‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 34 sur 110 · II, I · texte numérisé non relu

II, I

($) III, I et 212.

(6) A propos de la folie de l'abbé Beaudeau, à la date du 5 juillet 1788, il écrit qu'en 1759 il avait imprimé sans succès un livre de cette abbé, une analyse de l'ouvrage de Benoit XIV sur la béatification et la canonisation des saints. VIII, 13.

INTRODUCTION CXLIil

dignité et de leur grandeur, cherchent à établir par toutes sortes de moyens le funeste système de leur despotisme (i). »

Comme il n'avait pas d'enfants, il quitta le commerce de bonne heure pour vivre retiré dans une honnête médiocrité. Il m'a été impossible de fixer le moment exact où il abandonna sa librairie. Mais cela doit se placer entre sa sortie de charge en juin 1773 et le mois d'avril 1777, où il reçut un avertissement pour la capitation dans lequel il était imposé à part en qualité de libraire retiré. Il réclama vivement, sous prétexte qu'il était d'usage constant que les libraires, qui avaient cessé le commerce, restassent portés sur les rôles de la corporation (2). Il obtint gain de cause, et, malgré une nouvelle attaque en 1779 (3), il continua à figurer pour la capitation parmi les membres de la communauté des libraires jusqu'à la Révolution, bien que depuis [longtemps il n'exerçât plus activement sa profession (4).

Hardy n'avait pas attendu le moment où il prit sa retraite pour consacrer une bonne partie de son temps, ou mieux, comme il disait lui-même, ses loisirs à la rédaction de son journal. Il commença à le tenir d'une façon suivie en janvier 1764, c'est-à-dire par une coïncidence fortuite, mais très heureuse pour l'histoire, au moment même où finissait celui de l'avocat Barbier; ce qui fait qu'avec Marais, Buvat, Barbier et Hardy, on a une série ininterrompue d'annales où la vie de Paris est notée fidèlement au jour le jour par de bons bourgeois,

(2) III, î5o.

(3) IV, 186 et 286.

(4) Dans l'ouvrage cité plus haut (p. cxli), M. Aubertin (p. 405) dit que Hardy fit le commerce jusqu'en 1791, sans pouvoir développer ses affaires et il attribue cet insuccès aux préoccupations que causait à ce commerçant d'espèce particulière la rédaction de son journal. On voit que cette conjecture est plus que mal fondée, puisque Hardy put de bonne heure, avant la cinquantaine, se retirer des affaires et vivre de ses rentes dans une honnête aisance.

CXLIV INTRODUCTION

de 1715 à 1789. Malheureusement l'œuvre immense de ce dernier, qui n'est pas la moins importante puisqu'elle comprend les vingt-cinq dernières années de la monarchie absolue, est encore inédite et le restera peut-être encore longtemps, tellement elle est volumineuse.

Hardy est le type du bon bourgeois de Paris au siècle dernier ; il s'intéresse à tout et il note avec soin tout ce qu'il apprend; il suit la politique générale, mais ce dont il est le plus friand ce sont les faits divers, les vols, les meurtres, les assassinats et aussi les scandales. Naturellement il connaît surtout ceux qui se passent dans son quartier. Il ne quitta guère le bas de la rue Saint-Jacques de 1755 à 1789 ; pendant un certain temps il habita chez son beau-frère, place Maubert (i), dans un appartement situé au second ; au-dessous de lui demeurait le commissaire Convers Desormeau (2), dételle sorte qu'aucune des affaires dont ce magistrat avait à se mêler n'échappait à son curieux voisin. Quand il n'eut plus à s'occuper de sa librairie, Hardy passa une grande partie de son temps à se promener dans tous les quartiers de la capitale; il devint le badaud inspecteur des travaux de Paris, il en marquait avec soin les progrès dans son journal, dont ce n^est pas l'un des caractères les moins intéressants, car il permet de suivre les transformations de la ville pendant cette période. Hardy ne manque pas non plus de noter les affaires d'intérêt plus général, les variations des prix de denrées de première nécessité, du pain, de la viande, du bois, les grands froids, les sécheresses, les pluies

(i) En mai 1775 (III, ç8). En 1778 il demeurait rue Saint-Jacques, vis-à-vis Saint-Yves (IV, 69); il y était encore en 1789; à la date du 14 juillet 1789, il écrit : « Vers l'heure de minuit les illuminations brûlaient encore et servaient à éclairer les patrouilles, lorsque l'alarme répandue dans tout Paris se répand dans Vendroit de la rue Saint-Jacques oit je demeurais vis à vis Saint-Yves numéro 2^5. » (VII, 390) M. Chassin (op. sup. cit. p. Ç44) a imprimé ce passage, mais en supprimant les mots soulignés.

