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DE L'HOMME DE SEDAN

Citoyens!

Aujourd'hui seulement j*ai connaissance de la motion et du voté dont j'ai été Tobjet, ainsi que \ Homme de Sedan, de Ta part du' club des patriotes de Marseille (1).

Ayant d'aborder avec vous de nouveau le lugubre personnage, je sens le besoin de vous dire que les témoignages tels que les vôtres dans cette

(1) Séance du Club des patriotes de Marseille du 20 octobre 1870.

Le comité, après avoir pris connaissance de l'ouvrage intitulé : « CHomme de Sedan, » par le citoyen Alfred de la Guéronnière, et trouvant cet écrit d'accord avec les principes

forme franche de Tesprit populaire, me sont une douce récompense de mes travaux. Nous pouvons différer sur l'emploi des moyens que réclament les fautes et les vices du régime dont nous sommes tous les victimes, mais quand il s'agit de patriotisme, du salut de notre chère France, nous n'avons qu'un cœur, et chacun de ses enfants doit se serrer l'un contre l'autre et sceller, au besoin dans la mort, un indomptable dévouement.

Ceci dit, je dois vous confesser une faiblesse paternelle : je suis sûr que vous la légitimerez par votre approbation. Je vous en fais juges.

Il me faut pour cela aborder une question personnelle, mais elle se lie à une question de morale publique, je me flatte de ne pas vous apporter d'ennui par les détails qui sont nécessaires.

-Voua m'avez reproduit dans les proportions d'une propagande, jusques ^lors sans précédents

de salut puWic, qui dirige le Club des Patriotes, décide : 1<» Le citoyen Alfred de la Guérounière a bien mérité de la reconnaissance des vrais Français ;

^ Llippression de son livre sera faite à Marseille, aux frais du Club des Patriotes, pour sa vente, en être activée et propagée dans toute la France.

Ainsi décidé en séance publique du Glub, sur la proposition du comité, le 20 octobre 1870.

Le Secrétaire^ Le Présiftent^

£. Pâiubel* Vi Gasteignàg.

stir cette échelle; vous avez jugé que j'avais dagoerrotypé, dans ses traits sombres, dans son machiavélisme multiple, celui dont sa vie fut un complot, contre le peuple qu'il a trahi, contre les autres dynasties qu'il minait souterrainement, non pour y substituer le règne démocratique, mais pour suivre une inclination carse, nullement fran-çdise, jouir de leur chute, s'attribuer dans leurs dépouilles ce qui pouvait uniquement servir son autocratie et satisfaire les appétits qu'il avait développés. A défaut des vertus publiques, con* damnées comme un reproche, il fallait développer et satisfaire les vices,

•*— Voilà le régime impérial. • — Saisis des mêmes évidences qui ont courroucé ma plume, faisant écho à mes accents qui ont retenti dans l'univers (et j'en suis fier vraiment), nous disons rasemble : /' Racca sur le grand coupable ; « c'est bien, et il ne peut y avoir deux cris, quand on n'est pas un Français de la décadence bonapartiste*

Je reviens à la faiblesse que je vais vous expliquer.

Je suis un ouvrier de la pensée. L'édition que vous avez reproduite et que vous propagez n'est qu'une imparfaite ébauche de mon indignation et

des douleurs ressenties sur le champ de bataille de Sedan. Il faut voir ce Golgotha où ce faux empereur a livré une nation.

Ce galbe imparfait auquel j'ai donné depuis ses traits, sa physionomie^ la couleur de la vie et de l'irritation de mes sentiments, était exclusivement destinée aux cabinets de l'Europe, Mon but était de détruire, dans son germe, une abominable intrigue rencontrée sous mes pas, par hasard. — Je suis resté dans l'exil uniquement pour suivre cette mission continuée par d'autres œuvres dans le même esprit de conviction et de dévouement. On jugea que ma protestation ne devait pas seulement s'adresser à un cénacle agissant sous l'empire de vues personnelles , mais ' au monde, et par là, à la conscience publique. —Les témoignages qui me sont venus, le vôtre, me prouvent que j'ai pénétré au vif de l'âme saisie d'horreur, et il y a de quoi, quand on a le sang d'un homme libre. La vérité ni l'histoire n'admettent le langage du courtisan, cette sorte de* crapaud volant.

Alors, le regard et la bienveillance des milliers de^ lecteurs affluant à l'œuvre m'imposaient un sacrifice nécessaire. — Abraham allait immoler Isaac, c'était un bon père pourtant. — Moi aussi

j*ai Tamour de ma progéniture, comme me le disait un jour une grande célébrité du temps, c'est pour cela que j'ai Tamour-propre que la chair de ma chair^ Vâme de mon âme se produisent.au monde"* qui veut bien lui faire accueil, dans toute sa limpide physionomie, j'ai surtout cette coquetterie pour Marseille, dont je garde une impression qui remue les plus douces fibres de mon cœur.

Il y a^ peu de temps encore, c'est là, que' me détournant des perspectives sombres du plébîciste, je fuyais en le maudissant, rien n'était plus propre à faire diversion à mes angoisses politiques, que votre ciel, vos. monuments, l'azur bleu de cette Méditerrannée où j'aimais à m'aventurer : après un séjour dans Nizza la Belle, je revenais et je m'attardais encore chez vous. — J'y étais heureux. Mon cœur s'épanouissait au sourire d'une fille chérie, que la Russie rendait à mon amour douce, angéliqua comme son nom, An gèle.

