‹ La journée de SedanChapitre 30 sur 33 · PIÈGES A L'APPUI · texte numérisé non relu

PIÈGES A L'APPUI

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Lettre du général Trochu au général Ducrot.

Versailles, le 24 août 1871. ^

Mon cher général,

Dans un livre que vient de publier le général dé Wimpffen sur la douloureuse affaire de Sedan, je lis un passage où il annonce qu'il m'a adressé à Paris son rapport sur Tévénement, et que si je n'ai pas fait publier ce rapport, qu'il juge compromettant pour vous, c'est par suite d'une entente entre vous et moi, qu'expliquent les sentiments d'amitié qui nous lient.

J'oppose à ces dires et à l'insinuation qu'ils renferment la dénégation la plus catégorique et la plus absolue. J'affirme avec tous les officiers de mon cabinet chargés de l'ouverture des dépêches, avec mon chef d'état-major général chargé de leur donner suite, que je n'ai jamais reçu ce rapport, dont l'existence ne m'est révélée, malgré la publicité que lui aurait donnée un ami du général, que par le livre dont il s'agit.

J'ajoute que je ne puis m'expliquer à quel titre le commandant en chef de l'armée française, prisonnier avec l'Empereur, aurait adressé ce rapport au gouverneur de Paris, président du Gouvernement de la

l^Sjf^'

Défense. Je doute que le général Le FIô, alors ministre

de la guerre, l'ait reçu plus que moi. Il n'aurait pas

manqué de me communiquer ce document relatif à

des événements dont, à la veille d'être investis par

l'ennemi, nous étions très-incomplétement informés

dans leurs détails.

Mille amitiés.

Général Trochu.

Rapport de M. le général de Wimpffen sur la bataille de Sedariy enregistré sur le registre de correspondance de Vétat-major général de Varmée de Châ- Ions (i).

Monsieur le Ministre,

J'ai l'honneur d'exposer à Votre Excellence la situation dans laquelle j'ai trouvé l'armée au moment

(l) Ce rapporta été écrit à Sedan, c'est-à-dire le 2 ou le 3 septembre, puisque M., le général de Wimpffen est parti pour la Belgique le 4. Nous ignorons sll a été envoyé au ministre, mais il est certain qu'il a été enregistré sur le registre de correspondance de l'état-major général.

Quelques jours ap^ès, M. le général de Wimpffen a fhit un second rapport qui est daté de Fays-les-Veneurs (Belgique), le 5 septembre. C'est celui qui est reproduit dans son livre (page 193).

En comparant ces deux documents, l'on sera certainement porté à penser que, même après la bataille, le général de Wimpffen ne savait pas encore au juste ce qu'il avait voulu faire pendant l'aKStioii. — Si, comme il le dit dans sa polémique avec le général Lebrun (page 283), ra première impression est la plus vraie, Ton sera tenté de s'ea rapporter au premier rapport, qui concorde beaucoup mieux que le second avec le récit du général Ducîot.

OÙ j'en ai pris le commandement, après la blessure du maréchal de Mac-Mahon. Je ferai suivre cet exposé du récit des incidents qui se sont produits sur le champ de bataille et après le combat.

Ainsi que je vous l'ai déjà fait connaître, l'armée concentrée sous Sedan avait pris position sur la rive droite de la Meuse, la droite à Bazeilles, la gauche à Givonne ; les corps d'armée étaient placés dans Tordre suivant : le 12' à droite, à sa gauche le 1*" et le 5", et le' T à l'extrême gauche. A quatre heures et demie du matin le 12* corps était vivement attaqué et la lutte ne tarda pas à devenir générale.

A neuf heures, lorsque nos troupes étaient partout vigoureusement engagées, je pris le commandement de Farmée, bien décidé à prolonger une lutte disproportionnée le plus longtemps possible, dans l'espoir de trouver un moment opportun pour me faire jour au milieu de Varmée ennemie qui nous enveloppait de tous côtés, et dont la force était d'environ 220,000 hommes. Un projet formé par le général Ducrot, et qui avait déjà reçu un commencement d'exécution, consistait à percer la ligne ennemie sur Illy ; ce mouvement me paraissant inopportun et même dangereux, au moment où on le commençait, je donnai l'ordre de le suspendre. Toutefois je me portai auprès du général Douay pour mieux me rendre compte de la situation des troupes engagées sur notre ligne de retraite. Là, j'acquis la conviction que ce mouvement ne pourrait s'opérer que par surprise et à la condition de prolonger lé combat jusqu'à la nuit. En effet, des masses d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie disposées par Fennemi sur la ligne de retraite, prouvaient :ju'il s'était mis en mesure de déjouer cette tentative. Je revins me placer au centre de la vaste rireon-

férence que défendaient nos troupes, afin de mieux suivre les péripéties d'une lutte qui, par moments; me donnait Vespoir du succès. Vers trois heures de l'après-midi, voyant mes troupes faiblir sous un épouvantable feu d'artillerie qui ne laissait aucun point du champ de bataille intact, je me portai de nouveau dans la direction d'IUy, et en voyant la position formidable prise par l'ennemi sur ce point, je compris que toute retraite était impossible de ce côté ; j'invitai alors le général Ducrot, commandant le f corps, à réunir tout ce quHl pourrait trouver de troupes disponibles pour assurer le plu^ longtemps possible, avec Vaide du i'^ corps, notre maintien sur le plateau d'IUy; d'un autre côté, recevant du général Lebrun, commandant le 12* corps l'avis que nous avions une certaine supériorité sur ce point, je pris la détermination d'appeler à moi toutes les forces restées disponibles des 1*' et 5' corps, conservant en réserve le T corps et des fractions du 1*^ pour faire effort de ce côté, et tenter de m'ouvrir un passage dans la direction de Carignan. Uennemi céda devant moi; mais pendant que s'opérait ce retour offensif, les troupes placées sur le plateau d'IUy étaient écrasées par des forces supérieures et refoulées dans la "place. Les troupes du général Lebrun, avec lesquelles j'avais fait ce mouvement offensif dans la direction de Carignan, mouvement que j'avais poussé jusqu'au delà du village de Balan, étant trop peu nombreuses, je dus à mon tour me replier dans la ville. Pendant que le mouvement s^accomplissait, l'Empereur, jugeant la situation désespérée, faisait arborer sur la citadelle un drapeau blanc pour demander un girmistice, et le feu cessait peu de temps après.

A six heures du soir, l'Empereur me fit appeler

pour me charger des négociations, en ce qui concernait les troupes; et c'est alors que me fut connue la véritable situation des troupes, qui n'avaient plus qu'un jour de vivres et dont les munitions étaient presque entièrement épuisées. Comme d'ailleurs la ville était sans ressources, j'acceptai la douloureuse mission de me transporter auprès de M. le comte de Moltke, désigné par le roi de Prusse pour traiter des conditions relatives à l'armée. Au bout de quelques instants d'entretien, j'acquis la certitude que le comte de Moltke avait malheureusement la connaissance très-exacte de notre situation et de notre dénûment complet en vivres et en munitions.

M. de Moltke m'apprit que dans la journée d'hier, nous avions combattu contre une armée de 220,000 hommes qui nous entourait de toutes parts : « Gêné-

> rai, me dit-il, nous sommes disposés à faire à votre » armée, qui s'est si vaillamment battue aujourd'hui, » les conditions les plus honorables. Nous deman- » dons que l'armée française capitule; elle serapri-

> sonnière de guerre. Les officiers conserveront leur

> épée et leurs propriétés personnelles : les armes de » la troupe seront disposées dans un magasin de la

> ville pour nous être livrées. > Mon premier mouvement fut de refuser de semblables conditions, et je revins sans avoir rien arrêté ; mais le lendemain, de grand matin, je convoquai un conseil de guerre composé des commandants de corps d'armée, des généraux commandant les divisions, et des commandants en chef de l'artillerie et du génie de l'armée. Après un examen sérieux de la situation de l'armée et de la place, il fut reconnu à l'unanimité qu'il y avait impossibilité absolue de se défendre, et que par suite nous étions dans l'obligation d'accepter les conditions

qui nous étaient imposées. Il me restait donc à les obtenir aussi peu humiliantes que possible, et je me rendis immédiatement au quartier général du roi de Prusse, où fut signée la convention dont je vous adresse ci- joint la copie.

Votre Excellence remarquera que les troupes sont dispensées des formalités blessantes, souvent exigées dans de semblables circonstances, et que les officiers sont laissés libres à la condition de ne pas servir pendant la guerre. J'ajouterai que sans des raisons politiques se rattachant à Vinstabilité des gouvernements en France, j'aurais certainement obtenu des conditions plus douces encore. M. de Moltke et M. de Bismarck m'ont répété à plusieurs reprises que ces considérations seules les empêchaient de rendre à l'armée tous les honneurs que méritait, à leurs yeux, son héroïque défense.

Je ne connais pas encore le chiffre de nos pertes ; mais elles sont très-considérables, et l'ennemi nous a fait beaucoup de prisonniers.

Campagne de i870. — Journal des marches et opé" ^^ ^^d" chT rations du i^ corps d^armée, à partir du camp de ions. Châlons, par le commandant Corhin, sous chef d^état-major général.

Le 1" corps deFarmée du Rhin arriva le 15 et le 16 août au camp de Châlons, où le 12* corps était déjà concentré et où le 5'et le 7'n'allaient pas tarder à arriver. Ces troupes diverses furent réunies sous les ordres du maréchal de Mac-Mahon et composèrent l'armée de Châlons; le commandement du 1" corps devenu vacant fut confié au général Ducrot, qui en commandait la première division. Le maréchal de Mac-Mahon ayant emmené avec lui l'état-major général du 1*' corps, cet état-major dut être reconstitué par le général Ducrot avec de jeunes officiers de différentes armes pris dans les régiments sous ses ordres, et eut pour chef et sous-chef le colonel Robert et le commandant Corbin.

Les autres corps qui composaient, avec le 1", l'armée de Chàlons étaient : le 5* (de Failly), qui venait d'escorter le 1" corps dans sa retraite et qui, sans avoir combattu, était tout autant désorganisé; le T (Douay), dont une division (Conseil - Dumesnil) avait été adjointe depuis le 5 août au 1*' corps et dont les deux autres divisions et la cavalerie arrivaient de Belfort en passant par Paris; et enfin le 12* corps (Lebrun), récemment formé avec une division d'infanterie de marine et deux divisions d'infanterie de ligne; une partie des troupes de ce corps d'armée appartenaient au 6* corps qu'elles n'avaient pu rejoindre. Les denx divisions de cavalerie de Bonnemain et Mai^ueritte formaient la réserve de cavalerie de l'armée de Châlons.

Le 1*' corps devait séjourner au camp de Châlons jusqu'au 20. Ces quelques journées furent employées par le général commandant le corps d'armée à donner aux troupes le repos dont elles avaient besoin, à combler en partie les vides produits dans les cadres, à reconstituer les effectifs à l'aide des détachements d'hommes de la réserve que l'on expédiait sur ce point, et enfin à restituer aux soldats les effets de campement et d'équipement dont la plupart d'entr'eux se trouvaient dépourvus. Malheureusement, les ressources fournies par les magasins du camp se trouvèrent insuffisantes et même après avoir retiré leurs sacs aux gardes nationaux mobiles de la Seine qui étaient au camp et que l'on renvoyait à Paris, i^ fut impossible de donner plus d'un sac environ pour deux hommes. Les batteries d'artillerie, dont plusieurs se trouvaient désorganisées, furent autant que possible reconstituées ; les parcs complétèrent leurs approvisionnements. Les ambulances, qui avaient presque toutes été prises à Frœschwiller, furent réorganisées et rejoignirent le corps d'armée quelques jours plus tard.

Quant aux moyens de transport, qui avaient également en grande partie disparu, il y fut suppléé par un certain nombre de voitures du train que Ton mît à la disposition des états-majors et des corps. — En dernier lieu, le 8* et le 9* cuirassiers, qui avaient considérablement souffert dans les admirables charges tentées p^r eux à Frœchw^iller, présentaient un effectif tellement réduit, que ces deux régiments durent être fondus en un seul. Les hommes disponibles du 9' furent versés dans le 8*, et ce qui restait des cadres du 9^ fut renvoyé à Paris pour y servir de base à une formation nouvelle.

L'exécution de ces différentes mesures était à peu 21 août Déprès terminée, lorsqu'arriva l'ordre de départ. Par p»^* ^^ <^*°^p suite des dispositions adoptées , l'armée devait se ^ ^ ^^^^' "7

^ * ' Du camp à

mettre en mouvement le 21 au matin etgagner Reims, cormontreuii pour se porter de là, par Soissons, dans la direction (28 Miom.). de Paris, et couvrir les abords de la capitale. Le 1*' corps se dirigea, par la grande route de Reims et une petite route parallèle située plus à l'Ouest, vers les deux villages d'Ormes et de Thillois, à cinq kilomètres de Reims , et qui constituaient le gîte d'étape indiqué. Mais le général Ducrot, après avoir au préalable fait reconnaître ces emplacements, constata que l'eau potable y faisait entièrement défaut, et arrêta son corps d'armée à Cormontreuil, sur les bords de la Vesle. Les trois autres corps d'armée prenaient position aux abords de Reims, sauf la majeure partie du T^ qui campait à Sillery. Sur ces entrefaites, le ministre de la guerre, redoutant le mauvais effet que devait produire à Paris le mouvement rétrograde de l'armée, prescrivait au maréchal de Mac-Mahon de se joindre à tout prix au maréchal Bazaine.

Par suite de ce changement dans les dispositions 22 août séprises, la journée du 22 s'était passée sans mouve- Jo^^^cormonments. Dans la soirée, un ordre du maréchal faisait connaître à l'armée qu'elle allait se porter sur Montmédy. Le général commandant le 1" corps régla l'ordre de marche et de mouvement de son corps d'armée par les ordres 2 et 3. (Voir pages 116 et 117.)

Le 23 au matin, le 1*' corps se met en route par 23 août. De une pluie battante, traverse la Vesle sur deux points 5^^™^°,*";^^^

^ , 11. à Saint-Hilaire-

et se porte en deux colonnes a travers les plaines le-Peut et Be-

crayeuses qui séparent la vallée de la Vesle de celle thinivuie ( 30

de la Suippe, sur Saint-Hilaire-le-Petit et Béthini- ^^°*-) ville, gîtes d'étape assignés. Les troupes sont dispo-

sées entre ces deux villages, sur les bords de la Suippe. L'armée tout entière prend position le long de cette petite rivière, le 7* corps à Dontrieu et Saint- Martin, le 5* à Pont-Fa varger, et le 12* à Heutrégiville. La division de Bonnemain, après être restée en arrière au camp de Châlons pour couvrir le mouvement de l'armée et détruire les approvisionnements laissés dans les magasins du camp, occupe l'extrême droite de la ligne, à Vaudésincourt, également sur les bords de la Suippe. La division Margueritte est détachée en avant, à Montbois, avec mission d'observer les débouchés de l'Argonne. Le mouvement pour le lendemain est annoncé au 1" corps par l'ordre du corps d'armée n* 4. (Voir page 117.)

