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et dont la divine Providence a rompu la trame, en vous envoyant une de ces maladies qu'il faut soigner bien des années encore après qu'elles ont disparu. Il y a plus qu'un souvenir: vous voulez peut-être qu'on sache que si les liens extérieurs n'ont pu demeurer, il y en a de meilleurs qui subsistent; j'accepte tout cela, et j'aime à dire qu'il n'en est pas ainsi de votre côté seulement.
Et maintenant, mon cher ami, voici quelques réflexions que m'a suggérées la lecture de votre livre.
D'abord j'ai pensé qu'il vous allait bien d'en avoir conçu le projet et de l'avoir exécuté, et que Dieu vous y avait préparé par le meilleur des apprentissages. Pour traiter un sujet il faut le bien connaître, et nulle science n'est comparable à celle que donne l'expérience. L'Esprit- Saint nous fait sur ce point, dans les saints
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livres, de merveilleuses révélations: c'est à savoir, que le Verbe incarné lui-même a voulu aller à cette école. Qui aurait pu le croire? il a voulu que Texpérience, cette grande maîtresse des hommes, lui apprît plusieurs choses, à lui qui est Dieu, et qui comme tel sait tout.
Et qu'a donc pu apprendre ce divin Disciple? qu'a pu lui enseigner l'expérience des choses humaines, et en particulier celle de nos douleurs? Saint Paul va nous le dire :
Par tout ce qu'il a souffert, il a appris l'obéissance : Ex ils quœ passus est clidicit ohedientiam, c'est-à-dire qu'il a voulu connaître et juger par lui-même ce que c'est que l'obéissance, ce qu'elle a souvent de difficile, de méritoire, d'héroïque, quand elle est pratiquée par de pauvres créatures comme nous, au milieu quelquefois des plus cruelles épreuves.
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11 a voulu faire en sa divine humanité l'expérience de la douleur; il a voulu la connaître, la goûter, en savourer les derniers excès, et par là ressembler entièrement à ceux qu'il a faits ses frères. Et pourquoi? La raison en est vraiment mys térieuse et divine, et c'est encore TApôtre qui nous la révèle : car quel autre qu'un auteur inspiré oserait la proposer? C'est afin de devenir, par cette expérience personnelle et douloureuse, encore plus miséricordieux, ]>lus compatissant à l'égard de ceux qui souffrent : Debuit per omnia fratribus similar? ut misericors fieret; en sorte que, chose admirable, lui l'ayant ainsi voulu, la souffrance a encore comme ajouté quelque chose de plus tendre à cet amour éternel et infini qui Ta fait le sauveur et le consolateur de tous les malheureux. Est-il étonnant après cela qu'il fasse passer par la même école ceux qu'il
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destine à être après lui les consolateurs de leurs frères souffrants?
Enfin, il avait déposé à Tavance, et il est venu puiser, non plus dans son être divin, mais dans la souffrance, une vertu mystérieuse, et comme une nouvelle puissance pour soulager ceux qui souffrent : In eo enim, in quo passus est ipse et tentatus, potens est eteis quitentantur auxiliari. Comment s'étonner que ceux qu'il a formés à la même école et qui ont puisé à la même source, trouvent, pour soulager leurs frères, des accents plus pénétrants, plus persuasifs, et comme des secrets mystérieux qui, sans cette expérience, leur seraient restés inconnus?
Je veux dire encore une autre chose :
c'est qu'un livre, fait spécialement pour les malades, les languissants, les infirmes, pour tous ceux que la souffrance cloue sur un lit ou retient dans une chambre.
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est une excellente œuvre, une œuvre toute selon le cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une œuvre vraiment sacerdotale.
En effet, la visite des malades est une des principales œuvres de miséricorde évangélique et de ministère pastoral ; elle est d'une si grande valeur qu'elle est entrée dans les considérants de cette sentence solennelle de félicité que Notre-Seigneur a voulu d'avance rédiger et notifier au monde en faveur des bien-aimés du Père, pour n'avoir plus qu'à,la prononcer au jour des suprêmes justices : « J'étais malade, infirme, et vous m'avez visité : Infirmus eram et visitastis me. » Et je ne m'en étonne pas, les pauvres malades ont tant besoin d'être consolés, soutenus, encouragés!
Mais un livre qui s'adresse aux malades et qui est fait pour eux, c'est la visite sur
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une grande échelle et dans les meilleures conditions.
