‹ La journee des maladesChapitre 21 sur 57 · LE PRÊTRE · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE

L'apôlre saint Paul, considérant le sacerdoce de Jésus-Christ, parie ainsi : « Nous n'avons pas un pontife incapable de compatir à nos infirmités, mais éprouvé par la tentation de toutes manières, pour la ressemblance toutefois et sans le péché.

« Allons donc avec confiance au trône de la grâce afin d'obtenir miséricorde, et de trouver -^râce dans un secours opportun *. •

Voilà le prêtre, non-seulement en Jcsus-

*lIéL)r. IV, 15,16.

Christ, mais en tout homme revêtu du sacerdoce chrétien. Voilà le prêtre dans l'idée de Dieu. C'est une faiblesse qui attire à soi les pécheurs, mais surtout par la ressemblance, pro similitudine , c'est-à-dire avec une sainteté de vie qui la sépare autant que possible du mal, absque peccato. C'est une puissance divine qui établit le prêtre sur le trône de la grâce, et le rend capable de guérir les misères qu'il attire à lui par cette similitude d'infirmité, ad thronum gratix.

Le prêtre, à l'exemple du Christ et par sa grâce, est un mélange d'homme et de Dieu. Seulement le Christ était Dieu par essence, tandis que le prêtre ne l'est que par participation au sacerdoce du Fils de Dieu. S'il se regarde en lui-même, il ne voit que la ressemblance de la misère humaine et du péché ; s'il se regarde en Jésus-Christ, il ne voit plus que du divin. Prodigieux assemblage de toute misère et de toute grandeur.

Le prêtre est Dieu en Jésus-Christ quand il enseigne; car les vérités qu'il annonce sont de l'ordre surnaturel et divin, éternelles, immua-

bles, soustraites par leur nature même à la puissance du temps comme à celle du génie.

Le prêtre est Dieu en Jésus-Christ quand il lie et délie les consciences, car « qui peut remettre les péchés si ce n'est Dieu seul*? » Ce n'est donc point à l'homme, c'est à Dieu que les âmes les plus délicates et les plus fières viennent dévoiler les secrets de leur vie. C'est Dieu qui les écoute, c'est Dieu qui les justifie, et les remet en grâce : ôtez Dieu, que reste-t-il qu'une imprudence périlleuse et impardonnable?

Le prêtre est Dieu en Jésus-Christ quand il transmet, dans le rite extérieur du sacrement, la grâce invisible. Car de régénérer une âme par le baptême, de la fortifier par la confirmalion, de la justifier par la pénitence, de la nourrir par l'Eucharistie, de la sanctifier dans le mariage, de la glorifier dans le sacerdoce, et enfin de la consacrer pour la résurrection bienheureuse dans l'extrême onction, ce sont choses (jui ne sont point d'ici-bas , et que

• Marc. 11,7.

jamais un hommt» n'attendra d'un homme.

Mais surtout à l'autel le prêtre est Dieu par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, en Jésus-Christ, quand il offre pour le salut du peuple c un sacrifice pur, saint, sans tache, un pain sacré dévie éternelle et un calice d'éternel salut; » car les sacrifices des hommes n'étaient point tels, et leurs holocaustes ne plaisaient point à l'éternelle justice. Il est Dieu avec Jésus-Christ quand, à l'instant suprême du sacrifice, posant la victime divine dans son état d'immolation, il dit sans détours : « Ceci est mon corps, — coci est le calice de mon sang, du nouveau et clcrnel testament (mystère de foi), qui sera n'pandu pour vous et pour un grand nombre en rémission des péchés. » — Car c'est manifestement ici un langage divin.

Voilà donc le prêtre comme un Dieu, Le voilà sur le trône de la grâce, les mains pleines et surchargées des dons divins, maître des trésors éternels, maître de les communiquer aux âmes et de les sauver : que reste-t-il à faire que e d'aller avec confiance au trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et trouver grâce dans

un secours opportun : ad tlironum gratix ? > Mais quelle apparence maintenant que vous, faible, pauvre, écrasé, humilié dans l'infirmité de Tàme et de la chair, vous oserez aller avec confiance à cet être transfiguré dans la clarté de Dieu, plus grand que les anges, et dont les Séraphins entourent l'autel en tremblant? — Cum fiducia! — 0 Dieu ! ceci demande un nouveau prodige : car, si j'ai besoin d'un Dieu pour me secourir, j'ai besoin d'un homme pour partager mes douleurs, et rassurer la démarche de ma misère par sa ressemblance et sa compassion à mes maux.

Mais je regarde encore; ce prêtre, tout à l'heure grand et saint comme un Dieu, je l'aperçois maintenant faible comme moi.

Ce saint Paul, cet incomparable apôtre, dont tout l'univers connu rassasie à peine la divine ambition, qui vient de parcourir deux fois le monde romain , des rives du Jourdain aux colonnes d'Hercule, qui vient de conquérir à l'Évangile plus de provinces qu'il n'a vécu d'années, ce grand soldat de Jésus-Christ, le voilà qui rentre enfin dans sa cellule, pour le

repos d'un jour. Mais je l'écoute et je m'étonne Quelle inquiétude s'est emparée de lui? Quel trouble l'agite? Quelle puissance peut ébranler ce cœur qui ne trembla ni devant le fer ni devant le feu, et supporta sans fléchir la colère des maîtres du monde? Ah! tout à l'heure c'était le Dieu, et c'est l'homme maintenant! Seul, après ses victoires, saint Paul trouve dans son cœur et dans ses veines un ennemi plus terrible que ne l'étaient et la fureur des Juifs, et l'impureté de Corinthe, et la sagesse d'Athènes, et le despotisme des Césars de Rome; il se trouble, il frémit, il se plaint comme un faible : « Malheureux homme que je suis, qui me délivrera de ce corps de mort ? Jiifelix ego homo, quis me liberabit de corpore mortis hujus * ? » Voilà l'homme dans le prêtre : Ecce homo!

Chrétien faible et souffrant, souffrant dans le corps, souffrant dans l'âme aussi, car toutes les infirmités sont sœurs et elles s'appellent; chrétien malade, quel que soit ton mal, voilà

* Rom. VII, 24.

le prêtre tel que Dieu l*a fait pour ta consolation et ton salut.

Quand, brisé par tes maux, découragé, troublé, tu iras chercher le prêtre pour lui demander du secours, tu trouveras deux êtres en lui : tu trouveras un homme pour connaître tes misères par expérience, et tu trouveras un Dieu pour les guérir.

Ce prêtre, Dieu et homme, homme avec toi, Dieu en Jésus-Christ, ne trouvera rien d'étranger à soi dans tes angoisses et tes douleurs.

Il te dira : « Mon frère, vous êtes inquiet? l\Ioi aussi, je connais l'inquiétude et ses langueurs mortelles : et ego! — Vous êtes découragé? Moi aussi, j'ai perdu courage dans l'excès de mes souffrances, et Dieu m'a relevé : et ego! — Vous vous regardez comme seul dans le monde, et cette solitude vous est horrible à penser? Moi aussi, j'ai connu la solitude dans l'épreuve, et Jésus-Christ m'a soutenu : et ego! Vous êtes malade, infirme, tourmenté par vos douleurs, vos passions, vos désirs, ou par les passions et les injustices des hommes ; ou bien tous ces maux semblent s'unir

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