24 août. De Le 24, le 1*' corps se porte sur Juni ville, le T sur l'^pL-^^t' Semide, le 5^ et le 12« sur Rethel.

Bt Béthmiville '

uunivuie (14 Los distauces étalait courtes, le temps beau; la kiiom.). marche s'exécute facilement et les troupes parvien-

nent de bonne heure à leur gîte d'étape.

25 août. De Le 25, le 1*' corps arrive à Attigny, où ses têtes de lumviUe à At- ^Q^onne sont rendues à dix heures du matin. Les iom.). divisions s'établissent à gauche et à droite de cette

Aille, les parcs et les voitures d'administration en arrière, à cheval sur la route qui traverse Attigny par le milieu. Les troupes renouvellent leurs approvisionnements de vivres et se munissent pour plusieurs jours. Conformément aux ordres donnés par le maréchal commandant en chef, le général Ducrot s'était mis en mesure d'assurer ce service et avait envoyé dès l'avant- veille, son sous-chef d'état-major, accompagné d'un sous-intendant militaire, pour réunir sur ce point, si c'était possible, 150,000 rations. Des ordres analogues ayant été donnés dans chaque corps d'armée, le rayon d'approvisionnement se trouva très-

rétréci, et ce nombre ne put être atteint; toutefois, il s'éleva à plus de 100,000 grâce à Fempressement des habitants et aux ressources fournies par le moulin de Sainte-Irénée.

Le même jour, le 7* corps se portait à Vouziers, à la droite du !•', le 5* et le 12* restaient à Rethel.

L'armée se trouvait donc le 25 tout entière réunie sur les hauteurs qui bordent la rive gauche de l'Aisne.

La division Margueritte avait reçu Tordre de se porter en avant, au Chêne-Populeux.

Ce même jour, le général Duhesme était obligé, par le mauvais état de sa santé, de remettre au général Michel le commandement de la division de cavalerie du 1*' corps et était autorisé à se rendre à Paris, où il devait succomber quarante-huit heures après son arrivée.

L'ordre n* 5 (voir page 117) annonce aul'' corps le mouvement qu'il doit exécuter le lendemain.

Conformément aux ordres reçus, le 1" corps se 26 aou^. d'aiporte à Semuy, sur la rive droite de l'Aisne, à huit ^^^J ^ ^^^^^ kilomètres seulement d'Attigny. Les quatre divisions '

d'infanterie &ont établies en avant du village de Semuy, entre Voncq et Mongon, à cheval sur le canal qui relie la Meuse à F Aisne; les parcs et la cavalerie, en arrière, sur les bords de la rivière.

Dans le but d'alléger les corps, le général commandant le 1" corps prescrit de diriger sur Mézières les hommes malingres et éclopés, et de confier les chevaux hors d'état de suivre aux municipalités les plus proches.

L'armée tout entière avait pivoté sur sa droite autour de Vouziers. Le T corps, qui servait de pivot au mouvement n'avait pas quitté cette ville et avait détaché une brigade et deux batteries à Grand-Pré pour

— esse couvrir sur son flanc droit. Le 5* corps était à Neuville, le 12* à Tourteron.

La division de cuirassiers de Bonnemain était à Attigny, et la cavalerie du général Margueritte à Oches dans la direction de Beaumont,

Il tomba dans la journée de grandes pluies qui détrempèrent fortement le sol argileux des coteaux sur lesquels les troupes bivouaquaient. Le 1" corps reçut de Rethel dans l'après-midi, par le canal, des bateaux de vivres qui lui permirent de compléter ses approvisionnements.

Dans cette journée, vers trois heures, le maréchal de Mac-Mahon reçut du général Douay, commandant le T corps, une dépêche télégraphique conçue à peu près dans ces termes : a Le général Bordas me fait I) savoir de Grand- Pré qu'il est en présence de forces j très-supérieures; en conséquence il va se replier sur

> Buzancy où il a le second régiment de sa brigade.

> Je me porte à Long wé pour soutenir ce mouvement. » A la réception de cette dépêche, le maréchal de

Mac-Mahon prit la résolution de porter toute l'armée en avant pour appuyer le T corps et prendre l'offensive contre le corps ennemi qui s'était montré du côté de Grand-Pré. Le 1" corps reçut l'ordre de marcher dans la direction de Vouziers, par la route qui longe la rive droite de l'Aisne, en passant par Voncq et Terron. Le 5* corps devait marcher sur Châtillon et Belleville, et le 12' qui était à Tourteron devait venir occuper le Chesne.

27 aoûuwa' Le lendemain matin dès la pointe du jour le mouveche sur Vou- xaeiii s'exécutait de la manière suivante : les 3" et 4* di- Voncg * visions, qui étaient campées sur le plateau de Voncq,

se portaient à Quatre-Champs, en passant par les Alleux (chemin des Crêtes); la division de cavalerie,

la 1" et la 2* division se dirigeaient par la plaine sur Terron. Le génie recevait l'ordre de retrancher le village de Voncq, qui occupe sur les bords de l'Aisne le sommet d'un mamelon très-favorable à la défense; quelques troupes furent laissées sous les ordres du général de Bellemare pour garder ce point important qui protégeait le parc et les bagages du 1" corps. En arrivant à l'entrée du village de Terron, la tête de colonne du 1*' corps fut arrêtée par un encombrement résultant de la présence, sur ce point, du parc et des bagages du T corps que le général Douay avait fait filer de Vouziers pendant la nuit. Au même moment arrivait le sous-chef d'état-major général de ce corps, qui faisait savoir que le général Bordas avait reconnu que ses appréciations sur la force de? troupes qui étaient devant lui étaient exagérées, et qu'en conséquence au lieu de se retirer sur Buzancy, il s'était rapproché de Vouziers en abandonnant la position de Grand-Pré; le général Douay avait alors reporté son quartier général à Vouziers et envoyait au parc et aux bagages Tordre de revenir sur ce point. — En présence de ces renseignements, le 1" corps arrête son mouvement, les troupes se massent en arrière de Quatre-Champs et de Terron, et le souschef d'état-major général est envoyé au maréchal commandant en. chef qui se trouvait au Chesne pour lui faire connaître la situation et prendre ses ordres. Il revint, rapportant les instructions suivantes: c Conservez les positions que vous occupez et attendez les ordres que je vous adresserai dans la journée. > Le général Ducrot se décida alors à faire remonter sur le plateau de Voncq l'infanterie et l'artillerie qui étaient dans la plaine; les 3* et 4' divisions furent également rappelées. Seule, la division de cavalerie fut main-

tenue en avant sur les bords de l'Aisne. Pendant que le 1*' corps reprenait à peu près ses positions de la journée précédente, le 5* et le 12* corps avaient exécuté le mouvement prescrit et s'étaient portés sur les points qui leur avaient été assignés.

Vers cinq heures, le général commandant le 1" corps reçut du maréchal de Mac-Mahon les instructions suivantes : c Vous ferez prendre la route qui passe par Semuy, Saint-Lambert et Charbognes aux parcs, bagages et impedimenta qui, sur ce dernier point, rejoindront la route d'Attigny à Mézières et s'arrêteront à Mazerny. Le 1*' corps tout entier suivra le mouvement. > En même temps le chef d'etat-major général priait le général Ducrot de faire parvenir au général de Bonnemain, resté à Attigny, l'ordre de se porter par Araagne dans la direction de Mézières. Cette place forte devenait le nouvel objectif de l'armée, le maréchal ayant sans doute reconnu Timpossibilité de donner la main au maréchal Bazaine et la nécessité de se reporter sur les places du Nord. En exécution de ces ordres, tout le service des subsistances partait le soir même à onze heures et était suivi par le parc d'artillerie et les bagages des officiers. Le 74* de ligne accompagnait et protégeait le convoi. Les autres corps devaient suivre la même direction et l'armée tout entière se porter sur Mézières. 28 août. De Lg lendemain matin 28, à cinq heures du matin, un ne^(9 MiomT ^^P^^aine de l'état-major général apportait au général

commandant le 1" corps des instructions changeant complètement le mouvement ordonné la veille, instructions motivées par un ordre du ministre de la guerre reçu dans la nuit et qui prescrivait de rallier à tout prix Tarmée de Metz. En vertu de cet ordre du ministre, toute l'armée devait reprendre sa marche

Ters l'Est, passer la Meuse pour gagner Montmédy, et de là joindre les troupes du maréchal Bazaine. Dans ce but, le l*' corps devait se porter au Chesne et y remplacer le 12*. Celui-ci était dirigé sur Stonne et la Besace dans la direction de Stenay. Le T corps devait gagner Boult-au-Bois sur la route de Vouziers à Buzancy. Le 5' corps avait ordre d'aller s'établir à Belval. En exécution de ces ordres, le 1" corps se dirigea sur le Chesne par deux routes parallèles. Trois divisions d'inÊinterie sans bagages suivaient la voie Romaine; la 4* division et la cavalerie passaient par les Alleux et la grande route de Vouziers. Les bagages, déjà arrivés en partie à Mazemy, rebroussaient chemin ainsi que le 74* de ligne, et revenaient au Chesne par la route de Mézières et celle de Tourteron. La division de cavalerie de Bonnemain était également arrêtée à la. hauteur d'Amagne, se rabattait sur le Chesne par la route de Tourteron et venait camper entre Taunay et les Grandes- Armoises. Toutes ces colonnes partant de directions différentes et venant converger sur Tunique voie de Vouziers au Chesne et du Chesne à Stonne, amenaient des encombrements et des entassements inextricables d'hommes, de voitures et- de chevaux. Le défilé dura non-seulement toute la journée, mais encore toute la nuit du 28 au 29. Une pluie torrentielle était tombée en outre pendant toute l'après-midi du 28 et avait rendu les chemins et les bivouacs détestables. Dans ce tte journée le 1*' corps fut rejoint par le 1" et le 2* régiments de marche formés avec les compagnies de dépôt de divers corps et qui furent versés dans la 2' et la 4* divisions. La veille, le 1" corps avait déjà reçu le bataillon de volontaires de Paris, composé en grande partie d'anciens soldats et qui avait été adjoint à la 3* division.

Dans la soirée le général Ducrot reçut l'ordre de

porter ses troupes le lendemain à Raucourt; le 12*

corps devait se rendre de la Besace à Mouzon, le T de

Boult-au Bois à la Besace, et le 5* de Belval à Beaumont.

29 aùùt. Du Le 29, au point du jour, l'encombrement était en-

chesne à Rau- ^^^g ^^j ^^^^ lgg ^mq^ du Chesue, ûue le 1'' corps ne

court 23 kl- X .^ u ' A 1

lom.). P^* ^^ mettre en route qu a une heure avancée de la

matinée. Les troupes n'ayant qu'une seule route à leur disposition, et obligées de traverser le défilé de Stonne, n'arrivèrent à Raucourt qu'à la fin du jour. Une distribution de biscuit avait été faite pendant une halte au bas de la côte de Stonne, Les bagages qui marchaient en queue de la colonne n'arrivèrent que fort tard et ne purent rejoindre les corps.

La 4* division (de Lartigue) avait été maintenue en arrière-garde au Chesne, avec le 3* hussards, jusqu'au défilé complet de la colonne. Voncq et les Alleux ayant été fouillés par les éclaireurs ennemis, et quelques-uns de ces derniers s' étant rapprochés des grand'gardes fournies par cette division, plusieurs coups de feu furent échangés et devinrent le signal d'une panique subite qui s'empara des conducteurs des bagages tant du 12® corps que de la division de Bonnemain; le désordre fut arrêté, non sans peine. La 4* division se mit en mouvement seulement à quatre heures et demie du soir et n'arriva à Raucourt qu'à une heure du matin.

Le 12' corps gagna Mouzon sans encombre, après avoir franchi la Meuse d'assez bonne heure, et prit position sur la rive droite, à cheval sur la route de Carignan.

Le 5* et le T corps, qui avaient l'un et l'autre leur flanc droit exposé aux attaques de l'ennemi, éprouvèrent plus de difficultés. Le 5*" corps, qui avait déjà

eu la veille un engagement de cavalerie, fut attaqué du côté de Bois-des-Dames ; deux divisions seulement prirent part à l'action qui dura plusieurs heures ; en raison de ces circonstances, ce corps n'arriva à Beaumont qu^à une heure avancée de la nuit. — Le T corps avait été harcelé dans sa marche par quelques éclaireurs, et une division s'était même arrêtée pour faire face à une démonstration de l'ennemi ; par suite du retard qui en fut la conséquence et du mauvais état des routes, le général Douay au lieu de gagner la Besace, point qui lui avait été assigné, s'arrêta à Oches.

Dans la journée du 30, la Meuse déjà franchie par le 12' corps devait l'être également par le reste de l'armée.

Le 1*' corps avait ordre d'effectuer son passage à Remilly.

L'ordre de marche communiqué dans la nuit aux généraux de division fixait, comme il suit, l'ordre des troupes : en tête la 3* division qui bivouaquait à la sortie de Raucourt ; immédiatement après, les batteries de combat de la réserve d'artillerie ; la 2* division, la l'« division, la cavalerie, puis la 4' division.

Les divisions devaient marcher sans aucuns bagages. Ceux-ci, ainsi que les parcs et les voitures de l'administration suivaient le corps d'armée dans un ordre déterminé et sous la surveillance de la gendarmerie. Le mouvement devait commencer à quatre heures et demie du matin et suivre sans interruption.

Ces ordres furent strictement observés. A sept heu- 30 août. De res du matin environ, la tête de la 3* division arrivait Raucourt à caà Remilly. On comptait pour effectuer le passage sur ^^^il«^^g" un ponton qui, mis en travers de la rivière, sert habi- ^ RemiUy (24 tuellement de pont ; mais, par suite d'une crue sur- kuom.). venue dans la nuit, crue motivée par les retenues

d'eau destinées à défendre les abords de la place de^ Sedan, rétablissement de ce ponton présenta quelques difficultés, et il fut nécessaire de faire consolider cet instrument de passage très-imparfait, ainsi que les deux jetées en terre entre lesquelles il devait être tendu. Pour accélérer le mouvement, le génie établit, à l'aide de quelques bateaux, une passerelle bonne seulement pour l'infanterie. Pendant que ces travaux s'exécutaient et que quelques bataillons étaient passés à la hâte pour occuper la rive droite, les divisions d'infanterie, arrivant successivement, étaient massées sur les hauteurs qui dominent Remiliy, et au pied desquelles coule la Meuse. Un soleil resplendissant avait succédé aux pluies désespérantes des jours précédents; de ces hauteurs, la vue s'étendait sur les vastes prairies qui bordent la rive droite de la Meuse, et que couvraient en ce moment d'innombrables troupeaux. Vis-à-vis de nous, les blanches maisons du beau village de Bazeilles émergeaient comme d'une corbeille de verdure, et dans le lointain, plus à gauche, la pointe effilée du clocher de Sedan se profilait à travers la brume sur les hauteurs boisées qui limitaient au Nord ce riant horizon. La vue de cette belle na-

ture, qui jouissait alors d'un calme profond, avait ramené la sérénité dans les esprits et rendu à nos soldats, dont le moral se remonte plus vite encore qu'il ne s'abat, une sorte de confiance. Plusieurs régiments débouchèrent dans Remiliy, lançant dans l'air leurs joyeuses fanfares restées muettes depuis si longtemps. Deux jours de marche à peine nous séparaient de Montmédy, cet objectif tant désiré, et là peut-être enfin trouverait-on la victoire 1 Vaines espérances qui ne devaient point se réaliser ! Dans quelques heures le canon de Beaumont allait cruellement

réduire à néant ces beaux rêves et raviver nos inquiétudes un moment oubliées.

