‹ La journee des maladesChapitre 45 sur 57 · LES MIRACLES · texte numérisé non relu

LES MIRACLES

Mon frère, ne soyez point de ceux que l'apôtre saint Paul appelle des Juifs ou des Grecs quand il dit : « Les Juifs demandent des prodiges et les Grecs ne veulent que leur sagesse : Judxi signa petunt et Urœci sapientiam\ »

Ne soyez pas de ceux qui, aveuglés par les lueurs d'une raison superbe, refusent de croire même quand ils voient, et nient les miracles de Dieu qui les entourent; ne soyez pas de ces Grecs.

< 1 Cor., I, 22.

Ne soyez pas de ceux qui ne veulent croire au contraire que s'ils voient des prodiges, et qui, trop grossiers pour se plaire dans le spectacle constant du gouvernement providentiel, réclament toujours des coups merveilleux, et ne se croient aimés de Dieu que s'il fait pour eux des miracles : ne ooyez point de ces Juifs.

Car aux premiers il est dit que la sagesse de la chair est ennemie de Dieu, au'ayant connu Dieu ils ne l'ont pas glorïtié comme Dieu, mais qu'ils se sont évanouis dans leurs propres pensées; que leur cœur s'est obscurci, et que croyant être sages ils sont tombés dans la sottise et les ténèbres.

¥X il est dit aux seconds : <f Si vous ne voyez des prodiges, vous ne croyez point ; — cette génération est perverse et adultère, elle cherche toujours des prodiges. >

Mais soyez de ces âmes à la fois raisonnables et simples, qui, traitant Dieu comme un père tout sage, tout aimant et tout-puissant, croient fermement qu'il peut faire, s'il lui plaît, des prodiges en leur faveur, mais les demandent rarement, parce qu'ils sont humbles, et tou-

jours en ajoutant la prière par excellence des chréiiens : c Père, que votre volonté soit faite ! .

Ceux-là entendent souvent cette réponse divine : < Allez, mon fils, votre foi vous a sauvé. Confide, fili, fuies tua te salvum fecit. •

I. Chrétien malade, trahi par la science des hommes et découragé de l'invoquer encore, mais poussé par le fond intime de votre cœur à implorer la toute-puissance de Dieu, et à lui demander un secours éclatant, défiez-vous de la prétendue sagesse qui essayera d'arrêter par ses sophismes l'élan de votre espérance.

Ne vous laissez ni déprimer ni abrutir par cette raison profane dont vous êtes de nos jours comme enveloppé de toutes parts, et sachez croire en Dieu, malgré les sourires des Grecs.

Croyez que Dieu peut faire pour vous un miracle. Croyez aussi qu'on le croyant vous agissez selon les lumières de la saine et iorle raison.

€ L'homme spirituel, dit saint Paul, examine

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et juge toutes choses : Spiritualis judicat omnia\^^ Examinons donc et jugeons.

Croyez-vous à la personnalité divine ? En d'autres termes, croyez-vous que Dieu soit un être personnel, intelligent, aimant, capable de s'intéresser à vous, de connaître vos besoins, de prendre pitié de vos maux, de vous aimer et de vouloir vous secourir ? — Oui, sans doute, car, si Dieu n'est pas ainsi, Dieu n'est pas. Or Dieu est.

Croyez-vous que ce Dieu personnel a créé le monde et qu'il le gouverne ? Croyez-vous que toutes choses sont sorties de ses mains et qu'il les soutient encore par sa puissante activité ? Croyez-vous, par conséquent, que toutes les forces naturelles lui appartiennent, et qu'il peut en user selon le bon plaisir de son éternelle sagesse ? — Oui, sans doute, car, si Dieu n'a pas créé le monde. Dieu n'est pas. Or Dieu est.

Croyez vous que ce Dieu personnel et créateur soit libre dans l'exécution de ses desseins? Croyez-vous qu'en posant les lois générales qui

* 1 Cor., II. U.

devaient régir l'univers, il ait pu poser des exceptions à ces lois sans contredire sa sagesse, et se réserver une part directe au gouvernement du monde quand sa gloire l'exigerait ? Croyez-vous d'ailleurs que la première des lois générales qui mènent le monde soit la loi de la liberté divine, et que cette souveraine indépendance, bien loin d'être, comme elle serait pour les hommes, le fondement d'une autorité capricieuse, soit au contraire en Dieu le fondement d'une autorité infiniment sage et constante? Oui, sans doute; car, si Dieu n'est pas libre. Dieu n'est pas. Or Dieu est.

C'en est assez, chrétien, et la saine raison n'en demande pas davantage. Un Dieu personnel, intelligent, aimant, bon, puissant, créateur du monde, maître des choses, auteur des lois et de leurs exceptions, libre enfin parmi ses ouvrage§, et indépendant de toute règle hors celle de sa sagesse, ce Dieu-là qui est le seul vrai Dieu, aussi bien au regard de la philosophie qu'au regard de la foi, ce Dieu peut faire des miracles ; et, s'il le peut, il le fait, car, il n'y a point en Dieu de puissance inerte.

Voilà ce que dit la raison. — Ouvrez maintenant rÉvangile, Tout vous y montre ce même Dieu, venu dans la chair mortelle au-devant de nos maux, guérissant nos maladies, redressant nos infirmités, cicatrisant nos blessures, chassant de nos cœurs meurtris par le péché les douleurs, les défaillances, les misères hideuses ou cruelles, et le règne, même commencé, de la mort. Ce que Jérusalem a vu de ses yeux, et touché de ses mains, toute la terre l'a vu et l'a senti. Les échos de tous les rivages connus ont répété le cri d'adoration et de reconnaissance qui retentit pendant trois ans sur les rives de Génésareth ; toutes les misères humaines, soulagées ou guéries par une douceur toute-puissante, ont été converties au Dieu de Lazare, et, depuis bientôt deux mille ans, quand on souffre trop sur la terre on se tourne vers Jésus-Christ.

Suivez, mon frère, ce grand instinct des douleurs humaines. Suivez cette tradition dixneuf fois séculaire des hommes qui, désespérant des hommes, ont eu recours à Dieu. Croycz-en le témoignage de ce qu'il y a de

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plus constant ici-bas, la douleur et la mort. Elles protestent qu'elles n'ont encore connu qu'un seul vainqueur : Jésus, fils de David et fils de Dieu !

Si la souffrance vous écrase et menace de passer vos forces, jetez-vous avec le lépreux, avec le centurion, avec l'aveugle de Jéricho, avec le paralytique de la piscine, avec Marthe et Marie, aux pieds de Celui qui n'a cessé de guérir les langueurs des hommes. Résigné d'avance à l'acceptation de la volonté divine, demandez tout, croyez à tout, espérez tout, sachant que si les yeux et les mains de ceux-là ont vu et touché des miracles, des yeux et des mains en ont vu et touché parmi nous, et rendent, à l'heure où je parle, à la toute-puissance du Sauveur des hommes, un témoignage qui n'a fait que grandir dans les siècles.

vu,

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