‹ La journee des maladesChapitre 5 sur 57 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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sera béni par tous ceux que son livre aura soulagés, encouragés, ranimés ; il le sera par tous les prêtres zélés qui verront pour eux en ce livre un précieux secours dans un de leurs ministères les plus intéressants ; il sera béni par celui qui a dit : n Venez, les bénis de mon Père... car j'étais malade , j'étais infirme , et vous m'avez visité. » Oui, c'est Jésus-Christ qui était malade, c'est lui qu'on a visité ; c'est lui qui a reçu le livre, qui l'a lu, qui l'a expliqué, fait goûter, rendu profitable au pauvre malade auquel il était venu comme s'identifier; enfin, c'est lui qui se charge de payer la visite, et il la paye largement, magnifiquement : ce sont là de bonnes, de douces, de consolantes pensées !

Enfin, mon cher ami, puisque vous ne trouvez pas mauvais," puisque même vous trouvez bon que, ne sachant pas faire de

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livres, je profite du vôtre pour adresser quelques paroles aux nombreux malades qui le liront, je veux leur donner un conseil d'une grande importance, que m'inspirent et mon affection sacerdotale pour eux, et le zèle de leur salut, et ma vieille expérience. Il est vrai que ceux à qui vous vous adressez ne sont pas encore dans la situation que suppose ce que je veux leur dire ; mais tous v arriveront tôt ou tard infailliblement, et plusieurs peut-être y seront amenés par la maladie même où votre livre viendra les visiter. En tout cas, ce que j'ai à leur dire n'a d'inconvénient pour personne, et mis en exécuLon ne peut qu'être profitable à tous ; le voici en termes clairs et sans périphrase:

Chers malades, quand vous serez, je ne dis pas légèrement, je ne dis pas non plus dangereusement, mais sérieusement malades, confessez-vous le plus tôt possible ;

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demandez de vous-mêmes, faites plus, exigez absolument qu'on fasse venir un prêtre ; et s'il est nécessaire, si autour de vous on y fait des difficultés, déclarez formellement, énergiquement, comme une malade chrétienne que j'ai connue, que vous n'entendrez à un médecin qu'après avoir vu le prêtre: soyez sûrs que de cette manière vous le verrez bientôt, et qu'au gré de votre entourage, il n'arrivera jamais assez vite. Voilà mon conseil : en comprenezvous les motifs et le but?

Il me semble vous entendre me dire :

La réponse n'est pas difficile. Vous pensez qu'une maladie sérieuse peut quelquefois devenir tout à coup plus grave, amener des conséquences extrêmes, et vous voulez nous faire prendre nos précautions à tout événement et nous mettre à l'abri d'une surprise. — Assurément, vous avez deviné juste, et vous avez saisi mon prin-

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cipal motif; or, à ce point de vue, que pensez-vous de mon conseil? Ne trouvezvous pas ([u'en raison de son utilité et de son efficacité incontestables, il mérite d'être pris en très-grande considération ? Mais vous n'avez pas deviné tout, et voici d'autres motifs encore qui doivent singulièrement vous le recommander :

La maladie, et surtout une de ces maladies qui portent un nom sérieux sans être effrayant, et qui sont quelquefois longues et douloureuses, une telle maladie est un vrai trésor, le comprenez-vous?

Oui, un vrai trésor de mérites, une mine d'une richesse incomparable ; il faut l'exploiter et ne rien perdre de biens si précieux, doublement précieux et par ce qu'ils valent et par ce qu'ils coûtent : ce qu'ils valent, c'est le ciel ; ce qu'ils coûtent, c'est la souffrance ; mais une condition essentielle pour obtenir ce résultat si désirable,

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c'est le bon état de la conscience qui s'obtient par une bonne confession. — Souffrir est en soi une triste chose; souffrir sans courage, sans consolation, sans douceur et sans mérite, est bien plus triste encore; mais mal souffrir, souffrir avec murmure, souffrir en offensant Dieu, c'est ce que je conçois de plus déplorable ; or, la confession et la sainte communion préservent de ces malheurs en relevant la foi, la confiance, la résignation. Elles font plus encore : par le calme, la paix, qu'elles apportent à l'âme, elles répandent du charmejusque sur la souffrance elle-même, acceptée et supportée pour Dieu. Si tout cela est vrai (et il n'y a qu'à en faire l'essai pour en avoir la preuve), y a-t-il beaucoup de conseils plus utiles que le mien? Toutefois je veux vous en découvrir d'autres avantages qui, pour être d'un ordre inférieur, n'en seront peut-être pas moins

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appréciés par vous, et qui du reste ne sont pas à mépriser.

