‹ La journee des maladesChapitre 39 sur 57 · LE SU]R · texte numérisé non relu

LE SU]R

L'HEURE DE Lfl SOLITUDE

11 est pour le malade une heure plus lourde encore à porter que celle du réveil : c'est la dernière du jour, l'heure qui termine le soir et commence la nuit.

Pendant le jour, raclivité douce et bienveillante de ceux qui entourent le malade supplée, pour ainsi dire, à sa propre activité.

On Tentoure, on le distrait, on le soutient, on lui fait une lecture, on Tamuse d'un récit, on le tire de la vue trop concentrée de ses maux.

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Le soir, tous ces secours se retirent, et le pauvre souffrant demeure seul.

Tous les malades connaissent l'amertume de cette heure où la fidélité la plus tendre leur donne ses derniers soins, et les laisse en compagnie d'une lampe qui tremble, et devant dix heures d'insomnie.

Ce moment est pour tous celui du repos : c'est au contraire pour le malade celui d'une agitation désolante. Lassé par l'inaction plus qu'on ne peut l'être par le travail, il ne trouve nulle part ni calme ni rafraîchissement. Ce qui lui reste de forces ne sert qu'à le tourmenter ; une ardeur fiévreuse s'empare de ses membres et trouble son âme.

Chrétien malade, que te dirai-je pour t'alléger le poids de cette heure ? Quel souvenir vais-je invoquer pour te soulager dans ce moment de ta passion ?

Chrétien, dans l'extrémité de certaines détresses, je ne connais plus au monde qu'un seul secours, et ce secours dernier, mais toujours souverain, c'est la Passion du Sauveur des hommes.

DES MALADES Ul

Penses-tu cjue ce soit sans raison ijuc le Verbe éternel de Dieu, (jui pouvait sauver le monde par un mot de ses lèvres, a bien voulu descendre dans l'infirmité de la chair mortelle et connaître l'excès de toutes ses douleurs?

Un si grand ouvrage révèle, mon frère, un grand dessein. Le Sauveur ne voulait pas seulement racheter ses élus do la mort éternelle, mais encore les consoler, les fortifier, les soulager durant leur vie, et transformer chaque douleur terrestre, en y laissant Tempreintede sa patience et de sa victoire.

Qu'a-t-il donc fait pour soulager l'angoisse du malade dans la solitude du soir? Ah*! certes, il a connu et traversé cette heure, et il Ta illuminée à jamais du rayon d'un solennel souvenir.

Ouvrons le saint Évangile, et lisons :

« Alors Jésus vint avec ses disciples au Jardin appelé Gethsémani, et il leur dit : Demeurez ici, tandis que je vais plus loin pour prier.

€ Et, prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée. il commença à être triste et désoic.

« Alors il leur dit: Mon âme est triste jusqu'à la mort ; demeurez ici et veillez avec moi.

1 Et, s'avançant un peu, il se prosterna le visage contre terre, priant et disant: Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi; cependant que votre volonté soit faite et non la mienne!

<î II revint alors à ses disciples et les trouva endormis : Et il dit à Pierre : Vous n'avez donc pu veiller avec moi une seule heure?

« H s'éloigna une seconde fois et pria, disant : Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite!

< Et il revint de nouveau, et trouva encoî'e ses disciples endormis, car leurs yeux étaient appesantis par le sommeil.

€ Il les laissa donc, se retira et pria seul*. »

Jusqu'à cette heure du soir où commence vraiment la Passion, Jésus est entouré de ses disciples. Il fait avec eux le repas suprême, il leur laisse le testament divin de son corps et

• Mallh.xxvi, 36, 44.

de son sang, il leur donne ses dernières recommandations, il prie pour eux.

Ma's l'heure du sacrifice vient, et ce sacrifice commencera par la solitude.

Jésus entre au Jardin de Gethsémani : là il se sépare d'abord du plus grand nombre des disciples; mais, comme si Tisolement l'effrayait trop au moment de ses grands troubles et de ses extrêmes défaillances, il conserve avec lui ses plus intimes, ses confidents, ses témoins du Thabor: Pierre et les deux fils de Zébcdée.

Il leur ouvre son âme; il leur révèle l'immensité de sa tristesse. Il leur demande le secours et le soutien de leur prière.

Mais si la consolation d'une si chère compagnie lui demeure, le sacrifice ne sera pas complet : Jésus quitte donc encore ces trois derniers amis, et le voilà seul en face du calice amer de sa douloureuse Passion.

Le voilà seul !

Il éprouve aussitôt tout ce que la solitude ajoule de terreurs, d'angoisses, de iantômes hideux, de troubles désolants à la souffrance:

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il lombe dans celte a^ronie où une sueur de

sang témoigne de l'excès de sa douleur.

Deux fois, troublé jusqu'à la mort, il revient vers ses compagnons préférés, implorant un peu de soutien et de secours : deux fois il les trouve ensevelis dans le sommeil. Il les laisse, et retourne à la solitude de la prière et de l'immolation.

Pauvre malade abandonné le soir, et aussitôt assailli par les troubles, les prévisions sinistres, les apparitions désolantes, n'en doutez point, c'est pour vous comme pour tous les délaissés dans Theure de l'angoisse, que le Sauveur des hommes a voulu traverser cette cruelle heure du soir et l'abandon de Gethsémani.

Le monde s'est retiré loin de vous : il est présentement occupé de ses plaisirs et de ses fêtes, l'écho de ses joies bruyantes arrive peut-être jusqu'à votre lit de souffrances. Laissez-le, sans colère comme sans envie, à l'étourdissement de son faux bonheur, et unissez ce

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promue* dctaclicmcnt à celui de Jésus laissant d'abord ses disciples à Tentrée du Jardin.

Vos proches, vos amis les plus chers, vos serviteurs les plus dévoués, vous laissent à leur tour. Ce n'est de leur part ni dureté ni trahison, mais ils sont faibles comme sont les âmes dans l'infirmité des sens, et le sommeil est plus lort en eux que l'amour : Erant oculi eoriim gravati. Laissez-les à ce repos qu'ils ont gagné par leurs soins de tout le jour. Ne leur demandez point de veiller davantage; ne regardez pas leur sommeil avec amertume ; soyez fort contre vous-même. Courage ! sachez rester seul, et unissez ce second abandon à celui de Jésus quittant ses trois préférés pour marcher seul au-devant du calice.

Que si, vaincu parla souffrance et par Tangoisse de la solitude, vous éveillez ces pauvres gardiens de vos misères, et leur demandez du secours, ne vous irritez point de les trouver engourdis de fatigue, vous répondant à peine, vous servant à la hâte, et retoml)ant aussitôt dans l'insensibilité du sommeil. — Pas de lévûltes intérieures, pas de durs reproches, pas

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