Pour faciliter le passage, dans le cas ou l'ennemi eût essayé de le disputer, quelques batteries furent mises en position à mi-côte; mais rien ne parut, et le passage s'effectua lentement, il est vrai, mais sans difficulté.

Le général Lhériller (3* division) fut chargé d'assurer cette opération, et prit position jusqu'à sept heures du soir, heure à laquelle arrivèrent à Remilly, pour passer à leur tour, la division de cavalerie de Bonnemain et les premières troupes du T corps. Le général Lhériller avait retenu au passage la brigade de Septeuil, de la division de cavalerie du 1*' corps.

Pour gagner du temps, le général commandant le 1*' corps, avait pensé à faire filer l'artillerie par le pont du chemin de fer, à 2,300 mètres environ de Remilly, et même à faire passer la colonne des parcs et des bagages par Sedan, sous la protection de la division de cavalerie. Mais la crainte de détériorer la voie du chemin de fer, la seule ligne ferrée qui nous reliât par le Nord avec Paris, et celle de surmener les chevaux des convois en leur faisant faire un détour aussi considérable, l'empêchèrent de donner suite à ce projet Les troupes franchirent les grandes prairies qui s'étendent au confluent de la Meuse et du Chiers. Pour éviter l'encombrement, le général Ducrot dirigea la 2' et la 4' divisions sur Tétaigne, où elles devaient passer le Chiers; la 1" et la 3' devaient traverser cette rivière à Douzy, et suivre la grande route de Carignan jusqu'à cette ville, qui était le gîte d'étape assigné au 1" corps par le maréchal commandant en chef. Sur là droite, du côté de Mouzon, on entendait une assez vive canonnade. Le général Du-

crot, qui marchait avec la colonne de droite fit, masser ses troupes à Tétaigne, avant de traverser le Chiers, et envoya un de ses aides de camp auprès du maréchal de Mac-Mahon, à Pefifet de prendre ses ordres et de lui rapporter les renseignements nécessaires. Au bout d'une demi -heure, le général recevait de son aide de camp un billet lui annonçant qu'il venait de rencontrer l'Empereur se dirigeant sur Carignan, et que tout allait bien. Le général Ducrot, qui avait reçu Tordre de se porter sur Carignan, estima qu'il ne devait pas retarder l'exécution de cet ordre, ce qui eût eu pour conséquence de laisser l'Empereur isolé. Il poursuivit donc sa route, traversa le Chiers, et arriva au gîte d'étape prescrit, où il fut rejoint par son aide de camp qui lui rapportait, de la part du maréchal, l'ordre de prendre ses dispositions pour protéger sa retraite, soit sur Douzy, soit sur Carignan, et d'inviter l'Empereur à se porter au plus vite sur Sedan. Douze kilomètres environ séparent ^^Douzy de Carignan; pour se conformer autant que possible aux ordres du maréchal, le général envoya aux deux divisions Wolf et Lhériller (1" et 3") l'ordre de rester à Douzy, d'y retourner si elles l'avaient dépassé, et de s'y établir, de manière à couvrir la retraite du maréchal, si elle se faisait par ce point. Il disposa les deux autres divisions de son corps d'armée entre Carignan et Blagny, et fit même monter de l'artillerie sur une montagne assez élevée, que l'on nomme la hauteur des Tilleuls, et qui se trouve à l'Est de Carignan. Il se rendit ensuite chez l'Empereur et essaya de le décider à se porter sur Sedan. L'Empereur s'y refusa d'abord, et déclara qu'il ferait sa retraite avec les deux divisions du 1" corps. Plus tard, il se ravisa et rentra dans Sedan par le chemin de fer.

Pendant ce temps, voici ce qui s'était passé aux 5' et 7' corps qui avaient également reçu Fordre de passer la Meuse, mais éprouvèrent pour exécuter cet ordre plus de difficultés que le 1", Le ?• corps, parti d'Oches au point du jour, devait se porter par Stonne sur Villers, où un pont de bateaux avait été établi. L'ennemi, qui le suivait de près, le canonna à grande distance, mais sans résultat. Arrivé à Raucourt, le général Douay craignit sans doute d'être attaqué sur sa droite, et de ne plus trouver le passage de Villers libre ; en conséquence il obliqua sur la gauche et se porta à Remilly, où son corps d'armée passa la Meuse à la suite du 1" corps, passage qui ne commença qu'à dix heures du soir et dura toute la nuit. La crue de la rivière ayant augmenté, le bac qui servait de pont était à moitié submergé; de grands feux allumés pour éclairer cette opération dangereuse donnaient à cette scène un caractère étrange et sinistre. Dans le but d'accélérer le mouvement, le général Douay fit passer par. Sedan une partie de ses troupes, et, après avoir rallié non sans peine son corps d'armée, l'établit dans les prairies qui bordent la rive droite de la Meuse au Nord-Ouest de la place.

Le 5' corps, qui n'était arrivé que dans la matinée du 30 devant Beaumont, s'était installé au bivouac, quand vers midi il fut surpris par une brusque attaque de l'ennemi qui jeta dans le camp la plus grande perturbation. Les troupes, après avoir tenu tête pendant quelque temps, se retirèrent abandonnant leur campement et leurs bagages, et traversèrent la Meuse en désordre, partie par le pont de Mouzon, partie à la nage, sous les yeux et sous la protection du 12* corps qui avait ptris position sur les hauteurs de la rive droite. Le maréchal commandant en

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chef témoin de cette déroute fit passer quelques troupes du 12* corps sur la rive gauche pour soutenir la retraite du général deFailly ; mais ne se souciant pas d'engager une bataille générale dans ces conditions avec la Meuse à dos, il maintint le gros de ses forces sur la rive droite et refusa, sans doute pour ce motif, Toffre du général Ducrot qui était déjà àmoitiéroutede Carignan de se porter avec son corps d'armée sur Mouzon.

Dans la nuit, le général commandant le 1*' corps fit filer en arrière les bagages et les services administratifs dans la direction et au Nord de Sedan avec ordre de s'arrêter à lUy. L'intendant du corps d'armée devait faire tous ses efforts pour préparer quelques vivres sur ce point. En même temps il donna ses ordres pour la journée du lendemain et la direction à suivre par les colonnes. Les 2* et 4* divisions devaient se porter de Carignan sur Illy par une route qui serpente à travers les hauteurs et traverse les villages d'Osnes, Mézincourt, Escombes, Francheval et Villers-Cernay. La division de cavalerie du 1**' corps devait couvrir le flanc gauche de la colonne et marcher à mi-côte entre la grande route et la route des hauteurs. Le parc et les bagages avaient été mis en mouvemeat avant le jour par la grande route.

La division de cavalerie Margueritte, qui formait Favant-garde de l'armée en marche sur Montmédy, se trouvait en avant de Blagny et sur la rive gauche du Chiers. Le général Ducrot invita le général Margueritte à repasser sur la rive droite où sa division se trouverait moins en l'air, et à se joindre à lui le lendemain matin pour marcher dans la direction d'IUy par la même route que suivrait la division de cavalerie du 1" corps. Le général Margueritte se conforma aux indications que lui donnait le général

vonne (23 kilom. }.

commandant le 1" corps et exécuta le lendemain son mouvement en conséquence.

Le lendemain- matin, au lover du jour, le général 3^ ^^^ jy^ Ducrot prit ses dispositions pour assurer sa marche carignan au sur Sedan, dispositions d'autant plus nécessaires plateau de Giqu'une partie du 5* corps, en pleine débandade, s'était jetée de Mouzon sur Carignan etolDStruait la route. Il établit donc plusieurs bataillons sur le mamelon qui domine -Carignan, et étagea quelques batteries de 12 et de mitrailleuses sur les flancs de la montagne. Mais c'est à peine si quelques éclaireurs se montrèrent dans le lointain, et au bout de plusieurs heures d'attente, le général Ducrot se décida à se retirer en faisant savoir au maréchal commandant en chef qu'il dirigeait ses troupes sur lUy.

Le mouvement commença par la 2' division et fut suivi par la 4\ En même temps, le général commandant le 1*' corps envoyait prévenir les deux divisions restées à Douzy d'avoir à se porter sur Franche val, où elles rejoindraient le corps d'armée. Mais avant même que cet ordre ne leur parvînt, les officiers généraux commandant ces divisions avaient reçu directement du maréchal, à son passage à Douzy, Tordre d'aiter prendre position sur les hauteurs qui entourent Sedan. Vers midi, le général Ducrot arrivait à Fran^ cheval précédant ses deux colonnes d'infanterie et de cavalerie dont les têtes commençaient à paraître. Le village de Francheval était obstrué par les baga,ges et les parcs des5' et 12'' corps qui, canonnés à distance par l'ennemi, avaient quitté en désordre la rottte diî la vallée pour se jeter à droite sur les hauteurs.

A ce moirent le 12** corps, qui était parti de Mouzon le matin et avait traversé le Chiers à Douzy, livrait

un combat à Bazeilles et engageait avec les Bavarois refoulés sur la rive gauche de la Meuse une canonnade qui durait jusqu'au soir. Plusieurs des batteries de réserve du 1" corps, qui étaient arrivées à Douzy dans la matinée, s'étaient portées au galop en avant et prenaient une part active à cet engagement.

Mais pendant que le 12* corps était ainsi occupé à Bazeilles, le passage du Chiers n'était pas défendu à Douzy dont le pont n'avait pas été coupé, et le général Ducrot, en arrivant à Francheval et en se portant sur les hauteurs qui bordent la plaine, put voir les têtes de colonne ennemies, suivant la grande route de Mouzon, aborder Douzy, et effectuer le passage de la rivière sans difficulté. Peut-être doit-on regretter que les deux divisions d'infanterie du 1" corps qui occupaient ce point en aient été retirées ; soutenues par le reste du corps d'armée qui ne devait pas tarder à arriver, elles auraient pu s'opposer au passage du Obiers pendant que le 12* corps reprenait et gardait le pont du chemin de fer à Bazeilles; et si le 7' corps, malheureusement trop fatigué sans doute pour le faire, avait pu se porter sur Donchery et en défendre le passage, la bataille eût été livrée probablement dans des conditions moins désavantageuses qu'elle ne devait l'être le lendemain. Mais il ne faut pas perdre de vue que la critique est rendue singulièrement facile par la connaissance acquise après coup des positions et des mouvements de l'ennemi, et l'on doit tenir compte de l'état de désorganisation dans lequel, à la suite des combats malheureux de la veille et de l'avant- veille, se trouvait une partie de l'armée, considération qui dut porter le commandant en chef à grouper toutes ses troupes de manière à leur donner par la cohésion une puissance de résistance que dis-

rr

séminées elles n'eussent pas présentée à un égal degré. — Le général Ducrot dut se borner à prendre les dispositions nécessaires pour opérer son mouvement sur lUy sans être inquiété; à cet effet il disposa successivement en échelons sur des points dominants quelques batteries et quelques bataillons de soutien; mais Fennemi se contenta d'envoyer plusieurs détachements de uhlans observer nos colonnes à distance et s'abstint d'attaquer.

Sur ces entrefaites, le maréchal commandant en chef, qui s'était décidé à réunir l'armée entière autour de Sedan et qui venait d'apprendre que le 1" corps se dirigeait sur lily, adressait au général Ducrot un ordre qui lui était remis vers cinq heures du soir par le lieutenant-colonel Broyé à proximité du village de Givonne, et qui lui enjoignait d'aller s'établir entre Balan et Bazeilles. Conformément à cet ordre, le général interrompit à regret sa marche sur Illy et se porta sur les hauteurs qui dominent le village de Givonne. Le chef d'état- major général du 1*' corps envoyé auprès du maréchal pour recevoir des instructions concernant les emplacements à occuper, revint rapportant l'ordre de s'établir, non pas entre Balan et Bazeilles, positions qu'occupait déjà le 12' corps, mais au-dessus du village de Daigny, de manière à relier le 12* corps aux deux divisions Wolf et Lhériller établies depuis le matin au-dessus de Givonne.

La marche de cette journée, faite par des chemins étroits et en s'entourant de précautions militaires indispensables pour couvrir les longues colonnes de voitures qui encombraient toutes les routes, s'exécuta lentement, et il était nuit quand les troupes arrivèrent au bivouac assigné. Le général commandant le 1*' corps avait prescrit de faire distribuer aux

troupes double rationde viande, et comme les chanips dans lesquels elles campaient étaient couverts d'abondantes plantations de légumes, la soupe fut faite dans de l3onnes conditions. Toutefois, les derniers corps arrivèrent sur leurs emplacements seulement à onze heures du soir et ne purent recevoir aucune distribution, notamment la 4* division qui formait Tarrièregarde et dont le troupeau s'égara dans l'obscurité.

Le général consacra une partie de la nuit à étudier l'emplacement occupé par ses troupes, et à donn er ses ordres en prévision de la journée du lendemain; puis il passa au bivouac du 1*' zouaves les quelques heures qui le séparaient du jour.

Les autres corps d'armée étaient disposés comme il suit : le 12* s'étendait de Balan et Bazeilles à la route de Givonne, et se reliait par sa gauche au 1" corps. Le T avait pris position au Nord de ^edan, entre les routes de Floing et d'IUy. Le 5**, très-ébranlé jpar les combats des jours précédents, occupait la grande redoute en terre qui s'adosse aux fortifications de la place.

i« septem-' U était à peine 5 heures du matin quand la fusilv.BataiUede lade s'engagea au milieu d'un brouillard épais du ^^^' côté de Bazeilles. Le 1*' corps prit rapidement les ar-

mes et s'établit sur ses positions de combat. Les troupes étaient disposées comme il suit : la 2' division avait une brigade à droite du chemin creux de Givonne et une brigade en arrière en réserve. La 4** division était toute entière à gauche de ce chemin, sur la crête du ravin ; la 1" division, au-dessus du village de Givonne et à droite du bois de la Garenne, se reliant par sa droite à la V division, et refusant sa gauche pour se relier au T corps; la 3** division en arrière de la i^\ Cette division avait perdu, dans la

'^ mf ,*

journée du 30, son artillerie divisionnaire, qui, par suite d'ordres mal compris, gagna Mézières. Vers six heures du matin, elle se trouva réduite à sa seconde brigade, la première ayant reçu l'ordre de se porter à Balan, en soutien de l'infanterie de marine avec laquelle elle combattit toute la journée.