N*avez-vous jamais été témoins de la situation cruelle où se trouve une famille auprès d'un malade, lorsque le médecin déclare qu'il n'y a plus ni ressource ni espoir, tandis que de son côté le malade ne soupçonne nullement la gravité de son état? On veut lui faire recevoir les secours de la religion ; on voudrait cependant lui épargner de fâcheuses émotions, et par conséquent lui cacher la triste vérité. Que faire alors? Comment résoudre ce douloureux problème? Lui parler de se confesser signifie bien quelque chose, surtout s'il n'a pas des habitudes religieuses très-frérpientes!... On éprouve alors des angoisses d'autant plus terribles que souvent on a plus longtemps différé d'aborder la grave et solennelle question, et que les moments

sont précieux. Je veux dire néanmoins,

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comme encouragement à remplir ce devoir sacré, qu'on s'exagère beaucoup les inconvénients qu'on y redoute : Dieu, la sainte Vierge, le saint ange gardien, quand on les invoque, sont là pour les atténuer, et je puis déclarer que, pendant tout mon long ministère, je n'ai pas souvenir d'une seule circonstance où les suites en aient été regrettables. Il n'en est pas moins vrai que les craintes, les terreurs existent, et qu'on est convenu de considérer l'accomplissement de ce devoir comme une des plus cruelles missions. A quel prix ne voudraiton pas échapper à une situation où le cœur, la conscience, la foi, semblent se réunir pour torturer une pauvre famille, et préluder aux déchirements d'une séparation prochaine et inévitable? Or je sais un moyen de l'y soustraire, moyen simple, facile, infaillible: ce moyen, c'est le conseil que je vous donne. Oui, chers ma-

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lades, si, dès que vous êtes sérieusement malades, vous prenez de vous-mêmes l'initiative, et demandez la visite d'un prêtre, vous épargnez à vos familles la plus douloureuse des situations pour un moment qui doit arriver nécessairement tôt ou tard . Quel service je leur rends en ce moment, si je vous détermine à prendre cette résolution, et combien elles me devront de reconnaissance !

Mais ce n'est pas seulement à vos familles que je veux épargner des angoisses parle conseil que je cherche à vous faire acce;oter ; par ce même conseil, qui dès l'abor;^. vous a paru peut-être assez dur, disons le mot, un peu brutal, ce sont vos faiblesses que je veux ménager, et, en le faisant, je sais, par la conduite que l'Église a tenue pendant des siècles à l'égard de ses enfants malades, que j'entre dans ses intentions. Si vous n'avez pas encore compris,

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voyez et jugez. Avez-vous peur de la mort? Ne craignez pas de me dire la vérité ; je vous promets le secret. — Eh bien, oui, j'en ai très-grand'peur ; j'ai surtout peur d'en avoir encore plus peur quand elle viendra... — Est-ce que vous préféreriez qu'on la laissât arriver jusqu'à vous, sans vous informer de sa présence? En un mot, V st-ce que vous voudriez mourir sans le savoir, et cependant sans compromettre le salut de votre âme? — Ne me répondez pas, c'est inutile, je vous ai compris: oui, c'est là ce que vous désirez. Je ne puis vous cacher que ce n'est pas là ce que je désire pour moi, et je prie Dieu de changer vos dispositions. Néanmoins, si vous y persévérez, tout imparfaites qu'elles soient, elles ne sont pas incompatibles avec le salut. Faites ce que je vous conseille : confessezvous, communiez dès que vous êtes sérieusement malade; faites-le de temps en temns

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encore comme consolation si votre maladie se prolonge ; de cette manière, quoi qu'il arrive, vous êtes prêt ; si la mort s'approche, vous n'en savez rien, vous ne l'entendez pas, vous ne la voyez pas; on ne vous en dit rien, et vos désirs sont satisfaits sans que votre éternité soit compromise. Je ne puis néanmoins vous cacher que par ces ménagements pour une grande faiblesse, vous vous privez des mérites du plus grand et du plus noble sacrifice que l'homme puisse offrir de lui-même à Dieu, le sacrifice de sa vie.

Mais pour que vous ne perdiez pas entièrement ces mérites, je veux encore venir en aide à votre faiblesse. Si donc vous ne vous sentez pas le courage de vous met- Ire en mesure de pouvoir dire à Dieu:

« Seigneur, ie sais que je mourrai prochainement, que ma vie touche à son terme et que vous me la redemandez : prenez-la,

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Seigi^eur, je vous la rends avec une entière résignation et une tiliale obéissance ; » dites au moins, sans sortir de la situation où vous croyez devoir vous maintenir :

« Seigneur, je ne sais pas si je suis gravement, dangereusement malade; j'ignore quelles seront les suites de cette maladie ni ce que vous voulez faire de ma vie, et je confesse à vos pieds ma faiblesse, ô mon Dieu ! je n'ai pas le courage de désirer le savoir! Seulement, quelle que soit votre volonté sur moi, je l'accepte sans la connaître, et je m'en remets, pour vivre ou pourmourir, à votre bonté paternelle ! »

Enfin, je veux vous signaler un dernier avantage de mon conseil, avantage qui me tient fort au cœur et qui ne saurait vous être entièrement indifférent.

J'ai été plus d'une fois, pendant ma vie de ministère pastoral, très-douloureusement froissé, je dirai même profondément

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blessé du rôle qu'on m'imposait auprès des malades.

