‹ La journee des maladesChapitre 46 sur 57 · LES MIRACLES · texte numérisé non relu

LES MIRACLES

Suite.

Que si, porté par une grande foi et une saînle confiance, vous demandez un prodige à la toute-puissance divine, demandez-le cependant avec une humble soumission, disant toujours, comme Ta enseigné Jésus par la doctrine et par Fexemple : « 0 Père, que votre volonté soit faite; ô Père, que votre volonté s'accomplisse et non la mienne. — Fiat voluntas tua; verumtamen non sicut ego volo, sed siciit tu. »

Car si l'orgueilleuse incrédulité des Grecs

outrage la toute-puissance de Dieu, la présomptueuse exigence des Juifs outrage sa sagesse.

Que dire, mon frère, de ces âmes grossières qui, demandant à Dieu des miracles, mettent leur foi au prix du bienfait accordé, et se scandalisent, si elles ne sont pas exaucées comme elles l'entendent, jusqu'à tomber aussitôt dans le doute et dans le murmure?

Ames faibles ! encore plus faibles en raison qu'en foi, et qui sont trop indignes de porter la gloire du nom chrétien !

Ames ignorantes autant que superbes, et qui osent bien juger la conduite de Dieu !

Pourquoi doutent-elles de la Providence?

Parce que la Providence n'a pas dérangé en leur faveur l'ordre de l'univers. 0 orgueil !

Pourquoi doutent-elles de l'amour de Dieu? Parce que Dieu leur refuse un don qui les mènerait peut-être à la ruine irréparable. 0 aveugle ingratitude !

Il n'y a pas moyen de vous excuser, âme charnelle et judaùiue; et je tremble en prohonçant devant vous la parole du Seigneur :

a Cette génération perverse et adultère demande des prodiges et il ne lui en sera point donné*... » Perverse, parce qu'elle se soucie peu de la gloire divine, et ne cherche que son inlérêt dans le miracle; adultère, parce qu'elle est prête, au moindre délai de l'époux, à passer dans les bras de l'étranger.

Vraiment, est-ce la peine d'être chrétien pour entendre d'une façon si abaissée le culte de la divine Providence? Si la foi des chrétiens était cette confiance présomptueuse, égoïste, indiscrète, qui, en vue d'intérêts particuliers, demande à Dieu de bouleverser l'ordre du monde, et s'irrite et s'emporte en murmures quand elle n'obtient point satisfaction, je le dis sans hésiter, il lui faudrait préférer la sagesse des stoïques ; et Marc-Aurèle et Épictète, si respectueux pour les mystères du gouvernement divin, seraient plus forts et plus éclairés que nous!

Mais qui le croira? Qui voudra jamais confondre la sainte confiance de la foi, Tauguste

• Mallh., XII, 39.

simplicité de la prière chrétienne, toujours humbles, toujours résignées d'avance, avec l'impertinente présomption ou les aigres mécomptes des superstitieux?

Malheur à nous, si, abusant de l'ineffable charité de notre Dieu, nous en venons à prendre des airs familiers et exigeants envers cette Majesté compatissante, jusqu'à réclamer d'elle des prodiges, comme on exige le payement d'un débiteur! Malheur à nous, si l'habitude de sentir de près la bonté altère en nous le respect et l'adoration de l'immuable sagesse !

Mon frère, revenons au vrai.

C'est un principe très-élevé comme trèscertain (jue Dieu gouverne le monde par les moyens les plus simples et par les lois les plus générales.

Cette constance des lois générales est une gloire admirable de la Providence; sans elle nous ne connaîtrions rien de la sagesse divine; sans elle encore la prudence et la prévoyance ne seraient que de vains mots parmi les hommes ; sans elIeTunivers semblerait le royaume du hasard.

Cette constance des lois est une marque si sensible de la sagesse de Dieu, que saint Augustin n'hésite pas à dire qu'elle lui rend un témoignage plus éclatant que le miracle, et que les prodiges sont donnés à Thomme uniquement pour réveiller son attention endormie et comme blasée devant le spectacle de Tordre régulier des choses*.