Un prêtre, même le plus dévoué à ce ministère si important, ne peut, au milieu de ses autres fonctions, visiter qu'un nombre fort restreint de malades ; s'il en avait seulement vingt habituellement, il n'y pourrait suffire. Mais que de malades on visite, même au loin, par un livre, et à qui on va faire du bien ! C'est par milliers qu'il faut les compter, lorsque Dieu, comme je l'espère pour le vôtre, y répand sa bénédiction. C'est ainsi que d'un seul arbre qui les a produites, des semences nombreuses se détachent, et, portées sur l'aile des vents, voyageant quelquefois sur la surface des fleuves, ou même reçues et poussées par les flots de l'océan, s'en vont déposer dans des terres lointaines leurs germes précieux et leur fécondité.
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La visite a assurément de grands avantages, et je suis loin de le méconnaître : j'ai pu souventlesapprécier. C'est une grande consolation pour le malade de voir le prêtre et de l'entendre ; et la parole a une vertu que Dieu même y attache et que n'ont pas les livres. Combien de fois de pauvres malades n'ont-ils pas dit au guide de leur âme, en le voyant entrer : G 0 mon Père, comme je suis heureux de € vous voir ! votre présence, votre parole, « me font du bien; il me semble que je « ne souffre plus ; c'est comme la joie du « cœur qui est entrée avec vous ; je vous <i attendais avec grande impatience; soyez « béni ; béni soit celui qui vient au nom « du Seigneur ! d Et ils ajoutaient . « Comme il y a longtemps que vous « n'êtes venu! » C'est qu'en effet ces visites ne peuvent pas être bien fréquentes; néanmoins voilà le beau côté de la visite:
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le pauvre malade est vraiment heureux de la présence du prêtre.
Mais cette visite déjà trop rare ne peut pas être non plus fort longue ; le prêtre se met bientôt en devoir de la terminer, et il semble au malade qu'en même temps se retire toute la joie qu'il était venu lui apporter. Aussi quel prêtre encore n'a pas entendu plus d'une fois un malade lui dire alors avec un accent de douloureuse tristesse: a Mon Père, vous vous en allez?...» Au contraire, le livre qui fait du bien reste, on Ta sous la main sans cesse, on le retrouve, on le reprend quand on veut, aussi longtemps qu'on veut.
Dieu, pendant la visite, a donné au nrêtre quelques-unes de ces paroles qui sont comme un baume sur des plaies. La visite passée, le malade cherche à se les rappeler, comme on remet du baume sur la plaie quand on sent l'inflammation
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qui revient ; mais il y réussit mal, sa mémoire souvent fatiguée lui fait défaut, ou n'a qu'un souvenir vague, confus, incomplet à lui offrir ; l'effet n'est plus le même Si, au contraire, dans le livre, il a trouvé un chapitre, un passage qui le touche, le console, le réjouit. Te malade peut y revenir; il retrouve, quand il veut, ce qui lui a été salutaire, sans amoindrissement, sans lacunes ; il s'en nourrit de nouveau avec fruit, pour y revenir encore.
Enfin, toute désirée qu'elle est, la visite n'arrive pas toujours à l'heure favorable : le prêtre a ses moments qu'il saisit le plus souvent au hasard sans les pouvoir choisir ; le malade a les siens, qui souvent ne dépendent pas non plus de lui: il est fatigué, plus souffrant, mal disposé ; en un mot, la visite du prêtre arrive quelquefois d'une manière inopportune, dans un mauvais moment ; hier, ce soir, demain, elle
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eût été si à propos! On ne veut cependant pas s'en priver; on la reçoit, car autrement quand reviendrait- elle ? mais le meilleur fruit en est perdu.
Le livre n'a pas cet inconvénient. Il est là en permanence ; comme un ami dévoué, libre de son temps, et qui n'a pas autre chose de mieux à faire , il attend patiemment l'instant où il pourra être utile ; ami commode et du caractère le plus facile et le plus complaisant, rien ne le choque, rien ne le blesse : le malade le prend quand il veut, le garde autant qu'il lui convient, le quitte quand il est fatigué, sans ménagements et même sans politesse dans les formes.
Voilà quelques avantages très-réels du livre sur la visite, et ces avantages sont très-grands. Aussi, mon cher ami, celui qui fait un livre pour l'utilité et la consolation des pauvres malades, sera béni : il