Citoyens, vous me procurez le réveil de ces émotions en me fournissant l'occasion de graver, au sein dé mes luttes pour la liberté, les lettres adorées qui forment pour moi ce nom talisman de mon souvenir le plus attractif. — J'avais de plus

la séduction de mes petites-filles, sortilège de leur grand-père. C'est qu'elles gazouillent les langues comme le rossignol ses harmonieuses trilles. C'est près d'elles que je serais, si, ne confirmant ma vocation pour un rude devoir, je n'avais été tenu de courir sus à l'intrigue rencontrée de l'homme de Sedan.

Vous êtes pères, citoyens, vous comprendrez cette douce lumière, qui en me renvoyant son éclair, me rend plus fort pour la lutte que je soutiens depuis plus de trente ans : et si je suis alerte, c'est que je ne plie sous le poids et sous le reproche d'aucune faveur ni d'aucune croix.

Toujours est-il que dans la situation que créait l'empressement de l'Europe à me lire, pour l'autorité de la vérité, pour l'honneur de l'écrivain qui doit la répandre, je devais métamorphoser^ recréer ma pensée et la former. — De l'ancienne, vous ne pouviez rendre que les ombres, le corps ayant été transformé pour n'en laisser subsister que l'esprit. — Huit éditions successives, des tirages multiples pour chacune, ne laissent qu'un souvenir effacé de mon premier dialogue, il n'a, plus sa raison d'être, iln'est qu'un écho des morts, c'est malheureusement pour vos lecteurs celui-là que vous avez reproduit; ôeurs fanées qui ne sont

plus dignCvS d^ji public et de vous ! vous en jugerez en acceptant Thommage de l'auteur; il voijs est offert cordialement.

Dans la longue carrière que j'ai parcourue, en restant le soldat de la liberté, la plus grande satisfaction qui puisse s'ajouter au témoignage de la conscience, c'est de se sentir grandi par la sympathie de l'âme du peuple. Je puis en appeler à vos frères du Limousin. Aux affreux jours qui ouvrirent l'ère de nos malheurs, lorsque les prescriptions du coup d'État frappaient les braves travailleurs, les républicains, mes relations, mou cœur leur ont servi de bouclier : que j'en ai sauvé! pourtant, citoyens, je ne puis sans ressentir non de la colère, mais de la pitié, songer qu'il s'est trouvé quelqu'un pour donner un démenti à ces souvenirs d'honneur, en destituant du seul emploi qu'il ait jamais voulu occuper un démissionnaire de la mairie d'une commune de 800 âmes, l'auteur de V Homme de Sedan : votre témoignage écarte ce hors-d'œuvre.

Cependant, dans le Centre gauche, le premier journal qui ait demandé la déchéance, qui avait plus protesté que moi ? — ^ Je m'étais élevé contre la mystification du ministère OUivier, alors qu'il noyait dans la terreur du plébiscite le dernier

espoir d'un régime constitutionnel. Le plébiscite, par suite de l'ignorance des paysans et du servilisme officiel réunis, allait devenir le billet de mort de leurs enfants et du désastre natiopal. — Les courtisans qui faisaient des droits confisqués le macadam pour rendre plus roulante la route du char dynastique étaient loin de se douter qu'ils épousaient l'abîme pour eux-mêmes. Voilà ce qui vous a indigné, je le comprends, mais le patriotisme est d'autant plus imposant qu'il dédaigne les ennemis tombés, alors toutefois qu'ils ne conspirent pas, cqmme la troupe de Wilhemlshœhe.

De même que les vagues de votre belle mer que j'ai vu si caressantes, se soulèvent au souffle de la tempête, ainsi les émotions des malheurs publics viennent faire bondir votre colère, -r- Dans ces crises suprêmes , dans celle-ci , la plus terrible qu'ait amenée la dépravation d'un homme, qui peut marquer la limite à tenir, avec le compas de la règle si facile dans l'état normal ? Tout est caduc, tout est à renouveler, non par la pourriture déchue, mais sous les enseignements de l'épreuve, dans la pureté des principes dont la liberté est le pivot. Il me faut vous quitter, je vous ai parlé en toute sincérité, comme il convient entre citoyens qui ont à confondre leur

douleur, leur légitime indignation, leurs efforts, pour la rédemption des crimes, des erreurs que nous n'avons pas commis, et que le délire du sophisme ose nous imputer. Après vous avoir présenté mes œuvres, celles dignes de vous et du but, bientôt suivies d'une autre, à laquelle je retourne en vous quittant, laissez-moi résumer ma pensée : soyons des Français apôtres de la fraternité des peuples! Voilà où est la paix, ce patrimoine sacré de l'ouvrier qui, lui, n'a qu'à subir les charges, déshérité qu'il est d'avance dans la distribution des avantages réservés aux chefs qui engagent ces terribles duels des nations.

Je vous laisse, citoyens, en vous assurant l'expression des sentiments aussi patriotiques que dévoués : — restons unis par la pureté des souvenirs pour le but national.

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