Vu le défaut d'espace, les bataillons étaient généralement formés en colonne à demi - distance. Des lignes serrées de tirailleurs, dissimulées derrière les haies, les murs et les accidents de terrain, garnissaient le bord du raviîi. Les batteries étaient placées dans les intervalles, là où elles pouvaient le mieux •battre le terrain en avant, et protégées par des épaulements en terre; la cavalerie, en arrière et à droite des positions du 1*' corps, dans des plis de terrain, à l'exception de la brigade de Septeuil qui, retenue le 30 à Remilly, par le général commandant la 3^ division, bivouaqua à quelque distance et ne rejoignit sa division que plus tard. Dans le courant de la journée, cette même brigade, accompagnée de la batterie d'artillerie à cheval, qui avait été attachée à la division de cavalerie, gagna sans encombre la Belgique, en suivant le ravin de Givonne et échappa au désastre.

L'action ne s'engagea guère pour le 1" corps qu'à six heures du ipatin. En avant des positions occupées par la droite du 1" corps s'étendait un mamelon couvert en partie par un bois qui porte le nom de bois Chevalier. Le général Ducrot jugea utile d'occuper ce point, y détacha tout d'abord un bataillon du 3* tirailleurs qui se trouvait en grand'garde près de Givonne, et envoya le général de Lartigue avec la 1'' brigade de sa division prendre position à droite du bois. Mais pendant que le 12' corps luttait sur la droite contre les deux corps d'armée bavarois, le l'" corps

allait avoir contre lui le 12* corps (saxon) et le corps de la garde qui avaient en partie opéré le passage du Chiers la veille, soit à Douzy, soit aux environs de Carignan, et qui s'avançaient en s'étendant de la Moncelle à Villers-Cernay. Les troupes du général de Lartigue en arrivant sur le plateau de la Moncelle trouvaient déjà le bois Chevalier occupé par ks Saxons ; attaquées par des forces supérieures elles étaient, après une vigoureuse résistance, obligées de se retirer sur Daigny, où elles se maintenaient énergiquement une partie de la journée. Le général de Lartigue, son chef d'état-major le colonel d'Andigné, et le général de Fraboulet de Kerléadec, qui commandait la brigade engagée, étaient tous trois grièvement blessés. .

Sur ces entrefaites, le général Ducrot était prévenu que le maréchal de Mac-Mahon, ayant reçu une blessure gravé qui l'obligeait à quitter le champ de bataille, lui remettait le commandement de l'armée. Il était environ sept heures du matin. Le général venait de recevoir deux billets, l'un du commandant d'un bataillon de zouaves détaché de l'autre côté du ravin, l'autre du maire de Villers-Cernay, lui faisant savoir que l'ennemi opérait un vaste mouvement tournant sur notre gauche et l'informant que de nombreuses colonnes prussiennes passaient à Francheval et à Villers-Cernay. Éclairé par ces communications sur rintention de nos adversaires d'envelopper entièrement l'armée française, le général estima qu'il était urgent de s'opposer à ce mouvement et de se retirer sans perdre de temps dans la direction d'Illy. Cette position, en effet, appuyée à gauche sur le ravin de Givonne, que bordent de l'autre côté des bois trèstouffus, et à droite sur la Meuse et la place de Sedan,

domine en outre le reste du plateau et est protégée sur son front par une sorte de monticule que Ton nomme le calvaire d'IUy, et qui, armé d'une quantité convenable d'artillerie, eût pu former un centre puissant de résistance. Le général Ducrot pensait que dans les conditions où la bataille se présentait, la victoire n'était pas à espérer, mais que la retraite pouvait encore s'effectuer en forçant les lignes ennemies là où elles devaient présenter le moins de résistance. Se retirer sur Carignan était impossible; de ce côté, où l'ennemi avait franchi en 'grandes forces la Meuse et le Chiers, nulle ligne d'appui à espérer ; et eût'On percé les lignes allemandes, il fallait faire opérer à l'armée, en présence d'un ennemi exalté par le succès, une interminable marche de flanc qui n'eût abouti qu'à une destruction totale de nos troupes/ Mais du côté du Nord, il n'en était pas de même. De ce côté, en effet, l'ennemi ne pouvait franchir la Meuse qu'à Donchery, point éloigné du champ de bataille ; il avait une longue marche à fournir pour contourner le coude que fait la Meuse en cet endroit; et à cette heure peu avancée de la journée, on devait supposer, ce qui était exact, qu'il n'était pas encore entré en ligne. Dès lors, il était permis d'espérer que tandis qu'une partie de l'armée s'établirait fortement sur le plateau d'Illy, contiendrait sur ce point les troupes venues par Bazeilles et Douzy, et serait aidée en cela par le feu de la place, le reste de l'armée, se portant par la route de Saint-Menges à Mézières, bousculerait au besoin les colonnes ennemies venues de Donchery et séparées du gros de l'armée allemande par la Meuse, et atteindrait sans grandes difficultés Mézières, ayant son flanc gauche constamment protégé par la rivière. En admettant que la route

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principale fût très-fortement occupée par rennemi, il restait les chemins vicinaux et les routes forestikes qui sillonnent les bois en grand nombre. La réalisation de ce plan était d'autant plus possible, qu'ainsi qu'on l'apprit plus tard, les premières troupes allemandes qui se portèrent sur le champ de bataille s^ composaient seulement de batteries d'artillerie escortées par quelques escadrons et qu'aucune troupe d'infanterie n'accompagnait. Le général de Bliimenthal devait, dans une conversation que le général Ducrot eut avec lui le surlendemain, lui en donner l'assurance. — Le général donna donc immédiatement ses ordres en conséquence.

Il prescrivit au général Lebrun de battre en retraite par son aile droite, et d'aller prendre position plus en arrière. Le 1" corps devait se conformer au mouvement.

Déjà la division de Vassoigne, du 12' corps, les 2* et 3' divisions du 1" corps avaient commencé leur mouvement. La 1" division du l*' corps avait ordre de rester sur les hauteurs de Givonne jusqu'au dernier moment, de manière à former l'échelon extrême de gauche, et à couvrir la retraite en se retirant par le bois de la Garenne. Mais, à ce moment, le général de Wimpflfen, qui, depuis la veille, remplaçait le général de Failly dans le commandement du 5° corps, produisait une commission du ministre de la guerre, lui donnant, en cas d'accident survenu au maréchal de Mac-Mahon, le commandement de l'armée.

Il était environ neuf heures. A ce moment, le 42' corps luttait, avec succès, à Bazeilles, et tenait tête aux Bavarois. L'Empereur, apercevant le mouvement de retraite ordonné par le général Ducrot, et ne se rendant pas compte des motifs qui le faisaient agir,

envoyait le capitaine Guzman, un de ses officiers d'ordonnance, lui en demander l'explication. Le général de Wimpifen, qui savait depuis huit heures que le maréchal de Mac-Mahon était hors de combat, attendit jusqu'à neuf heures pour réclamer le commandement, et en prévint le général Ducrot par un billet qu'il lui adressa.

Le premier acte du nouveau commandant en chef fut d'arrêter les dispositions prises par son prédécesseur et de prescrire de se maintenir dans les positions du matin. L'événement démontra à quel point l'espoir nourri par le général de Wimpffen de prolonger la résistance dans de pareilles conditions était peu fondé. Le mouvement tournant de Tennemi sur nos deux ailes s'accentuait de plus en plus; pendant que sur la droite le 12' corps saxon et la garde s'étendaient jusqu'à La Chapelle, à partir de dix heures du matin les colonnes prussiennes débouchaient de Saint-Menges ^t s'avançaient vers Illy. Vers midi, le général Ducrot envoyait un officier de son état-major reconnaître si le 7' corps occupait solidement le callï^aire d'Illy. Cet officier, en arrivant en avant du bois de la Garenne j trouva les positions abandonnées; deux batteries qui s'étaient établies près d'un bouquet de bois, en face d'Illy, venaient d'être démontées en quelques minutes. On voyait les colonnes ennemies continuer tranquillement leur mouvement circulaire et, arrivées à l'emplacement voulu, ouvrir le feu à la fois de plusieurs batteries. Peu après, à trois heures, suivant le rapport allemand, les troupes venant d'Illy faisaient leur jonction avec celles venant de La Chapelle. L'armée françaiseétaitcomplétemect entourée^ la bataillé était perdue.

L'infanterie du 1" corps n'avait été sérieusement

engagée que le matin, et sur quelques points; l'ennemi, profitant de la supériorité de son artillerie, comme nombre et comme portée, se contentait de faire pleuvoir à distance sur nos positions une quantité considérable de projectiles. De l'autre côté de la Meuse, les hauteurs de Remilly à Vadelincourt étaient garnies de batteries à longue portée qui prenaient nos lignes à revers. L'effet de ce tir convergent, auquel nos batteries se trouvaient impuissantes à répondre, était démoralisant au dernier point pour le soldat qui voyait arriver des obus de tous les points de l'horizon. Déjà avant trois heures la retraite commença, et les troupes, cherchant instinctivement un abri et croyant le trouver derrière les murs de la place, se jetèrent dana Sedcm par toutes les routes. Deux efforts suprêmes devaient être tentés à ce dernier moment aux deux extrémités de la ligne pour faire une trouée. Au Sud, le général de Wimpfferï veut percer les lignes ennemies dans la direction de Carignan. Il lance, sur la route de Bazeilles, une partie du 12* corps et la brigade Carteret du 1*' corps qui, depuis le matin, combattait ^'^illamment à côté de l'infanterie de marine. Mais, au bout de 200 mètres à peine, les ti^oupes sont arrêtées dans leur marche désespérée et foncées de se rejeter dans la place. Au Nord, le général Ducrot veut essayer de se porter en avant, dans la direction de Saint-Menges; il envoie chercher la 2*" et la 3* divisions, et réunit quelques batteries en avant du bois de la Garenne. La 2* division arrive; quant à la 3*, la seule brigade dont elle se compose est entraînée par le mouvement de retraite des troupes voisines, et il est impossible de la réunir. Le général Ducrot fait ouvrir le feu de ses batteries, puis, mettant Tépée à la

main essaye d'entraîner à la charge les quelques bataillons groupés autour de lui. L'intensité du feu de l'ennemi déjoue cette tentative. Des colonnes d'infanterie, précédées de nombreux tirailleurs, s'avancent à leur tour contre notre dernier centre de résistance ; le général Ducrot réunit pour les arrêter quelques escadrons de la division Margueritte et de la division de Selignac-Fénelon. Cette cavalerie charge avec la plus grande énergie et laisse un grand nombre des siens sur le terrain, mais sans obtenir de résultat décisif. C'était la troisième charge que fournissait la division Margueritte dont le général de Galiffet se trouvait alors avoir le commandement, le général Tillard ayant été tué et le général Margueritte mortellement blessé. Ce dernier effort accompli, il ne restait plus au général commandant le 1" corps, sans troupes autour de lui et sans ordres, qu'à rentrer dans la place où l'armée s'était déjà jetée, et sur les murs de laquelle, peu d'instants avant, le drapeau blanc venait d'être arboré.

Le 1*' corps eut environ dans cette journée funeste, sur un effectif approximatif de 942 officiers et 29,827 hommes de troupe, de toutes armes, 248 officiers et 40,737 hommes signalés comme tués, blessés ou disparus.

Il eut, en comprenant les divisions de cavalerie qui répondirent à l'appel du général Ducrot, 7 généraux hors de combat, les généraux de Lartigues, commandant la 4' division, Wolf, commandant la i'% les généraux de brigade Fraboulet de Kerléadec, Carteret, le général Margueritte, le général Tillard, le général de Salignac-Fénelon et l'intendant du 2' corps, M. de Séganville.

— ilO —

Ici devrait se terminer ce que nous avons appelé peut-être improprement le Journal des marches et des opérations du 1" corps, car ce travail fait après coup, mais sur des documents officiels, diffère par sa forme des journaux de marche que tiennent les étatsmajors en campagne. La journée funeste du 1*' septembre clôt naturellement la série des opérations malheureuses, mais non sans gloire auxquelles prit part le l*'' corps, série commencée à Wissembourg et Frœshwiller et terminée à Sedan. Toutefois, pour déférer à l'invitation qui nous est adressée par le chef énergique sous lequel nous avions alors l'honneur de servir, nous pousserons jusqu'au bout cette triste narration et nous ajouterons aux pages douloureuses qui précèdent d'autres pages plus douloureuses encore. Du reste, ce récit peut porter en lui un utile enseignement, et le souvenir de nos souffrances et de nos humiliations, quelque pénible qu'il puisse être, doit être conservé avec d'autant plus de soin, peutêtre, que le nombre de ceux qui seraient portés à les oublier est plus élevé.

L'armée éperdue s'était jetée toute entière dans la place sur laquelle tombait une pluie de projectiles qui, éclatant au-dessus de ces raes pleines de monde, y faisaient de nombreuses victimes. L'Empereur ayant jugé la résistance impossible, et désireux de faire cesser le massacre, avait fait arborer le drapeau blanc. Le général Reille fut envoyé par lui en parlementaire au quartier-général allemand pour demander un armistice, pendant que des officiers étaient lancés dans toutes les directions pour faire cesser le feu sur les remparts et sur les rares points où la lutte

se prolongeait. Çà et là en effet, quelques groupes de combattants, embusqués derrière des murs et des haies, brûlaient leurs dernières cartouches contre l'ennemi dont le cercle allait se resserrant de plus en plus et ne devait s'arrêter qu'aux portes mêmes de la yille. Le soir, le général de Wimpffen, après avoir offert à l'Empereur sa démission qui ne fut pas acceptée, partait à son tour pour le quartier-général prus- .sien pour discuter les conditions de la capitulation.

Le lendemain matin, l'Empereur se rendait au quartier général du roi Guillaume, annonçant qu'il allait faire seâ efforts pour obtenir des adoucissements au sort de l'armée.

Pendant ce temps, conformément aux ordres donnés par le général commandant en chef, les états-majors essayaient de rétablir un peu d'ordre dans la place qui présentait l'image de la confusion la plus grande. Les corps d'armée, les troupes de toutes armes, étaient confondus dans un pêle-mêle sans nom. Un quartier de la ville fut assigné à chaque corps d'armée. Le 1"' corps devait occuper le quartier Nord, les troupes d'infanteries massées de préférence sur les remparts, les voitures d'artillerie dans les rues, le long des trottoirs, la cavalerie dans le faubourg de Torcy. Une ration de vivres fut distribuée aux troupes, ainsi qu'une somme de 50 centimes par soldat et de 1 franc par sous-officier, afin de suppléer au manque de vivres qui pourrait se produire. L'ordre était donné en même temps de convoquer tous les généraux de corps d'armée et de division à l'effet de prendre connaissance des conditions de la capitulation offerte, et de juger s'il y avait lieu de les accepter. Vu l'impossibilité de retrouver tous les généraux,

un certain nombre d'entre eux u'assistèrent pas à la réunion.

