‹ La journée de SedanChapitre 2 sur 33 · DE LA DIXIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA DIXIÈME ÉDITION

L'accueil flatteur fait par le public à cette œuvre, ayant laissé neuf éditions insuffisantes pour défrayer les demandes, rend de nouveau la parole à Tauteur. Il n'en abusera pas. Nous n'avons rien à ajouter au texte ; nous lui laissons la forme dans laquelle Ta produite l'indignation. Aux émotions de notre dauloureux pèlerinage est venu se joindre le murmure de honteuses machinations. La presse belge a témoigné de l'intrigue signalée par nous. A quelques semaines du jour néfaste, on peut juger, aux échos de l'Europe, si notre patriotisme a poussé sans raison le : Garde à vous !

A quelques lieues de la Meuse, que rougissait naguère le sang de nos soldats, en face de Bazeilles incendié, de tant d'autres ruines, Tambition, qui a ce baptême de sang, osait encore s'afficher. Il semble que la figure de \ Homme de Sedan a dépouillé la honte sous un nouveau masque d'emprunt.

Lorsque nous avons cru devoir prendre l'initiative sur l'arrêt que la génération contemporaine adresse à l'histoire, en vérité nous n^étions déjà qu'un écho, sous la grande voix de la conscience humaine. De toute part, en efiet, nous arrivaient mille détails : leur étrangeté, propre à enflammer le flegme le plus impassible, leur assignait plutôt le caractère étoufiant du cauchemar que celui d'un fugitif rêve. — Il y a lieu de citer l'adage : Le vrai petit quelquefois fCêtre pas vraisemblable .

Au plus fort d'une lutte mortelle qui renferme le sort de la nation dont l'héroïsme fait partie de l'épopée, celui qui fut tenu seul responsable des conséquences, par Guillaume, se remet à conspirer encore. — Le prix, c'est la reprise de ce pouvoir

— vn —

qui s*est évanoui par l'acte le plus honteux des annales du monde. — Pour avoir la vie sauve abrité dans un palais. Napoléon III n'a pas hésité à faire de Sedan le tombeau de l'empire où il a engouffré l'armée que la France affolée avait remise à ce qui n'était que l'impuissance d'un nom. — O fatal mirage ! — Le délire de l'absolutisme, c'est une bouche d'abîme.

Quand se fera le bilan du passif que ce César dégénéré a posé sur la France, sans parler de celui de sang qu'il a mis au compte de l'Allemagne, l'esprit d'humanité reculera d'horreur. Vajnement le génie, la gloire des armes, l'habileté diplomatique, la sagesse constitutionnelle ont concouru à l'envi à notre grandeur nationale ; vainement le souvenir en est consacré dans le palais de Versailles que leur dédia Louis-Philippe; hélas! les images de ces grands hommes sont aujourd'hui les prisonnières de l'envahisseur. Tout le capital conquis, accumulé par les siècles a été follement engagé, dissipé, par un insensé, météore de ce désastre. Le faible intervalle écoulé de la

— vni —

présidence à Técueil de Sedan, dix-huit années, ont suffi pour jeter au torrent les attributs de la France royale séculaire, et ceux du rapide mais fécond passage du régime constitutionnel. Jamais la pensée d'un grand poète n'a trouvé une plus terrifiante application : « Il faut des siècles pour fonder un empire, il suffit d'une heure pour le renverser. «

Nous pourrions nous- arrêter sur cette remarque, si bien appropriée au sujet. L'auteur va mettre en relief la pensée de la brochure, dans un dernier tableau. Le bonapartisme, ce négateur

de tous les principes qui oppose au peuple les

constitutions de l'ancien Empire, aux traditions monarchiques, la prétendue volonté démocratique ne voit, ne poursuit qu'un but personnel. En 1815, lorsque s'avançait l'Europe coalisée, la coterie implacable pressait le maître de conserver par la violence le pouvoir frappé à mort, sur le champ de bataille de Waterloo. Il s'agissait de faire enlever par ses séïdes les Lafayette, Dupin, Laine, Pontecoulant,/revendiquant le salut par le

droit national, à relever des cendres du despotisme militaire. C'était pour un homme, chair périssable, vouer une nation à l'holocauste. — Aujourd'hui, que la situation est plus grave encore, que trouvons-nous ? -— Sur la scène lugubre apparaît l'homme fatal. Autour de lui s'agite la coterie acharnée à ressaisir la proie. A l'instar du maître, ce protée de l'âge moderne, des messagers habiles à prendre tous les déguisements, tentent les crédulités, les défaillances, les peurs. Au fond, il n'y a que la morale traduite d'un adage célèbre : Qui pot est capere copiât.

Mais pour couronner de nouveau le crime national, il faut mettre la France en pièces. Ce ne serait plus Allah et son prophète, ce serait la France à la merci de celui qui l'a perdue et livrée. Ah ! s'il y a une ironie, capable de donner raison à l'impie, ce serait ce défi jeté à la foi, à la vertu, à la Providence. — Ce forfait! — A-t-on calculé les soulèvements de la conscience humaine, la révolte de la royauté à laquelle on proposerait cette complicité. Non, jamais! Celui qui

se porte l'héritier du droit divin ne voudra inscrire le nom couronné de victoires, hélas I bien douloureuses pour la France, comme emblème du trône souillé où reviendrait, en profanateur, le spectre de Wilhemshœhe !

Page 1