Il faut donc savoir admirer l'ordre constant du monde, et y adorer la présence réelle de la Sagesse divine. Quand même cet ordre régulier blesse nos intérêts apparents, quand même cette constance des lois nous impose des sa-

* « Miracula quae tecit Dominus noster Jésus Christus, sunt quidem divina opéra, et ad intelligendum Deum de visibilibus admonent humanam menlem. Quia enim ille non est lalis substantiae quae videri oculis possil, et miracula ejus, quibus toium mundum régit, universamque creaturam administrât, assiduilate viluerunt... secundum ipsam suam misericordiam servavit sibi quîedam quae faceret opportuno tempore prœierusilaium cursum ordinemque naiurae : ul non majora, sed insolita videndo stuperent quibus quoiidiana vilueranl. iMajus enim miraculum est gubernatio toiius mundi quam saluralio quinque millium hominum de quinque panibus Et tamen hoc nemo miratur : illud mirantur homines, Bon quia maja*^ est, sed quia rarum est. »

LAug. tract. 24 in Joannem.)

crifices d'un jour, il faut Tadmirer encore et l'aimer puisqu'elle rend gloire à Dieu.

Il nous est facile, mon frère, d'admirer l'ordre providentiel des choses quand tout y satisfait nos désirs propres. Pour la plupart des hommes, le meilleur des mondes possible est celui dans lequel ils sont heureux, celui qui flatte leurs passions, contente leur ambition, les rassasie d'honneurs et déplaisirs. Mais l'action de grâces de tels hommes est manifestement trop égoïste pour monter au ciel.

L'homme jusle qui souffre, et qui, éprouvé par de longs revers, ne laisse pas d'adorer la sagesse de la Providence dans le gouvernement du monde, sans lui demander un miracle dont il se croit indigne, ou sans murmurer si le miracle qu'il demande n'est point donné, cet homme rend à Dieu une gloire très-pure, et il élève vers le ciel la plus raisonnable et la plus sainte des prières.

Ce chrétien fort et résigné ne partage pas la puérile illusion de ces optimistes (jui n'imaginent rien de mieux que la terre. Non ; il sait bien que le monde n'est pas, depuis le péché.

ce que Dieu Tavait fait d'abord; mais il sail aussi que le monde n'est pas depuis Jésus-Christ ce que l'avait fait le péché. Il sait qu'en Jésus- Christ le bien sort du mal pour les élus S et que si l'on ne peut aimer les épreuves et les souffrances regardées en elles-mêmes, on les peut accepter du moins, et aimer même, en les regardant dans la volonté de Dieu qui les permet, dans son amour qui les sanctifie et les récompense.

Mon frère, soyez ce chrétien, sage dans sa foi, respectueux et humble dans sa prière.

Si, pressé par votre confiance, vous avez demandé à Dieu un secours extraordinaire : exaucé, rendez grâces à Dieu, et, sans rien retenir de l'honneur qui n'appartient qu'à lui seul, allez et publiez sa gloire. Non exaucé, ren • trez aussitôt dans la patience, dans l'amour courageux et humble, dans l'adoration silencieuse de l'immuable sagesse divme : votre Père sait mieux que vous ce dont vous avez besoin.

' (( Scinius quoniam diligentibusDeum omnia cooperaniur in bonum. » [Rom.^ vui, 28.)

En toutes choses et sur toutes choses aimez Dieu, aimez sa Providence, aimez les règles de sa sagesse, aimez Tordre sacré de ses lois ; aimez la bonté avec laquelle il ordonne et fait \e bien; aimez la miséricorde avec laquelle il répare le mal; croyez sans hésiter qu'il peut faire toujours les plus grands miracles, mais ne tentez point légèrement sa puissance et sa sagesse ; croyez et aimez dans la prolongation de l'épreuve comme dans le don du secours ; soyez, en un mot, un adorateur en esprit et en vérité, afin de voir un jour dans la gloire Celui que vous aurez attendu sans faiblir dans l'énigme de la foi et de la patience.