En présence du manque absolu de vivres, de l'impossibilité de tenir dans une place resserrée, dominée de toutes parts, Tavis unanime fat que dans de pareilles conditions, la capitulation ne pouvait être évitée. Deux voix seulement, celles de MM. les généraux Pelle et Carré de Bellemare, du 1"' corps, s'élevèrent pour soulever la question de la résistance et demander s'il n'était pas préférable d'essayer de se frayer un passage à main armée ; mais, sur la peinture exacte qui leur fut faite de la situation par plusieurs membres du conseil, sur les objections qui leur furent posées, résultant surtout de l'absence des vivres, de l'impossibilité de sortir de la ville pour se déployer, et de celle plus grande encore de s'y défendre, ils s'inclinèrent eux aussi devant la cruelle nécessité de se soumettre et signèrent également le procès-verbal de la délibération qui fut rédigé. Le feu devait être ouvert à neuf heures contrôla place en cas de non acceptation de la capitulation. Un peu avant cette heure, la réponse affirmative était portée au q uartier général du roi parle général de Wimpffen.

Il revint rapportant le protocole qu'il venait de signer. Grande et douloureuse fut notre surprise en voyant que, sous prétexte de connaître la bravoure de l'armée française, on offrait aux officiers qui s'engageraient par serment à ne plus prendre part à la guerre et à ne rien faire de contraire aux intérêts de l'Allemagne, de rentrer dans leurs foyers avec armes et bagages (1); offre injurieuse,

(1) Il n'avait pas été question de cette stipulation dans les conditions énumérées par le général de Wimpffen en présence du conseil do guerre réuni dans la matinée du 2. Elle fut introduite lors de la

contraire à nos règlements, qui interdisent en cas de capitulation forcée de séparer le ^sort des officiers de celui de la troupe, et qui eût dû être rejetée avec indignation. Ajoutons que le nombre des officiers tjui profitèrent de cette offre, quoique trop élevé encore, fuinéanmoins très-restreint.

Tout était consommé. Il ne nous restait plus qu'à attendre et exécuter les ordres qu'il plairait au vainqueur de nous imposer, et à accepter les souffrances et les humiliations par lesquelles nous devions avoir à passer.

L'infanterie reçut l'ordre de déposer les armes sur les emplacements qu'elle occupait dans la ville. L'artillerie avait à conduire son matériel sur la rive gauche de la Meuse en avant de Glaires. Chaque corps devait sortir successivement de la place sans armes et se rendre dans une sorte de presqu'île que forme un coude très-accentué de la Meuse au Nord-Ouest de Sedan et qui est fermée à sa gorge par un canal qu'un seul pont traverse au village de Glaires. C'est dans cet espace étroit, détrempé par des pluies abondantes qui commencèrent le 3 septembre, et durèrent plusieurs jours sans interruption, que 70,000 hommes devaient être détenus pendant près de dix jours dans la boue, sans abri, sans vivres, ayant à peu près pour toute ressource les pommes de terre qu'ils trouvaient dans les

seconde conférence au quartier général prussien, conférence à la suite de laquelle le général de Wimpffen signa la capitulation. Ëf comme le dit le commandant Gorbin, grande et douloureuse fut notre surprise en voyant cette clause tout à fait imprévue , si contraire à nos sentiments et à Tesprit de nos règlements militaires. Il n'y eut qu'un cri parmi les officiers généraux commandant les corps d'armée pour protester, ce qui parut étonner fort le général deWimpffea; il croyait avoir obtenu un superbe résultat et ne comprenait pas du tout nos scrupules. {Note dw gén&ral Ducrot).

champs et qui furent rapidement épuisées. Le 1" corps commença ce triste mouvement et sortit de Sedan le 3 septembre dans l'après-midi par un orage épouvantable. Spectacle à jamais lamentable! Conduits par leurs officiers, dont ils devaient peu de jours après être séparés, nos infortunés soldats défilaient la tristesse au front sur les glacis de la place. Pour ajouter à notre honte, .quelques misérables qui avaient pillé des boutiques dans la ville ou défoncé des tonneaux de Fadminist'ation, venaient rouler ivres-morts dans la fange, aux pieds de nos vainqueurs.

Le général Ducrot se rendit à Donchéry auprès <lu Prince royal, lui demander .que des distributions de vivres fussent faites aux troupes en quantité suffisante et tâcher d'obtenir divers adoucissements à la position laite aux officiers. C'est là qu'il eut occasion de s'entretenir avec le général de Blûmenthal, chef d'état-raajor général du Prince et de se convaincre à quel point l'exécution de son plan d'occupation de la redoutable position d'IUy était facile dans la matinée du 1" septembre et eût pu modifier avantageusement le funeste résultat de cette journée.

A la suite de cette entrevue, le g*énéral Ducrot rejoignit ses soldats dans la presqu'île de Glaires et s'installa dans une petite maison près du pont du canal. Le général commandant en clief de WimpfiTen était parti avec son état-major pour Stuttgardt, abandonnant à elle-même ce qui avait été l'armée de Châlons. Les services étaient désorganisés, les étatsmajors dispersés, les fonctionnaires de l'intendance disparus. Le général Ducrot s'imposa la pénible tâche de soulager autant qu'il serait en son pouvoir les souffrances des soldats. Par ses ordres, des chevaux furent abattus pour la nourriture des troupes ; des

— ilo —

officiers furent choias dans chaque division pour faire fonction d'intendants (l).Quelques têtes de bétail, des voitAires de vivres en petite quantité ayant été envoyées par Tadîninistration allemande, il en fit

faire par son état-major ,^ qui était resté tout entier groupé autour de lui, la répartition entre les débris ]

des différents corps de Farmée, d'une manière aussi équitable que possible. Enfin, il s'occupa de réunir les situations d'effectif nécessaires, de manière à faciliter et feâter Tévacuation des prisonniers hors de cette presqu'île malsaine, sur laquelle les maladies se multipliaient avec une effrayante rapidité.

L'évacufition commença le 5;. elle ne devait se terminer que le 14 septembre. Les prisonniers étaient formés par convois de 2,000 hommes et mis en marche sur Pont-à-Mousson, sous la conduite de quelques compagnies d'infanterie bavaroise. Les officiers subalternes, réunis par groupes de trois à quatre cents, étaient traités comme la troupe, parqués chaque nuit dans une prairie ou dans un champ, sans abri, sans couverture, après avoir reçu une nourriture insuffisante, et malmenés parfois par leur escorte, de la manière la plus odieuse.

Le général Ducrot annonça son intention de s'employer jusqu'au dernier jour à s'occuper du sort de la troupe, à maintenir l'ordre et à diriger les distributions.

(1) Ces officiers, qui restèretyt jusqu'au dernier jour et servirent après le départ du général Ducrot dlntenniédiaire entre TariDée piisonnière et les autorités allemandes, remplirent cette pénible mission p- avec le plus louable dévouement. Leurs noms doivent être reproduits

ici : ce sont MM. de Serres, capitaine au S0« de ligne ; Ducasse, capitaine d'artillerie, Leblanc, capitaine du génie, d'Orcet, capitaine au 4® cuirassiers, et Lefort, lieutenant du génie. M. de Maain, capitaine au 1^' régiment de cuirassiers, s'adjoignit volontairement aux officiers dont les noms précèdent.

En conséquence, il demanda à Tétat-major bavarois, auquel la garde de l'armée prisonnière avait été laissée, Tautorisation de rester à Glaires le dernier, jusqu'au départ du dernier soldat français. Sa demande ne fut pas accueillie, et cette triste faveur lui fut refusée. Il reçut l'ordre de partir, le 7, pour Pont-à-Mousson. Le Roi avait décidé que les officiers généraux et supérieurs seraient autorisés à se rendre librement et sur parole dans cette ville, où ils devaient être mis

en chemin de fer, et de là dirigés sur l'Allemagne. Forcés d'obéir aux ordres reçus, le général et son état-major signèrent une pièce dans laquelle ils s'engageaient sur Thonneur à être rendus à Pont-à- Mousson le 11, à onae heures du matin, et à s'y présenter aux autorités allemandes avec l'ordre de route qui leur était délivré. Partis de Glaires le 7, dans l'après-midi, ils entraient dans Pont-à-Mousson au jour dit et à l'heure indiquée. Le général envoya un de ses officiers d'ordonnance prévenir le commandant de place allemand de son arrivée et de celle de ses officiers, lui remettre la feuille de route dont il était porteur, et lui demander ses instructions. Le commandant de place prit acte de leur arrivée et leur fit enjoindre de se trouver à la gare du chemin de fer, à deux heures. Un peu avant cette heure, le général, en tenue, se trouvait dans l'intérieur de la gare, qui était gardée extérieurement par une compagnie de Bavarois, les armes chargées. L'insuffisance de wagons ayant retardé le départ du train, le général, après avoir longtemps attendu, estimant qu'il avait largement rempli ses promesses et ayant la conscience d'avoir tenu jusqu'au bout sa parole d'honneur, se glissa inaperçu hors de la gare, revêtit un déguisement et réussit à sortir de Pont-à-Mousson, d'où il put gagner Paris et pénétrer

dans cette dernière ville, au moment où elle allait être investie.

Ordre de mouvement n^ 2. (Extraits.) Au quartier général de Cormontrewl, le 22 août 1870.

L'armée doit se porter en ayant demair doût; les directions à suivre seront ultérieurement indiquées...

Dans ehaque division les voitures marcneiont dans Tordre suivant:

1« Voitures du génie.

29 Batteries de combat.

3« Réserve d'artillerie divisionnaire.

40 Bagages des officiers.

5* Voitures d'ambulances.

6« Voitures de l'administration.

Cet ordre de marcbe devra être rigoureusement suivi

. . . Tout le monde devra concourir à faire serrer les rangs pour la marche conmie pour le combat, empêcher qu'on ne s'écarte des colonnes. Les officiers devront se faire obéir et maintenir la discipline, même par les moyens les plus extrêmes. Le général commandant le !<>' corps les couvre de sa propre responsabilité

Ordre de mouvements «• 3. {Extraits,) Au quartier général de Cormontreuil, 22 août 1870.

. . . L'armée va marcher en avant dans la direction de Montmédy.

Le !«' corps s'établira sur la Suippe, entre Saint-Hilaire-le-Petit et Béthiniville.

La 2« division partira à quatre heures et demie du matin, traversera Taissy, passera la Vesle et le canal à Conroux, etc..

La 1»"® division partira à cinq heures et suivra la même route.

La 3« division partira à six heures, entrera dans Taissy, traversera la Vesle au pont de Taissy, le canal à Saint-Léonard, etc..

La 40 division partira à six heures et demie et suivra la 3».

Deux officiers de l'état-major général conduiront les avant-gardes des 2<* et 3<> divisions. Ces avant-gardes se composeront chacune d'un bataillon, d'infanterie et de la compagnie divisionnaire du génie. ........

Ordre de mouvement n® 4. (Extraits.) Au quartier général de Saint-Hilaire-le-Petit, 23 août 1870.

Le !«' corps continuera demain sa marche en avant. Les positions qu'il occupera sont les villages de Juniville, Bignicourt et Ville-sur-Retourne. Les 3« et 4« divisions et la réserve d'artillerie iront s'établir à Juniville

— ils —

en passant par la NenyiUe. La route à suivre^sera prise entre Pont-Fayerger et Béthinxville. La 4« diyision prendra la tête de la colonne et partira à sept heures. . . .

Les !/• et 2« divisions et le convoi du service administratif iront s'établir à Bignicourt en partant de Saint-Hilaire par Uanviné

Ordi^e de mouvement rf 5. (Eixiraits^.)

Au quartier général à Attigny, 25 août 1870.

La cavalerie partira demain matin à six heures, prendra la route qui conduit à Roche, de Roche à Voncq où elle passera le canal et l'Aisne, et s'établira sur le plateau de Voncq à hauteur de Semuy, entre le canal et le bois de Voncq. Elle enverra un détachement de cavalerie légère en avant de Montgon. Ce détachement se reliera à droite avec le 5^ corps dont le quartier général sera au Chesnei et à gauche avec le 12« dont le quartier général sera à Tourteron.

La 1" division partira également à six heures, traversera le canal et

l'Aisne au village d* Attigny passera par Semuy et s'établira en deçà du

village de Neuville, détachant une brigade sur le plateau entre Kfontgon et Neuville.

La 2® division partira à sept heures, suivra le même chemin et s'établira en arrière de la U^ division parallèlement au canal et en face du plateau de Voncq.

La réserve d'artillerie partira à huit heures, traversera le canal et l'Aisne à Attigny, passera par Giarbogne, Saint-Lambert, etc., et s'établira à droite de la i»"« division.

La 3e division partira à neuf heures, suivra la route qui longe le canal, psCsse à Roche et à Voncq, et s'établira sur le même plateau que la cavalerie.

La 4e division partira à dix heures et suivra la même direction que la 3«.

Ordre de mouvement n» 6. (Extraits.)

Au quartier général de Semuy, 26 août 1870.

Demain le i«' corps se mettra en mouvement, la 4« division en tête ; elle aura un régiment d'avant-garde avec une section d'artillerie, puis viendront: le reste de la division, les batteries de combat suivies des caissons de munitions d'infanterie, l'ambulance divisionnaire réduite à un caisson et aux mulets de cacolet. Le génie, sans outUs ni chariots d'aucune sorte, fermera la marche.

La 3e division suivra la 4e, et absolument dans le même ordre.

La 2e division marchera suivant les mêmes prescriptions.- Entre la 2e division et la l^e marcheront les 6 batteries de combat de la. réserve avec l'ambulanceMe réserve. . . .

Tous les bagages dos officiers sans exception, les voitures de réquisition, le trésor, seront dirigés sur Voncq, dont le c(Aone! de Bellemare a le coDimaDdemcnt supérieur. De là, ces impedimenia^ ainsi que les éelopés qui seront sous la direction d'un officier par corps, seront dirigés sur Montgon où ils reccTront dos ordres uîtériewrs. . . •

Les points de concentration de la première position de combat seront les villages des Quatre-Cliamps, Nerval, Chatflîon. . . .

La ligue de retraite^ en cas d*éebee, est sur le Clie^iic et (k là sur Mézières

Extrait des notes du colonel Robert^ chef d^ état-major

général du i^ corps d^ armée:

* Quelques in-

Dès le 30 au soir, après le départ de, TEmpereiir, cidents de la Tordre avait éti^ donné au chef de la gare de Carignan ^^^^® f^ ^o et de faire diriger pendant la nuit sur Sedan les muni- ^^^^ journée tions et les approvisionnements de vivres qui avaient été concentrés sur ce point en vue du mouvement projeté de l'armée dans la direction de ^lontmédy. Les munitions purent être expédiées dans la nuit et arrivèrent à Sedan. Quant aux autres approvisionnements, il y eut impossibilité de les mettre en route, parce qu'au moment où ce transport pouvait commencer après celui des munitions de guerre, le chef de gare fut averti que la voie se trouvait interceptée par l'ennemi à Pontmangy, à trois kilomètres environ de Sedan.

Au moment où, vers huit heures du matin, le 31 août, te 1^' corps acheva de quitter Carignan, conformément à l'avis envoyé par le général Ducrot au maréchal^ le chef d'état-major se ren<}it à la gare du chemin de fer pour s'enquérir de Tétat des choses, et, d'après les instructions du général commandant le 1*' corps, il requit par écritje chef de gare de dé-

truiré par tous les moyens possibles, afin d'empêcher l'ennemi de s'en servir, la voie ferrée, les moyens de transport et les approvisionnements qui se trouvaient dans cette gare ou à proidmité. Une compagnie d'infanterie de service sur ce point reçut du chef d'étatmajor l'ordre de concourir à cette opération, dont l'exécution fut sur-le-champ commencée et fut poursuivie jusqu'au moment de l'arrivée des têtes de co^ lonne prussiennes.

