LES SIGNES PRÉCURSEURS DU DRAME
(tableau historique.)
L'Empire est venu, comme on sait, en 1852.
Quelle série extraortlinaire va attirer les regards de l'univers! un mouveûient inouï est produit par cette résurrection qui vient dresser devant la vieille Europe un esprit provocateur. La France, dans la terreur qui, en lui faisant perdre ses esprits, lui enlève la prévoyance, se laisse ravir en échange de l'ombre d'un nom, la vie et la force que le système constitutionnel pouvait seul lui donner. Elle laisse les réalités pour les chimères dont on l'enivre à la fumée du souvenir des batailles qui rappelaient un autre temps et exigeaient un
autre homme. En Asie, en Afrique, en Aiûérique, les événements se succèdent. Pas un jour sans émotions, sans surprises. Les chefs d'État sont placés dans un enfer d'activité. L'agitation apportée par l'empire électrise la scène sans laisser l'entr'acte au repos.
Les systèmes, les ambitions, des projets de remaniement, tour à tour mis en avant et abandonnés, mais ouvrant une lice où tous les droits mis en question chancellent, — puis des guerres, des annexions, des révolutions donnant le congé aux dynasties errantes; — les grandes agglomérations posées en principe, s'élevant si;r la ruine des traités et laissant entrevoir d'autres champs de bataille dans le fond du tableau; — les plus gigantesques armées et la folie endémique des engins de la plus eifroyable destruction ; — un tressaillement des esprits ; — une anarchie des intérêts, se déchirant au sein des théories les plus contradictoires, telles que la concurrence illimitée préconisée par les uns, la protection graduée, invoquée par les autres; — les missionnaires de l'épée et de l'ambition des découvertes, courant aux combats de la Chine, de l'Abyssinie et aux fortunes lointaines de la Californie et de l'Australie ; — la propagande de la vapeur efiFaçant
les espaces, étonnant les barbares ; — le drapeau de la France frayant la route d'un empire transatlantique, au mépris des pronostics des véritables hommes d*État, pour ne bientôt laisser apparaître que le linceul d'un héros martyr, empereur déchu, d'une antique race qui se retrouve digne d'ellemême, mourant en rui, le sourire sur les lèvres, sous les balles de Queretaro; — Témigration de la vieille Europe formant l'exode de l'Irlande ; ces files de pèlerins de diverses nations, entraînées par la misère aux plages du nouveau monder, dont Chateaubriand, le René des Natchez , a vu les poétiques déserts, aujourd'hui transformés en cités opulentes d'une puissante république, tous les problèmes d'une politique sans bousole posés par l'Empereur, provoquant les défiances de l'Europe, qui isolaient la France, au moment où son chef préméditait, organisait la guerre : les batailles qui effacent par leurs proportions et leurs conséquences ce que l'histoire a de plus mémorable, Sedan, le blocus de Paris, la dévastation, le pillage, la mort, la terreur, l'iiîcendie, formapt le cortège de l'invasion; — les contrées les plus fertiles et les plus riches innocentes de tout, soumises à ce drainage de réquisitions et même de destruction gratuite; — la famine se détachant à l'horizon où M. de
Bismark, d'un doigt sinistre, en montre Theure et en promulgue la légitimité; — =■ enfin le démon de la guerre venant pousser deux races à s'entretuer, à effrayer le monde, à jeter cette haine immense qui fera prendre aux peuples en exécration les institutions monarchiques, tenues pour responsables; tant de victimes , un si prodigieux ébranlement, une jévolujtion encore plus surprenante et plus étendue dans ses efiets moraux que dans ses destructions matérielles, voilà ce que font le roi Guillaume, M. de Bismark, l'Allemagne poussée à ces abominations!!! — Quelle complexité! quel drame ! quel avenir ! Aussi quelles expiations , — celle de Sedan n'en est que le prologue.
, La justice divine ne fait défaut à aucune folle ambition, à aucuns coupables !
AU CLIB LIS PATBIOTES DEMARSEILLE.