« Heureux, dit le Seigneur, ceux qui n'ont point vu et qui ont cru : Beati qui non viderunt et credideriiut '. » — Ils verront le ciel, ce prodige d'amour qui ne passera point,

• Jo., XI, 29.

VJii.

PRIÈRFS POU^ Lfl CONVALESCENCE

Cantique d'Ezéchias, roi de Juda, lorsque, malade, il revint à la vie.

« J'ai dit au milieu de mes jours : J'irai aux portes de la mort.

« J'ai cherché le reste de mes années, j'ai dit : Je ne verrai plus le Seigneur Dieu sur la terre des vivants.

€ Je ne verrai plus l'homme qui habite avec moi la terre.

€ Ma vie est emportée loin de moi ; elle est repliée loin de moi comme on replie la tente des pasteurs.

LA JOrnNf.E DES MALADES. 287

a Ma vie est Iranchée comme le fil par le tisserand : du matin au soir vous m'avez conduit à ma fin.

<i J'espérais encore une aurore, mais, comme un lion, le mal a brisé mes os.

« Du matin au soir vous avez terminé mes jours.

« J'ai crié comme le petit de riiirondelle, j'ai gémi comme la colombe, mes yeux se sont lassés à force de s'élever au ciel.

a Seigneur, je souffre violence, répondezmoi; mais que dis-je? et que répondra celui qui ordonne mes douleurs?

« 0 Dieu! je repasserai devant vous toutes mes années dans l'amertume de mon cœur.

« Seigneur, après le châtiment et l'épreuve ne me rendrez-vous pas la vie ?

4 Au milieu de ma paix est venue tout à coup l'amertume des amertumes.

« Mais vous, Seigneur, vous avez délivré mon âme, vous l'avez arrachée à la mort, vous avez rejeté derrière vous tous mes pé<^hés !

<L La vie, la vie, Seigneur, confessera votre nom, comme je le confesse aujourd'hui; le

père vous rendra témoignage devant ses nîs» « 0 Dieu! achevez de me sauver, et nous chanterons n )S cantiques d'action de crpàces tous les jours de notre vie, dans la maison du Seigneur V p

« J'ai crié de ma voix vers le Seigneur, j'ai crié de ma voix vers Dieu : il m'a entendu.

« Au jour de ma tribulation j'ai cherché le Seigneur; durant la nuit, j'ai tendu mes mains vers lui : je n'ai pas été trompé.

« Mon âme refusait toute consolation ; alors je me suis souvenu du Seigneur, j'ai été rempli de douceur et de joie.

« Dans l'angoisse de l'épreuve mon esprii succombait.

« Mes yeux cherchaient le jour longtemps avant l'aurore, j'étais dans le trouble, sans parole et sans voix.

« Alors j'ai repassé dans ma mémoire les

• Jsaïe, xxxvill, 9, 20,

jours anciens, j'ai médité les aanées éternelles.

« La nuit je m'entretenais avec mon propre cœur, j'étais combattu au-dedans de moi, je sondais mon àme ;

« Je me disais : Dieu me rejettera-t-il toujours? Ne s'apaisera-t-il plus?

« A-t-il épuisé sa miséricorde? Ne se mon- Ircra-t-elle plus jamais?

c Dieu a-t-il oublié de s'attendrir? Enchainera-t-il toujours sa pitié dans sa colère?

« Et j'ai dit : C'est l'heure maintenant : voilà le changement de la main du Très-Haut.

« 0 Dieu! vos voies sont saintes; qui est grand comme notre Dieu?

a 0 Dieu! c'est vous qui faites des prodiges! c'est vous (jui montrez aux hommes votre vertu. C'est vous qui rachetez votre peuple, c'est vous qui sauvez les fils de Jacob et de Joseph! ' D

c raime le Seigneur, il a écouté la voix de nia prière.

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