L'ordre avait été donné au génie du corps d'armée de faire sauter le pont de Blangy, à un kilomètre en amont de Carignan, et même le pont de Carignan (sur le Chiers) ; mais cette opération ne put être exécutée : la poudre nécessaire manquait.

Les payeurs du corps d'armée avaient été également invités à se retirer sur Sedan ; ils y arrivèrent sans encombre dans la nuit du 30 au 31

Soirée du 31, Le 31, vers quatre heures de l'après-midi, le général Ducrot, en marche avec ses troupes sur lUy, suivant l'avis envoyé le matin au maréchal, se trouvait de sa personne entre Villers-Cernay et Givonne, lorsqu'il reçut du maréchal commandant en chef, par l'intermédiaire du lieutenant-colonel Broyé, aide de camp du maréchal, l'ordre écrit de ne pas continuer sa marche sur lUy, de se rabattre au contraire vers Sedan, en allant prendre position entre Balan et Bazeïlles, et d'envoyer au surplus son chef d'état-major pour recevoir des instructions au sujet de l'emplacement à occuper.

A la suite d'une première reconnaissance rapide du terrain, et des positions déjà occupées par les 1" et 3* divisions faite en compagnie du lieutenant-colonel Broyé, le colonel Robert se rendit chez le maréchal

commandant en chef où il reçut de nouvelles instructions; elles furent très-sommaires, le maréchal étant fort occupé et elles ne continrent aucun avis au sujet de la probabilité d'une bataille pour le lendemain.

Mais le général Lebrun étant survenu sur ces entrefaites, compléta'par des indications plus détaillées les renseignements nécessaires au chef d'état-major. Il résulta de cette conférence et des indications reçues auparavant du lieutenant-colonel Broyé, que ce ne fut pas entre Balan et Bazeilles que le 1" corps dut s'établir; Balan, Bazeilles et tout le terrain avoisinant étaient fortement occupés par le 12* corps qui s'étendait même au Nord jusqu'à la hauteur de la Moncelle. Les positions à prendre pour le 1*' corps se trouvaient tout naturellement et très-positivement indiquées sur les hauteurs à l'Ouest de Daigny, et de Givonne afin de se relier par la droite au 12* corps, et par la gauche au T corps qui, d'après les renseignements donnés par le général Lebrun, formait la gauche de l'armée et prenait son bivouac aux environs de Floing entre ce village et Sedan, en s'étendant dans la disection d'IUy. Quant au 5* corps, le général Lebrun indiqua qu'il se trouvait déjà établi en réserve sous les murs de Sedan.

Nos 2* et 4* divisions n'arrivèrent qu'à la nuit tombante; elles furent établies à leur arrivée dans les emplacements qu'elles devaient occuper, la 2* division à gauche de la route de Bouillon, vis-à-vis de Villers- Cernay, la 4* à droite de cette même route au-dessus de Daigny. La cavalerie, qui avait d'abord envahi ces emplacements, prit son bivouac en arrière dans des plis de terrain. Nos 1" et 3* divisions arrivées et établies au bivouac dans la journée même, demeurèrent

sur les hauteurs vallonées qai dominent le village de GÎYonne, à l'Est du bois de la Gar^^ine.

Âinsi^ l'armée du maréchal se trouvait, lorsqu'elle fut définitivement établie dans la soirée du 31, placée sur un grand demi-cercle autour de Sedan, sur la rive droite de la Meuse {Aont la rive gauche n'était point occupée par nous et demeurait complètement libre pour l'ennemi). Sedan devenait alors une sorte de réduit central, vers lequel devaient converger instinctivement dans la journée du lendemain tous ceux qui, pour une cause ou pour une autre, quitteraient le champ de bataille; la disposition de cette place, par rapport aux positions de nos quatre corps, était telle que son canon ne pouvait être utilisé. Il en eût été autrement, si au lieu de constituer ainsi un réduit central, cette place eût simplement servi de point d'appui à une des ailes de l'armée, et d'obstacle temporaire à la marche de l'ennemi ; mais il eût fallu que la place fût, par avance^ mise sérieusement en état de défense* On dit qu'elle avait 168 bouches à-feu sur ses remparts et que Ton eût pu disposer de 30 coups par pièce; mais les dispositions de combat étaient loin d'être complètes dans l'armfânent

Le 31 au soir, le général Lhériller fit connaître au général Ducrot qu'il n'avait pas avec lui ses batteries; elles s'étaient trouvées séparées de la 3' division, soit dans la soirée du 30 au 31, soit dans la matinée de ce dernier jour. On a sa plus tard que ces batteries purent gagner Mézières et de là rentrer à Lyon avec leur matériel; mais les circonstances ne leur permirent point de rejoindre leur division, ni de prendre part au- combat. lien fut de même d'une batterie à cheval de la réserve qui avait été, quelques jiours

auparavant, mise à la dîsposiiioia de la division de cavalerie.

Lorsque le matin, vers hml heures et demie, le Matinée du général Ducrot reçut du maréchal blessé, ^'il ne **' septembre, vit poiût d'ailleurs, l'ordre de .prendre le commuai- <^<>^^*^^^;

^ ' ' ment du géne-

dement en chef, le nouveau commandant de l'armée rai Ducrot. eut aussitôt la pensée de reprendre en partie, autant que cela pouvait se faire alors,, Les dispositions qu'il avait projetées la veille, en portant le 1" et le 12' corps, par un mouvemeiit en arrière, vers les hauteurs ,

d'Iliy (m.oavement que le 5' corps eût suivi en courtournant lesgiacis de Sedan, pour se rallier au T corps, ou qu'il eût soutenu en se jetant dans la place pour en assurer la défense); il fut un moment arrêté dans l'exécution de ce plan par quelques objections de son chef -d'état-major, puis, par des observations semblables du général Lebrun. Le 12" corps, en effet, tenait en ce moment très-énergiquement tête à l'ennemi, à Bazeilles; le combat, de ce côté, paraissait pouvoir permettre de conserver nos positions ; on pouvait supposer, à la rigueur, ■qu'un effort énergique du 1" corps dans la direction de l'Est, par Givonne, Daigny et la Moncelle, nous ouvrirait de nouveau la route de Carignan et permettrait de revenir au projet de marche vers Montmédy, abandonné après la défaite du 5* corps à Beaumont -et.à Mouzon. La retraite éventuelle dans la direction de Mézières, par les bois qui avoisinent la frontière de Belgique et la rive droite de la Meuse, ne paraissait pas d'ailleurs absolument compromise dès ce moment, et le général Lebrun faisait remarquer combien il était à craindre, avec nos troupes, de voir dégénérer eu fuite un mouvement de retraite ordonné aux combattants de notre aile droite.

Mais, après- de nouvelles réflexions, le général Ducrot se décida à commander sans retard ce mouvement, dans la conviction où il était que l'ennemi, maître du terrain autour de Sedan, au Sud, à l'Est et à rOuest, profiterait de sa grande supériorité numérique pour nous envelopper par un double mouvement tournant vers le Nord de manière à fermer surtout la direction de Mézières et à ne nous laisser tout au plus que la route de Bouillon pour nous jeter forcément en Belgique. Dans cette hypothèse (qui ne fut que trop justifiée), il lui parut absolument indispensable d'aller occuper Illy le plus tôt et le plus fortement qu'il serait possible, afin de pouvoir arrêter sur ce point et en se portant ensuite vers Saint-Menges et Fleigneux, conformément au plan projeté dès la veille, le mouvement tournant qui évidemment devait être tenté par les forces ennemies maîtresses de Donchery. Cette disposition offrait le grand avantage de réunir pour un même effort, vers le point de convergence de ce mouvement, le T et le 1*' corps. Quant au 12* corps, il pouvait en opérant sa retraite par les hauteurs entre Sedan et Givonne, forcer l'ennemi qui le poursuivrait à défiler sous le canon de la place; les ondulations du terrain lui permettaient, dans cette direction, de prendre successivement de bonnes positions défensives, y compris celles du bois de la Garenne et du calvaire d'Illy; il devait d'ailleurs être soutenu au besoin dans ce mouvement en arrière (préparé sous la forme d'une retraite en échelons) par les parties du 1*' corps qui seraient arrivées avant lui à la hauteur d'Illy et de Fleigneux, puisque très-certainement, à cette heure encore matinale, la majeure partie du 1*' corps aurait marché vers les positions d'Illy, sans coup férir, en n'engageant sérieusement que la 4® division qui luttait déjà

en avant de Daigny contre une des divisions du ^ corps saxon.

Le général Lebrun se rendit bientôt aux observations du général Ducrot et ne tarda pas à commencer l'exécution du mouvement dont le nouveau commandant en chef lui démontrait l'opportunité. Des renseignements envoyés par le maire d'une des communes situées au Nord-Est de Sedan faisaient d'ailleurs connaître que des colonnes ennemies se montraient de ce côté.

Toutes les dispositions nécessaires furent prises alors, et le mouvement vers lUy commença : le chef d'état-major, après avoir envoyé des avis aux 1'% 3* et 4' divisions et porté lui-même des instructions à la 2* division pour commencer le mouvement par brigade^ se disposait, après avoir pris les ordres du général Ducrot, à aller prévenir l'Empereur, pendant que d'autres officiers allaient avertir les 5' et 7* corps, lorsque M. le général de Wimpffen prit à son tour le commandement en chef, arrêta le mouvement de retraite du général Lebrun et ordonna de tenir partout les positions de combat prises le matin. Le billet au crayon adressé à ce sujet par le général de Wimpffen au général Ducrot semblait indiquer une grande confiance dans le résultat de la journée.

Le général Lhériller (3** division) n'avait plus Kn de la qu'une de ses brigades sous la main, sa première journée du brigade (général Carteret-Trécourt) ayant été, dès six **' septembre, heures et demie du matin, envoyée comme troupe de soutien au 12* corps, sur la demande du général Lebrun. II n'avait pas non plus son artillerie, ainsi qu'il a été dit plus haut.

Il avait reçu directement du chef é^état-major l'ordre de se mettre en route avec la brigade qui lui restait, à la suite de la 2° division (général Pelléj, pour aller prendre position à l'Ouest du bois de la Garenne.

La général Pelle avait lui-même laissé sa !'• brigade en position sur la crête au dessus du vallon de Givonne, près la grande route, conformément à des ordres reçus au moment où le général de Wimpflfen avait arrêté le mouvement général vers lUy.

Ce fut vers une heure et demie que le général Pellé avec la brigade Gandil fut conduit par le chef d'étatmajor du 1*' corps à l'Ouest du bois de la Garenne, et établi à la droite desl)atteries de la réserve, laissant un certain intervalle entre sa troupe et ces batteries. Ces dernières combattaient alors avec une grande énergie, mais aussi avec des pertes considérables, contre les troupes ennemies qui repoussaient le 7* corps et le rejetaient vers Sedan. L'infanterie du général Pellé prit alors une part très-active au combat.

2 heures. Mais la S'' division n'arrivait pas, bien qu'elle eût dû suivre la 2" dans son périlleux chemin ; le chef d'état-major retourna à sa recherche en prenant la route qu'elle aurait dû suivre, et, ne la rencontrant point, poussa ses recherches jusqu'à l'emplacement qu'elle occupait au moment où l'ordre de marcher lai avait été donné. Cette troupe fut introuvable; elle avait été dispersée sans doute pendant sa marche» sous ie coup de quelque panique, et entraînée dans le mouvement d'un certain nombre de fuyards appartenant soit aux corps de la 1'* division, soit à la cavalerie, 6oit à une des brigades du 7* corps, qui s'était depuis quelque temps déjà réfugiée en partie dans la portion sud du bois de la Garenne

Le colonel Robert revenait vers l'extrême gauche de la position pour y retrouver le général Ducrot, lorsqu'il rencontra un officier de rétat-major du général de Wimpfifen, à la recherche du T corps et portant au général Douay un billet au crayon contenant (à peu près) ceci : <r Je vois que l'ennemi l'em- * porte sur nous; je réunis les troupes que je trouve

> sous ma main pour tenter une trouée dans la 1» direction de Carignan ; appuyez ce mouvement, si

> vous pouvez. » Le colonel demanda à cet officier s'il avait un ordre semblable pour le général Ducrot; la réponse fat négative.

Le chef d'état-major retrouva le général Ducrot sur la crête, à TOuest du bois de la Garenne, en face d'Iily^ au moment où les batteries de réserve étaient complètement démontées et la brigade Gandil repliée en retraite vers le bois de la Garenne. Les charges de cavalerie ordonnées par le général Ducrot étaient repoussées avec des pertes très-importantes. Les débris du T corps revenaient vers Sedan en une masse confuse et il ne restait plus en ce moment au général commandant le 1*' corps aucune troupe sous la main ; le chef detat-major lui fit part de l'avis que le. général de Wimpffen avait envoyé au général Douay, mais il était alors impossible au général Ducrot de rien faire dans le sens de cet ordre, en admettant qu'il dût s'appliquer au 1* corps oomme au 7® (ce qui paraissait probable, sans être absolument certain). A vrai dire, ni le T corps, ni le 1", n'avaient en ce moment aucune troupe capable de se mettre en ordre pour marcher dans la direction indiquée, direction entièrement opposée d'ailleurs àcelle vers laquelle ces corps se trouvaient refoulés. Un grand nombre de fuyards étaient rentrés dans la place, dont les abords

3 heures.

— lasse trouvaient encombrés de voitures et de chevaux.

3 heures :et Le général Ducrot se rencontra avec le général "^'- Douay vers la partie du rempart qui borde la cita-

délie. Le drapeau blanc avait paru un moment ; mais soit qu'il eût été abaissé, soit pour toute autre cause, on cessa de le voir. Les deux officiers généraux mirent pied à terre pour tenir conseil; avec eux se trouvaient là réunis (sauf erreur) les généraux Forgeot, Joly-Frigola, d'Outrelaine et deux ou trois autres généraux ou chefs d'état-major. On sut que le général Dejean visitait la citadelle au pied de laquelle on était.

Appuyer en ce moment le général de Wimpflfen était absolument impossible; le mouvement de retour offensif vers Carignan qu'il avaitannoncé devoir tenter devait être alors certainement arrêté par l'ennemi ; et d'ailleurs, pour se joindre à ce mouvement, ou seulement pour l'appuyer, il eût fallu avoir quelques troupes; or, toutes les troupes du 1*" corps étaient alors ou dispersées, ou séparées par l'ennemi du point sur lequel se trouvait le général Ducrot, puisque les derniers efforts de ce général pour soutenir le 7' corps et retarder la perte de la bataille avaient eu lieu au Nord-Ouest de Sedan, à l'extrême gauche de la position, tandis que le retour offensif essayé par le général de Wimpffen devait avoir lieu à T extrême droite, c'est-à-dire au Sud-Est, dans la direction de Carignan.