(2) Hardy était lié avec ce commissaire qui, au mois de novembre 1777, voulut bien, à la prière de son voisin, faire remettre en liberté un mendiant arrêté parla police (III, 297).

INTRODUCTION CXLV

abondantes, les orages extraordinaires; il n'oublie pas les grèves et il rend compte des émeutes et des troubles de la rue avec force détails (i) ; mais il est trop prudent pour s'y mêler et il n'en parle que par ouï-dire.

Sa femme ne lui permit même pas de se rendre le 13 juillet 1789 à l'assemblée du district des Mathurins, dans l'église de ce nom ; il fut réduit, le pauvre homme, à enregistrer ce qu'il vit de ses fenêtres et ce que ses voisins lui rapportèrent, mais il le fit tout au long avec sa conscience accoutumée. Aussi les détails qu'il nous fournit sont -ils assez intéressants. Ils prouvent notamment qu^au moins dans le quartier Saint-Jacques il n'y eut pas de désordres ; car il les aurait sûrement rapportés avec soin. Au contraire suivant lui tout se serait bien passé ; on n'aurait eu à signaler que l'animation de la rue qui rappelait les jours du carnaval. Les boutiques étaient fermées ; mais tous les habitants étaient à leurs fenêtres et applaudissaient avec rage les troupes armées qui passaient. Le 14 juillet, Hardy fut encore obligé de rester à la maison. Aussi le récit qu'il fait de la prise de la Bastille n'est-il que la reproduction des bruits de Paris, qu'il put noter les jours suivants. Il raconte que le gouverneur à plusieurs reprises commit des actes odieux de trahison et que le château fut pris après un siège de trois heures par la milice bourgeoise indignée d'un procédé aussi barbare et secondée par des gardes françaises, dont un surtout avait eu le courage de monter à l'assaut aussitôt les échelles posées et la brèche faite (2). Il était convaincu que les choses s'étaient ainsi passées ; car à la date du 18 juillet il note l'enterrement à Saint-Séverin, sa paroisse, d'un garçon tailleur tué au siège et à la mémorable prise d^assaut du château de la Bastille (3).

(i) Par exemple des émeutes de mai 1775, guerre des farines (III, 580) et de l'affaire Réveillon en avril 1789 Chassin, op. sup. cit. p. $0, 6j et loi.

(2) VIII, j88.

(3) Ibidem, 395.

CXLVI INTRODUCTION

Le 25, il mentionne qu'il a assisté dans l'église des Mathurins au service solennel que 3on district fit célébrer pour le repos des âmes des citoyens qui avaient été victimes de leur patriotisme et de leur amour pour la liberté dans l'expédition fameuse du siège de la Bastille (i).

Hardy est crédule, mais il n'en est pas moins digne de confiance; car, toutes les fiîis qu'il en trouve l'occasion, il rectifie les erreurs qu'il a pu reconnaître, soit par une note en marge-, soit par un renvoi. D'ailleurs il cite souvent la source de ses informations. Il insère dans son journal de longs extraits de brochures rares (2), de documents importants et même des gazettes qui lui tombent sous la main et toujours il donne avec soin l'indication bibliographique. 11 enregistre les bruits de Paris, qu^il pouvait recueillir dans les cafés ou dans les boutiques de ses confrères qui servaient de rendez-vous aux amateurs de nouvelles; mais il a soin d'employer des mentions comme celle-ci : Ce jour on débitait. Souvent il se plaint du peu de confiance que méritent ces bruits. Il semble toutefois qu'il recevait communication de nouvelles à la main et qu'il les insérait dans son journal, sans en indiquer la source (3). Quoique passionné, il ne paraît pas qu'il fût capable d'altérer les faits pour satisfaire ses rancunes ; il se contentait de donner un libre cours à ses sentiments dans de longues appréciations qui souvent suivent ses relations. Janséniste convaincu (4), il était

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