction de salaire. Et c’est ici qu à cette première réforme se lie indissolublement la question du minimum de salaire. Si la réduction des heures de travail se traduit par ce résultat, que fera M. Helleputte ? Et je vous pose cette autre question : quand les industriels et je parle de tous, car vous devrez légiférer pour tous — vous diront : « Impossible de marcher dans ces conditions. Nous fermons nos usines. » Que leur répondrez-vous ? {Exclamations ironiques sur les bancs socialistes.)
M. Pépin. — Rassurez-vous donc! Personne ne fermera.
Supposez que notre amendement soit voté. Pensez-vous que les parties qui restent à concéder ne feront plus l’objet de demandes nouvelles ?
Y a-t-il un seul membre dans la Chambre qui oserait répondre affirmativement à ces questions?
M. Furnèmont. — Demandez cela à vos collègues du Limbourg !
M. Helleputte. — Que si les concessionnaires croyaient réellement que l’adoption de notre proposition va les constituer en perte, je serais très disposé et — je suis convaincu d’être ici l’organe de mes amis — à leur faire cette proposition : Nous constituerions une société coopérative au bénéfice exclusif des ouvriers mineurs ; nous reprendrions à nos frais les charges qui résultent des sondages ; ils nous céderaient les avantages qui résultent de 1 apport de leurs concessions aux sociétés exploitantes. Ils ne courraient plus aucun risque, tous leurs intérêts seraient saufs.
Je crains bien que pareille proposition ne rencontrerait pas un seul amateur.
M. Bertrand. — Pas même M. Warocqué !
M. Warocqué. — On vous a offert de faire une coopérative.
M. Bertrand. — Mais répondez à la question ! Puisque vous perdez de l’argent, vous feriez une bonne affaire. [Rires à V extrême- gauche.)
M. Furnèmont. — On pourrait s’entendre avec M. de Theux de Meylandt !
M. Helleputte. — Nous nions que le vote de
ANNEXES 199
notre amendement puisse avoir une conséquence nuisible sur les bénéfices des exploitants.
Mais, en supposant que quelques concessionnaires puissent craindre qu'il en résulterait une légère réduction — et nous venons de voir qu’il ne peut s’agir de pertes — est-ce que, messieurs, entre ces deux conséquences ; d’une part, la réduction très faible, h\^pothétique, impossible à nos yeux, d'un bénéfice et, d’autre part, l'avenir de toute une population ouvrière, est-ce que vous hésiteriez ?
M. Destrée. — Leur choix est fait, ce n’est pas douteux ! (1).
Les ouvriers ne craignent ni une atteinte à leurs libertés,
ni la réduction de salaires.
M. Vandervelde (socialiste). — On nous dira sans doute c|ue l’amendement Helleputte combat la liberté (2), ce sera la thèse de M. Masson. De
1. — Séance du 20 février lfK)7. Annales parlementaires, p. 507 et suivantes.
2. — M. Masso.n [libéral). — J’entends défendre sans ambages les principes du vieux libéralisme.
Wl. Vandepvelde. — C’est-à-dire que vous trahissez ceux du nouveau libéralisme ?
IVI. Masson. — J’ai toujours été adversaire de l’interventionnisme et je le resterai jusqu'au jour où vous me démontrerez que dans un cas spécial la nécessité de l’intervention est justifiée.
Je ne puis croire que c’est un bien de supprimer ou de réduire la liberté et je tiens que la loi qui m’empêcherait de travailler comme le cœur m’en dit m’imposerait la pire des
quelle liberté s'agit-il ? De la liberté des patrons ou de celle des ouvriers ? Mais il est illusoire de parler de la liberté quand il s’agit d’ouvriers. Tout travail, surtout quand il est collectif, doit être
tyrannies. Cela, ce sera votre sentiment à tous ; pourquoi donc ne raisonnez-vous pas ainsi quand il s’agit des ouvriers?
Rien n’est plus variable qu’un salaire ; pourquoi ne voulez-vous permettre à l’ouvrier, quand le cœur lui en dit, d’augmenter son salaire par un travail supplémentaire ? Le travail, partant le salaire, est élastiijue. ;Séance du 22 février 1907, XX' Siècle du 23 février.)
M. Francotte, ministre du 'l’ravail (catholique conservateur). — Il n’en est pas moins vrai que votre amendement porte atteinte à la liberté d’ouvriers qui se refusent à bénéficier de votre réglementation. (Protestations sur les bancs socialistes.) (Séance du 15 février 1907, XX' Siècle du 16 février.) Il est intéressant de rapprocher cette affirmation des résultats du référendum que nous indiquons ci-dessous p. 201 (note).
M. de Smet de IMaeyer, ministre des Finances et des Travaux Publics (catholique conservateur). — Je me demande comment on peut imaginer pareille disposition que nous discutons en ce moment, et j’estime que cette atteinte à la liberté de l’ouvrier de fixer librement la durée de son travail est contraire à l’esprit de notre Constitution.