MF —Y
Aurions-nous fini par triompher?
Avôuons-le II! nos chances, bien qu'augmentées^ n'auraient pu faire pencher tout à fait la balance de notre côté, . . Mais très- certainement la lutte eût été si acharnée, la victoire si chèrement achetée, que nos ^ennemis n'auraient jamais pu nous imposer les humiliantes conditions que nous subissons aujourd'^hui.
Les regrets comme les récriminations ne changeront, hélas I rien aux tristes événements accomplis
Puisse seulement notre patrie profiter de cette dure leçon.
Tout d'abord il faut être bien convaincu que nos malheurs pouvaient être différés, ou moins rapides, eu moins écrasants, mais qu'ils étaient inévitables...
Lorsque dans deux pays voisins, chez l'un on érige en principe : qu'un homme, moyennant une somme ■d'argent peut se faire remplacer à l'armée, s'arranger vafie vie facile, exempte de souffrances et de dangers...
Chez l'autre : que tout citoyen marié ou célibataire, riche ou pauvre, doit, comme premier acte de sa vie d'homme, s'exercer aux armes, s'endurcir aux fatigues, se plier à la discipline.
Qu'arrive-t-il?
Les hommes du premier pays, malgré leur glorieux 'passé, ne tardent pas à s'énerver.. . faibles de bras, ils deviennent faibles de cœur... incapables de rien : ils ne croient à rien : Dieu... patrie, grandeurs et gloire militaire sont pour eux des hypothèses,... des mots... Ils rient de ces barbares qui croient à toutes ces choses...
Bientôt ils fuiront devant eux!!...
Cependant ceux-ci, travailleurs, instruits, aguerris, disciplinés, mais jaloux, haineux, pleins d'appétits grossiers et brutaux convoitent ardemment le luxe et la richesse qu'affichent leurs vaniteux voisins avec une fastueuse ostentation (1)... Ils n'attendent que l'instant favorable... pour se jeter sur cette proie magnifique... La partie leur est assurée, car' ils savent qu'en dehors de quelques milliers d'hommes généreux et braves, qu'ils écraseront sous leurs masses, ils ne rencontreront que faiblesse et impuissance...
Et bientôt ce Français qui pensait que la vie était une succession de joies et de plaisirs... voit sa maison envahie, saccagée, pillée... brûlée...
C'est en vain qu'il tente un semblant de défense... cet ancien maître du monde ne sait plus tenir une arme... Comment le saurait-il? Le temps qu'il n'a pas consacré à l'accroissement de sa fortune ou à ses plaisirs, il l'a passé à applaudir ses rhéteurs favoris, prêchant la confraternité des nations et le désarmement des peuples...
Si nous voulons renaître...
Nous avons, ne nous le dissimulons pas, beaucoup à faire...
Persuadons-nous tout d'abord que le sentiment du devoir prime le sentiment du droit... Faisons rigoureusement notre devoir, tout notre devoir... Nous nous corrigerons ainsi de notre oisiveté, de notre ignorance, de notre indiscipline et de bon nombre de vices qui nous rongent.
(i) Exposition univepseUe de 1867.
Parlons un peu moins de la revanche et travaillons beaucoup pour la rendre possible.
Enfin, que tous les partis se pardonnent réciproquement leurs erreurs, oublient leurs querelles, se donnent loyalement la main pour relever notre chère patrie ; plus que jamais, elle a besoin de Pappui de tous ses enfants, -
Un dernier mot à Farméè. . . qui , si coupable qu'elle ait été, l'a plus encore chèrement expié.
Mais il ne suffit pas de laver ses fautes dans le sang, il faut ne plus les recommencer* . .
Qu'à sa devise : Honneur et Patrie. . . devise dont ell3 ne s'est pas départie, elle ajoute : Travail ET Discipline ! ! 1 ,
Général A. Ducrot.
«TTC