Au surplus, les généraux, après avoir constaté l'impossibilité absolue d'une nouvelle tentative sérieuse de retour à l'ennemi, crurent nécessaire d'entrer dans la place pour recueillir les renseignements que l'on pouvait avoir sur ce qui se passait du côté du Sud-Est, et

sur le secours que pouvait fournir le canon de la place* Le bruit de l'arrivée d'un corps de l'armée du maréchal Bazaine s'était répandu. (On sut depuis que ce bruit avait été propagé, à dessein sans doute, pour stimuler les troupes dans le retour offensif qu'on devait entreprendre.) Enfin il était nécessaire d'examiner quelles nouvelles chances de défense pouvait présenter la place de Sedan, quelles dispositions d'ordre pouvaient y être prises pour réunir et réorganiser les troupes qui s'y étaient réfugiées et les préparer s'il se pouvait à une nouvelle lutte. Il fallait aussi avoir l'explication de ce drapeau blanc qu'on avait vu flotter un instant sur l'un des bastions de la citadelle. •

Les généraux pénétrèrent dans la place par une poterne qui se trouvait déjà encombrée de blessés. Le général Ducrot ayant rencontré là M. le général Dejean, commandant en chef du génie, conféra avec lui sur les dispositions de défense organisées aux remparts et dut constater que ces dispositions étaient fort incomplètes.

Ce ne fut, paraît-il, qu'après s'être rendu compte de l'état de grande confusion qui régnait dans la place que les généraux Douay et Ducrot se rendirent à la souspréfecture pour avoir des renseignements s'il était possible, et conférer de la situation avec l'Empereur.

Le colonel Robert. était resté hors de la citadelle

et était remonté à cheval avec ses officiers, mais, après un certain temps, ne recevant pas d'ordres, il se décida à entrer dans la place à la recherche du général Ducrot, et arriva de proche en proche jusqu'à la sous-préfecture. Bientôt le général Du-

crot sortant du salon de l'Empereur, lui remit une pièce qu'il venait d'écrire sous la dictée de Sa Majesté, et l'invita à aller la faire signer par le général Faure. Cette pièce annonçait qu'un armistice était demandé, que le drapeau parlementaire était arboré et en conséquence, elle prescrivait de suspendre partout le combat. Le général Ducrot avait refusé à l'Empereur de signer cette pièce, et on s'était arrêté à ^idé^ de la faire signer par le che^ d'état-major général de l'armée. Le colonel Robert reçut l'ordre de trouver de général Faure, de lui expliquer comment cette pièce était rédigée par l'Empereur lui-même, et une fois que le général Faure l'aurait signée, de faire en sorte que les termes en fussent notifiés partout aux troupes 'à l'extérieur de la place et sur les remparts de manière à faire cesser le combat. Le drapeau blanc, signe de l'armistice, devait en même temps être arboré partout où cela serait possible, et notamment à la citadelle. Le général Faure, trouvé dans l'enceinte de la citadelle par le colonel Robert, se refusa énergiquement à signer la pièce en question, et lui dit : a: Je viens de faire abattre le drapeau blanc; ce n'est pas moi

qui le ferai relever i>

Ces deux officiers rentrèrent alors ensemble dans Sedan pour y recevoir de nouvelles instructions.

L'ordre de hisser fe drapeau blanc et de faire cesser partout le combat fut plus tard remis au général Lebrun, qui, de son côté, était rentré dans la place et avait été mandé par l'Empereur. Le drapeau parlementaire fut de nouveau hissé sur les remparts, et le combat déjà à peu près terminé partout cessa définitivement L'artillerie de la place avai

à la fin pris quelque part à la lutte en dirigeant son tir vers les forces ennemies, maîtresses du terrain au Nord et au Nord-Est.

Ainsi, en résumé, l'Empereur averti des succès irrésistibles de l'ennemi qui avait eu pour lui l'avantage du terrain et du nombre, connaissant la fuite des troupes vers Sedan , l'impuissance probable des défenses de cette place, et enfin toutes les circonstances qui transformaient cette journée après dix' heures au moins de lutte en un immense désastre, l'Empereur, paraît avoir eu dès trois heures du soir l'idée de faire cesser le combat pour éviter à l'armée des pertes désormais inutiles. Il voulait proposer un armistice, se livrer de sa personne au roi de Prusse et tâcher sans doute d'obtenir par là des conditions plus acceptables pour l'éventualité d'un traité de paix.

L'arrivée auprès de lui des généraux Douay et Ducrot put bien le confirmer dans ses résolutions, mais ^Ue ne les avait pas précédées. L'initiative de l'idée d'un armistice qui arrêtait l'effusion du sang et sauvait de la destruction la ville de Sedan, mais à la suite duquel devait être fatalement posée la questioai navrante de la capitulation , paraît avoir appartenu toute entière à l'Empereur.

De l'ensemble des faits qui se sont produits dans les journées du 31 août et du 1*' septembre, il semble très-rationnel de conclure :

l"" Que le mouvement projeté par le général Ducrot le 31, en vue de prendre sur les hauteurs d'IUy la position de bivouac et de combat du 1" corps, changeait du tout au tout les données de la bataille du lendemain, et, sans garantir une journée heureuse pour nos armes, assurait cependant à l'armée et à l'Empereur une ligne de retraite vers Mézières ;

2" Qu'en revenant le l" septembre au matin, dès qu'il eut le commandement en chef, à son idée de la veille, le général Ducrot avait encore de grandes chances de faire une retraite honorable avec quelques retours offensifs, qui auraient fait payer cher à l'armée allemande la prise inévitable de la place de Sedan ;

3** Qu'en arrêtant le mouvement de retraité, dont il s'agit, on forçait l'armée à combattre sur place contre des forces trois fois supérieures, en faisant face de trois côtés à la fois, et en recevant des projectiles partis des quatre points de l'horizon, et qu'on se laissait fermer toute ligne de retraite extérieure, en même temps qu'on attirait, par la force des choses, vers ce qu'on a justement appelé la souricière de Sedan, tout ce qui, depuis le matin jusqu'au soir devait, plus ou moins à propos, quitter le champ de bataille;

4*> Que le retour offensif projeté et commencé bravement, mais vainement, par le commandant en chef à la fin de la journée du 1*' septembre, dans la direction de Carignan, n'avait aucune chance de succès, et que, dans tous les cas, ce mouvement, au moment où l'avis en est parvenu aux généraux Douay et Ducrot, ne pouvait plus être appuyé par aucune troupe à la disposition de ces officiers généraux.

Extrait des notes remises au chef d' état-major par le capitaine d'artillerie Achard^ attaché à Vétatmajor du i^^ corps.

Il s'agit de franchir la Meuse à Remilly et de se

porter ensuite sur Carignan. Le 1*' corps s'ébranle de bon matin.

Les batteries de combat marchent avec les troupes d'infanterie, une partie est à Favant-garde.

Après une attente ' assez longue à Remilly, pour permettre l'établissement d'un pont improvisé, car nous n'avons pas d'équipage de pont, les troupes commencent cette longue opération, protégées par la 3* division, qui occupe les hauteurs environnantes et surveille les approches. L'infanterie passe sur le pont mixte de chevalets et de bateaux construit par le génie ; l'artillerie, la cavalerie et les bagages passent sur un bac qui a été suffisament réparé.

Les trois divisions d'infanterie ayant franchi la rivière, vers trois heures, ainsi qu'une partie considérable de l'artillerie de combat, le général Ducrot et son état-major quittent Remilly et se portent, avec la tête de colonne, sur Douzy et Carignan. Je demeure aux ponts avec la mission de surveiller le passage du convoi, des réserves d'artillerie, du parc et des bagages. Cette longue file s'écoule en effet de plus en plus lentement ; le bac se fatigue, on ne peut passer qu'avec précaution. Cependant, à la nuit tombante, l'opération est terminée ; elle a été laborieuse.

Avant de partir, je prends les ordres du général commandant la division d'arrière-garde (3* division) ; il me charge de rendre compte au général Ducrot de ce qu'il a pu observer dans l'après-midi. En elfet, un combat s'est livré, se livre plutôt, à Mouzon, %t vers le soir divers indices nous montrent qu'il a dû être malheureux pour nos armes. Des chevaux démontés fuient à toute bride à travers champs et prairies ; quelques-uns viennent même se précipiter dans la Meuse ; ils sèment ainsi quelque désordre dans les

dernières voitures de notre convoi, dont une partie a suivi la route du petit Remilly et a pu entendre la canonnade du champ de bataille.

Vers sept heures, arrivent enfin à Remilly la division Dumesnil, du 7' corps, et la 2* division de la réserve générale de cavalerie (division Bonnemain). Ces troupes occupent les positions de notre division d'arrière-garde, qui franchit enfin la rivière.

En traversant la vallée comprise entre le Chiers et la Meuse, nous apercevons une partie du champ de bataille de Mouzon ; nous voyons le feu de la canonnade sans entendre les détonations. Scène lugubre et qui produit en nous un serrement de cœur.

A Douzy, grand encombrement d'artillerie^ de cavalerie et d'infanterie. Il nous faut en effet croiser la route de Mouzon, et elle est envahie par l^s bagages du 5" corps, qui arrivent en désordre dans leur mouvement de retraite précipité.

Le général commandant la 2* division du 1*" corps cherche à rétablir un peu d'ordre dans ce fouillis inextricable ; il me facilite le passage d'une partie des voitures que j'accompagne et que je dirige sur Carignan par la rive gauche du Chiers. Celles qui m'ont précédé ont passé le pont de Douzy et se sont engagées sur la grande route de Sedan à Carignan, qui est devenue littéralement impraticable. Nous franchissons le Chiers à Tétaigne,pour venir joindre la grande route sus-nommée.

Mais déjà un mouvement de contre-marche s'était opéré sur cette route ; une partie des voitures, canons fourgons se dirigeait sur Sedan, tandis que l'autre continuait sur Carignan. Inquiet de ce mouvement désordonné et en ignorant les causes, j'abandoime à leurs chefs directs les voitures que j'avais accompci-

sitions occu pées à Garignan.

gnées depuis Remîlly, et qui, du reste, ne pouvaient plus avancer, prises comme dans un lacet par ce double courant; et je cours à toute bride à Carignan, où je rends compte de tout ce que j'avais vu au général Ducrot, que je trouve en conférence avec l'Empereur; j'apprends en même temps que l'ordre est donné de se masser autour de Sedan, où nous attendrons probablement le choc de l'ennemi. Il était alors environ onze heures du soir.-

Le 31 au matin, les 1" et 4* divisions du l'" corps 3i mût. Poprenaient leurs positions de bataille sur les hauteurs qui dominent Carignan, en prévision de l'apparition probable de l'aile droite de l'ennemi, sous les ordres Marche de du prince royal de Saxe. carignan s*ir

Sedan.

Vers huit heures, l'ennemi n'étant pas signalé, ces troupes se replient en conservant leur ordre de bataille et accentuant leur mouvement sur Sedan. Nous suivons la ligne des premières hauteurs qui dominent la grande route au Nord. Cette route est encombrée de voitures de toute sorte. Des batteries ennemies, établies sur les hauteurs de Remilly et de Mairy, lancent des profusions d'obus sur ces longues files de bagages à une distance comprise entre trois et quatre kilomètres.

Parvenu à Villers-Cernay, le général Ducrot envoie en avant son chef d'état-major pour reconnaître le campement que nous devons occuper et prendre les ordres du maréchal. J'accompagne le colonel Robert pour le seconder et m'occuper en particulier de la réserve d'artillerie du corps d'armée. Nous arrivons sans encombre jusqu'à Givonne ; mais là, nous nous heurtons à un de ces encombrements de voitures trop fréquents pour n'avoir pas pour cause quelque vice fondamental d'organisation de nos convois. Ce n'est

qu'avec la plus grande peine du monde que nous parvenons à gagner le plateau de Givonne, où ont déjà pris position les deux divisions de notre corps d'armée qui, la veille, se sont arrêtées à Douzy. La 3" division se trouve séparée de son artillerie, ce qui ne laisse pas que d'inquiéter legénéral Lhériller, qui la commande.

Après avoir pris connaissance du terrain que doivent occuper les troupes et avoir trouvé un chemin qui , quoique difficile et escarpé , offre l'immense avantage d'être libre, je retourne au-devant de la colonne pour la guider par ce chemin et la conduire à son camp. Pendant le même temps, le colonel Robert se rend à la hâte à Sedan, au grand quartier général, pour prendre connaissance des ordres qui nous concernent et venir les transmettre au général Ducrot, dont l'intention avait été de se porter le soir même sur lUy, Floing et Saint-Menges, positions importantes à garder. Le maréchal ordonne de se concentrer sur le plateau de Givonne, entre le T et le 12* corps. L'armée occupe ainsi une ligne semi- circulaire dont une des extrémités s'appuie à Sedan (la droite), et l'autre à une ligne de hauteurs dominant la Meuse vers Floing^

Les troupes bivouaquèrent le 31 ; elles étaient harassées de fatigue, et les derniers détachements n'arrivèrent que vers onze heures du soir à leur destination Il fut impossible de songer à une distribution quelconque de vivres pour la plupart d'entre eux. 1" septem- L'actiou s'eugage aux premières lueurs du jour par

bre . BataiUe Une vive fusiUado sur le front du 12* corps, qui a de-

de Sedan. y^^t juî j^g troupes bavaroises.

Le 1®' corps est disposé de manière à couvrir Givonne et le ravin qui descend de ce village vers Dai-

gny, la Moncelle et Bazeilles. Une brigade de la 3* division est envoyée en renfort au 12' corps, et la moitié de la 4* division prend position vers Daigny à six heures et demie.

Le général Ducrot dispose plusieurs batteries de 4f, de 12 et de canons à balles (mitrailleuses), de manière à balayer les hauteurs à l'Est de Givonne et la route de Villers-Cernay ; mais la distance est déjà bien grande pour la portée de nos pièces. Cette opération terminée, nous attendons.

Vers sept heures et demie un billet du maire de Villers-Cernay est apporté au général; il annonce l'arrivée par cette route de forces ennemies considérables. C'est la garde prussienne et les troupes du prince de Saxe ; l'attention est vivement éveillée de ce côté. Cependant ces troupes exécutent leur mouvement en dehors de nos moyens d'action et mettent à profit les nombreux fourrés dont la contrée est couverte. Quelques troupes d'infanterie sont cependant aperçues vers huit heures, débouchant d'un bois situé à l'Est de Givonne et non loin de la route de Villers-Cernay. Nos canons à balles envoient quelques volées de mitraille dans cette direction et dispersent instantanément ces troupes. Et cependant le feu de ces pièces n'est pas très- bien dirigé ; chacune d'elle fait feu pour son compte et avec une trop grande précipitation.

En ce moment on vient annoncer au général Ducrot que 1q maréchal est blessé, et qu'il est, lui, désigné pour prendre le commandement de l'armée. Il ordonne immédiatement un mouvement de retraite de l'aile droite afin de déjouer les projets de l'ennemi, qui consistent, pense-t-il avec raison, à nous occuper sur notre droite, tandis que des forces considérables,

longeant la frontière belge, tournent notre position au Nord et cherchent à nous envelopper.