Il est reçu et pratiqué dans un trop grand nombre de familles qu'on appelle le prêtre le plus tard possible, et seulement lorsque tout espoir est perdu, souvent même lorsque le malade est à toute extrémité. Je ne parle pas des tristes familles où l'on attend exprès qu'il soit à l'agonie et sans connaissance, et où l'on veut faire de la religion une vaine formalité de pure convenance, une sacrilège comédie!

Ecartons ces indignités.... Je parle de ces familles où il reste encore assez de foi pour regarder les sacrements comme des choses saintes, et pour désirer que les malades les reçoivent avec des dispositions chrétiennes ; dans lesquelles cependant on leur parie de se confesser alors seulement que toute chance de guérison est évanouie.

Quelle situation alors sera celle du prêtre*^

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quel rôle lui fera-t-on jouer? Voulez-vous le savoir? Accompagnez-le, et examinez ia réception qui va lui être faite. Le concierge, en le voyant arriver, lui lance au passage un de ces regards qu'il tient en réserve pour les gens dangereux ou suspects : c'est qu'il a compris le sens de cet ordre sinistre qui lui a été donné : voiiç laisserez monter! Entré dans Tapparte^ ment, le prêtre voit à son approche les domestiques, la famille, tout le monde s'écarter silencieusement et faire le vide devant lui, comme devant un être malfaisant ; on dirait qu'il apporte la mort dans les plis de sa soutane, et chacun prend ses précautions ; c'est ainsi qu'il arrive jusqu'au malade. Le pauvre malade en l'apercevant se sent comme saisi d'un frisson involontaire, et il faut toute la charité douce et cordiale du prêtre, toute la grâce de Notre-Seigneur pour lui rendre un peu

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de calme et de tranquillité... Mais que signifie tout cela et quel est ce mystère étrange? Que vient donc faire le prêtre pour être ainsi un objet d'universelle épouvante? — 11 vient remplir le plus doux, le plus bienfaisant de tous les ministères; il vient purifier, consoler l'âme du pauvre malade; il vient le fortifier par la plus délicieuse de toutes les nourritures ; il vient répandre sur ses membres souffrants Fonction qui souvent endort les douleurs, et quelquefois même donne la guérison. Quoi de plus beau ! — Mais une détestable coutume vient tout gâter, et tourne ces belles et grandes choses en consternation et en effroi. Il est reçu, dans les familles dont je parle, qu'on n'appelle jamais un prêtre tant que la maladie n'est pas sans ressource et qu'on ne songe pour le malade aux secours de la religion qu'au moment où le médecin a prononcé l'arrêt

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fatal : Il n'y a plus d'espoir. Le malade le sait ; il le sait pour s'être conduit ainsi luimême à l'égard d'autres malades. Dès lors le prêtre n'est plus pour lui l'ange des divines consolations, mais le redoutable messager, le précurseur, et, si j'ose le dire, le Jean-Baptiste de la mort; les cérémonies saintes ne sont plus pour lui que ce que sont pour le condamné les terribles détails de la fatale et significative toilette.... Ah! écoutez, je n'y tiens plus : mon âme déborde d'horreur et d'amertume, il faut qu'elle éclate...

Mais dites-moi donc, je vous prie, pour qui prenez-vous un prêtre? pour qui me prenez-vous moi-même, et pourquoi croyezvous que je me sois fait prêtre? Etait-ce pour que mon nom fût un effroi et ma présence un épouvantail aux hommes?...

Je me suis fait prêtre, sachez-le, poussé par un sentiment d'mimense amour pour

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l'humanité, afin de faire du bien à mes frères, de travailler à leur bonheur, de les consoler dans leurs peines et d'adoucir leurs souffrances au moyen des tout-puissants secours qu'offre la sainte religion de mon divin Sauveur Jésus-Christ ! Et voilà qu'au moment où, le cœur plein des sentiments les plus affectueux et les plus élevés, je viens à vous, heureux d'exercer mon ministère consolateur pour le bien d'un de mes frères, je me trouve, à mon insu, jouer, de tous les rôles, le plus cruel et le plus abhorré! Ah! vraiment, c'est plus que je n'en puis porter, et je proteste contre cette trahison de toute l'énergie de ma : oi et de mon honneur sacerdotal !

Chers malades, je vous en conjiire, sauvez l'honneur du ministère sacré indignement compromis : vous le pouvez ; suivez mon conseil, appelez de vous - mêmes le prêtre, appelez-le dans des conditions où

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son ministère ne puisse pas être ainsi cruellement dénaturé ; qu'il n'ait pas à s'approcher de vous le cœur serré par la crainte si douloureuse de vous faire peur, mais dïlaté par la joie de vous apporter la paix et la douceur de Notre - Seigneur Jésus- Christ.

Et maintenant, chers malades, que la main de ce Sauveur adorable s'étende sur vous ; qu'il vous fortifie, qu'il vous fasse trouver dans le calme et la résignation le bon usage des douleurs ; qu'il augmente en vous la foi et l'espérance, qu'il vous rende la santé, si tel est l'intérêt de sa gloire, et qu'en toutes choses il vous trouve prêts à le bénir!

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