Ce mouvement avait déjà reçu un commencement d'exécution lorsque le général de Wimpffen réclama le commandement en exhibant un pli ministériel qui l'investissait éventuellement de cette charge, et son premier soin fut d'arrêter le mouvement de retraite précédemment ordonné. Dès lors nous tombions en plein dans le piège que nous tendait l'ennemi. Mais que de fatalités s'attachaient à nous comme pour assurer notre perte 1 1

En effet, vers 11 heures nous étions assaillis par un feu violent d'artillerie venant des hauteurs de Floiog et un peu plus tard de Fleigneux et d'Illy. Le T corps se trouvait aux prises avec les têtes de colonne du prince royal de Prusse débouchant de Saint-Menges et Floing après avoir passé tranquillement la Meuse dans la nuit au pont de Donchery. Ce pont, par suite d'une circonstance inexpliquée, n avait pas été détruit.

Cette audacieuse manœuvre de l'ennemi, si impor-^ tante pour lui, s'était accomplie en quelque sorte sous le canon de la place de Sedan, sans que la moindre tentative eût été faite pour l'empêcher ou le retarder. Nous devions payer bien cher cette faute.

Toutes les troupes disponibles du 1" corps d'armée furent alors amenées au secours du 7* corps. La réserve d'artillerie vint s'établir en face d'une batterie ennemie d'une cinquantaine de canons qui étaient déjà en position depuis longtemps et dont le tir était parfaitement réglé. Cette situation si désavantageuse à notre artillerie était encore aggravée par lasupériorité numérique des pièces ennemies, et le degré plus grand de justesse. Aussi les premières batteries fran-

çaises en position furent-elles balayées et littéralement pulvérisées en quelques minutes. Elles furent immédiatement remplacées, et cette fois la résistance fut terrible. L'héroïsme déployé dans cette circonstance par l'artillerie, sûre d'avance d'être écrasée, est bien au dessus de tout ce que nous pourrions exprimer. E]lle eut, du reste, la consolation d'arrêter pendant un certain temps l'élan de l'ennemi et de permettre à nos troupes de cavalerie et d'infanterie de préparer une dernière tentative (tentative désespérée pour briser le cercle de fer et de feu qui nous étreignait), en attirant sur elle les efforts de l'ennemi pendant un temps que nous pouvons évaluer à une demiheure environ.

Hélas! ce mouvement devait échouer; mais l'artillerie put se dire qu'elle avait fait tout ce qu'il fallait pour en faciliter la réussite.

En effet, pendant ce combat glorieux de notre artillerie, le général Ducrot rassemblait la cavalerie et l'infanterie qui lui restaient sous la main, et tentait, par un appel énergique et suprême aux sentiments d'honneur et de devoir, de faire passer dans l'âme de ses troupes la mâle et courageuse résolution dont il était lui-même aninjé. La cavalerie répondit noblement à cet appel et fournit une charge des plus brillantes mais qui vint se briser contre une nouvelle pluie de feu qui eut bientôt entassé pêle-mêle chevaux et cavaliers. L'infanterie, hélas! était accablée ; tout ressort en elle était brisé : depuis le matin elle avait supporté une canonnade ininterrompue qui l'avait désorientée d'abord,- puis démoralisée. Elle reste sourde à la voix de ses chefs. Par trois fois le général Ducrot et son état-major se mirent à sa tête pour la ramener au feu; ils obtinrent d'elle l'obéis*

sance, mais ce fut tout. Chaque fois qu'ils durent porter leurs soins ailleurs, elle n'écouta plus ses officiers et lâcha pied.

Les derniers événements que nous venons de raconter se passaient vers trois heures environ. Les derniers éléments de notre résistance venaient de se briser entre nos mains.

Le cercle de feu qui nous étreignait, se rétrécissait et s'épaississait de plus en plus. L'armée du Prince royal avait donné la main vers Illy à celle du prince de Saxe. Bientôt toute l'armée française, dans la plus affreuse déroute, fut refoulée sous les murs de Sedan, où le drapeau blanc avait été arboré vers trois heures. On se battait encore à l'aile droite pourtant, mais là même lespoir.iiu succès avait disparu. Tout se précipita pêle-mêle dans la place, et cette nuit offrit un spectacle que n'oublieront jamais ceux qui ont eu le malheur de le voir.

Extrait des souvenirs du commandant Faverot

de Kerhrech.

. . . Je suis envoyé à la cavalerie dont les divisions n'ayant pas un commandant en chef n'étaient pas réunies. Je ne trouve que celles des généraux Margueritte et de Fénelon. Je les amène, et le général Ducrot les forme sur la gauche en leur disant d'attendre. Je cours dire à l'artillerie de réserve de se hâter. Mais le terrain lourd, sablonneux, l'empêche d'avancer plus rapidement.

Je rejoins le général Ducrot dans le ravin qui borde le plateau. Ce ravin était alors inondé de la plus formidable pluie de projectiles qu'il ait jamais, au dire de quelques vieux soldats qui nous entouraient, été donné de voir tomber en un même endroit d'une ba-

taille. Les obus venaient de tous les points de Vhorizon et s^y réunissaient pour écraser nos malheureuses troupes. Les pièces que nous établissons à la gauche du bois en avant de nous sont démontées aussitôt, les chevaux, les servants à peine en position, sont tués ou hors de combat ; le général Ducrot fait venir successivement tout ce qu'on a pu réunir d'artillerie et place lui-même les batteries dont bien peu d'hommes restent debout.

Alors il va trouver les chasseurs d'Afrique et ordonne au général Galiffet de charger. Ces braves régiments s'élancent avec un entrain magnifique, mais leur effort vient se briser contres les masses ennemies. Décimés, ils se reforment à nos côtés.

Enfin nous apercevons la division Pelle. Nous l'amenons en avant de la cavalerie et aussitôt le général Ducfot m'envoie porter au général de Galiffet l'ordre de charger une seconde fois ; il espère ainsi, pendant que l'ouragan équestre passera, entraîner l'infanterie à la baïonnette et peut-être culbuter l'ennemi. Nous mettons tous l'épée à la main.

Le général de Galiffet, superbe de sang-iroid, me répond qu'il ne peut agir à l'endroit où il se trouve ; qu'en arrivant à demi-portée des Prussiens il sera arrêté par un obstacle infranchissable et il me mène au galop reconnaître l'exactitude de son dire. Je retourne ventre-à-terre en informer le général Ducrot qui vient alors à son tour, reporte vers leur droite les chasseurs d'Afrique de la division Margueritte, et les lance à la charge

Instant solennel, spectacle émouvant et sublime qui restera éternellement gravé dans la mémoire de ceux qui ont eu l'honneur de voir ces héroïques régiments, guidés par leur jeune et brillant général,

courir à la mort avec la furie de nos pères. On eût dit l'enthousiasme d'un jour de victoire 1

Pendant que passe la charge, le général Ducrot se place l'épée haute, avec son état-major, devant l'infanterie et s'écrie : « En avant, en avant, mes enfants!.... A la baïonnette !... > Mais hélas ! le feu est si meurtrier et le moral si affaissé par les pertes de la journée que bien peu d'hommes le suivent

A ce moment reviennent les rares et glorieux débris de la brigade Galiffet. Ils se groupent auprès du général Ducrot dont la tentative pour marcher en avant a été infructueuse. Nos pièces ne tirent plus. Les troupes se débandent et nous nous trouvons bientôt sans soldats sur ce douloureux champ de bataille. Tout fond autour de nous

Souvenirs du colonel d'Andigné, chef d'état-major

de la 4^ division du i^ corps.

SO août, * VT * •

Nous arrivons a Raucourt à une heure du matin, L'Empereur et le grand quartier général y sont. On . nous dit que le 12" corps a passé, le 29, la Meuse à Mouzon, nous couchons dans une grange.

Départ de Raucourt à huit heures du matin, nous passons la Meuse à Rémilly. Cette marche en avant, la beauté des coteaux de la Meuse, un soleil splendide qui donne plus de charmes aux magnifiques prairies à tra, vers lesquelles le 1°' corps marche sur Tétaigne pour y passer le Chiers, ont fait oublier les misères passées et rendu à tout le monde la confiance. Nous arrivons à Carignan, où l'on bivouaque sur les hauteurs an peu avant la nuit. Le général ayant malheureusenaent envoyé le sous-intendant avec les bagages qui ne

nousrejoîgnentpas,la4* dÎTision ne reçoit pas devivres.

Je loge avec le général de Bellemare (chez M. Delescluze).

Notre joie n'a pas été de longue durée. La nouvelle ^i «o^^de la surprise impardonnable et de la destruction partielle du 5^ corps et l'échec de la division Grandchamp, du 12' corps, arrive dans la soirée. Craignant encore que le T corps ne soit coupé de nous, le maréchal s'est décidé dans la nuit à faire rétrograder tous les équipages vers Sedan etMézières. Lel^' corps reçoit également l'ordre de revenir sur ses pas. Les deux dernières divisions partent à huit heures du matin et se dirigent par Osnes, Mézincourt, Escombes, Francheval et Villers-Cernay-sur-^Givonne. Un arrêt de trois heures, fait sur la fausse prévision d'une attaque à Villers-Cernay, est cause que nous n'arrivons qu'à la nuit noire sur les hauteurs qui dominent 'Givonne. On ne peut retrouver le troupeau de bœufs qui nous suit, et nos troupes ne reçoivent rien encore.

La véritable cause de cet arrêt était l'encombrement de la route, couverte des bagages en désordre des 5', T et 12' corps.

Je cherchais comment faire venir de Sedan les vivres nécessaii'es à la division, lorsque le canon des Allemands, qui veulent forcer le passage de la Meuse à Bazeilles, oblige de se préparer au combat. La 1" brigade de la 4' division est envoyée , pour éviter que l'armée ne soit tournée par la gauche, occuper en hâte les plateaux et les bois qui dominent Daigny à l'Est; nous arrivons trop tard sur ces belles positions qu'aucun de nous ne connaît et sur lesquelles l'ennemi est établi en partie. Notre artillerie, placée en bataille, à quatre ou cinq cents mètres des tirailleurs (ennemis) saxons, est très-»rapidement démon-

tée, nos troupes, affaiblies, par la fatigue et par le manque de confiance, ne sont plus ce qu'elles s'étaient montrées à Frœshwiller; enfin, les généraux de Lartigue, Fraboulet, et nous tous, sommes constamment au milieu de nos tirailleurs ; nous sommes d'ailleurs numériquement trop faibles pour résister à cet immense mouvement tournant. Car, par suite de la blessure du maréchal, le général Ducrot, qui lui a succédé, pensant avec juste raison que la retraite sur Mézières était le seul moyen d'éviter un ^ésastre, a retenu notre 2°"' brigade, avec l'intention de nous rappeler nous -même bientôt : et le général de Wimpffen, lui succédant une demi-heure apr^s, a oublié, en redonnant l'ordre de se porter en avant, de nous faire soutenir.

Vers neuf heures, après deux heures seulement d'engagement, notre division est en pleine retraite sur Daigny et Givonne. Mon bon cheval Clown reçoit une balle qui lui perce le cou. Je le renvoie par un dragon d'escorte au campement et je monte celui de ce cavalier. Prévenu que le village de Daigny est attaqué par le Sud, j'y envoie trois compagnies de zouaves qui malheureusement ne peuvent que se réunir à une portion du 1'' bataillon de chasseurs qui tient encore une portion du village. Peu après le général Lartigue est obligé de se retirer, avec les derniers zouaves qui tiennent encore les positions, par Daigny. Mais les Prussiens sont déjà maîtres de la moitié du village et nous ne pouvons traverser le carrefour auquel aboutit notre route. Cela amène de la confusion ; les zouaves se jettent dans les maisons à droite, par les jardins desquelles ceux qui ne sont pas pris rejoignent leurs camarades et les chasseurs.

Nous trouvant isolés à cheval, au milieu du feu.

nous tentons de nous frayer un passage (le général Lartigue, moi, le capitaine Rosselin, ^t deux dragons de Tescorte), en grimpant à pied un sentier qui nous mène derrière les maisons, et là nous lançons nos chevaux en côtoyant la crête sous le feu, à 100 mètres de la ligne des tirailleurs ennemis. Le cheval du général est tué par un obus, il peut se dégager en descendant à travers les gradins que forment les jardins; peu après, quelques pas plus loin, car je ne sus que plus tard ce qu'était devenu le général, mon cheval reçoit une balle qui traverse son corps et mon mollet gauche; nous roulons ensemble en descendant un petit talus. Je me dégage et me relève, et je vois que les autres cavaliers ont passé. La pensée que j'ai seul sur moi la carte du pays, me fait essayer s'il me serait possible de marcher avec ma jambe blessée et de gagner le couvert d'un petit bois à cinquante pas en avant. Je reçois alors une autre balle qui me fracasse Tavant bras droit. Il était neuf heures et demie, deux chasseurs saxons arrivent sur moi, mais passent en me voyant blessé. Je tombe et m'étends au pied d'un talus dans un champ de betteraves et j'y reste jusqu'à quatre heures et demie sous le feu des balles et des obus denostirailleursqui,des hauteurs voisines, criblaient le plateau. A quelque chose malheur est bon, les éclats d'obus arrivent assez près de moi pour me permettre d'en trouver deux à ma portée pour chasser un vilain cochon qui vient sentir mes plaies.

Les chasseurs saxons se sont emparés de notre plateau que leurs lignes successives occupent tout le jour et nous traitent, d'autres blessés et moi, fort bien en m'oflfrant tous du vin de leur gourde et quelques morceaux de sucre. Un d'entre eux pourtant me vole ma montre et ma croix et m'aurait dépouillé da-

vantage si je ne Tarais vivement repoussé de ma main gauche, et retrouvé assez d'allemand pour le menacer de le faire fusiller comme pillard. Un major, à qui je rends compte de ce fait vers trois heures, en était effectivement indigné, et me dit tous ses regrets de ne pouvoir retrouver le coupable.

Aussitôt la fin de la bataille et dès que la sécurité est rendue à ce plateau, les Tragers viennent me chercher sur un bon brancard et me transportent avec des soins infinis à l'ambulance de la garde, à Daigny. Deux heures après, sur la recommandation d(^M. Lotichan, Saxon que j'ai un peu connu à Paris, le docteur Pfëiffer, de la Société Internationale, écrit à'ma femme pour lui donner de mes nouvelles, une lettre qui ne parvint qu'au bout d'un mois, et le chirurgien en chef de l'armée me fait transporter au château de Daigny, dans une jolie chambre au premier, où l'on met à ma disposition un fantassin de marine légèrement blessé du nom de Conty ; on me dit le soir que nous avons complètement perdu la bataille, . ce qui devait arriver dans la déplorable condition de l'armée et la funeste détermination de renoncer à une rapide retraite sur Mézières. L'armée française se retire dans la ville et sous les canons de Sedan, et les bruits d'armistice circulent.

2 septembre, ^uit assez bonuc, blossé comme je le suis. Je n'entends pas le bombardement ordonné par le prince Frédéric-Guillaume, les bruits d'armistice sont donc fondés.

Je passe une journée bien pénible et une nuit plus affreuse encore en songeant à la honte dont notre malheureuse armée couvre la France !

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