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mises en ordre et qui avaient formé les mémoires en question. Mais elle chercha à se tirer d'affaire par une équivoque sur le mot notices. Elle dit que des notices n'étaient pas des mémoires et que par conséquent il était évident que le vicomte de Ségur les avait plus que rédigés, d'autant mieux que le baron de Besenval était incapable d'écrire passablement le français (i). Mais ce raisonnement est inadmissible ; car les mémoires de Besenval ne forment pas un .récit suivi; mais sont composés d'une série de notices ou morceaux détachés écrits à des dates différentes 1771 à 1790. En outre, à la première lecture on voit qu'ils ont été rédigés par un homme qui n'avait pas la moindre prétention littéraire ; souvent ils sont à peine français et il est impossible d'en attribuer la composition à un écrivain aussi distingué que le vicomte de Ségur. Peut-être celui-ci a-t-il retouché quelques phrases sur le manuscrit ou sur les épreuves. Mais c'est peu probable. En tous cas il paraît certain qu'il n'a rien changé au fond des choses ; car seul Besenval pouvait connaître les faits qu'il raconte en détail et cela est particulièrement sûr pour les chapitres relatifs à la révolution de juillet 1789.
Les mémoires de Bailly (2) auraient peut-être pour l'histoire de cette révolution, autant et plus d'importance que ceux du baron de Besenval, s'ils avaient été rédigés plus tôt et dans d'autres conditions. Mais Bailly les
(i) Ibidem, t, VII, p. y^i. Les archives du canton de Soleure, dans un volume ayant pour titre, Schreiben ans Frankrcich, 1784-1792, conservent plusieurs lettres écrites en français par Besenval aux autorités de Soleure au sujet de son procès. II commence même un long mémoire, daté du 6 janvier 1790, par cette phrase : « J'ose espérer que Vos Excellences me
pardonneront la liberté que je prends de leur écrire en français Ma
détention me prive de traducteur et de facilité pour m'en procurer. »
(2) Mémoires de Bailly, Paris, Baudoin, 1821, in-S».
Cette édition a été faite par Bcrville et Barrière d'après celle de 1809 que les éditeurs ont eu soin de collationner sur le manuscrit original déposé à la Bibliothèque de la Chambre des députés; aussi comme elle est assez répandue je l'ai suivie de préférence aux éditions antérieures (1804 et 1809) qui ne se trouvent que très difficilement.
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écrivit au commencement de l'année 1792 (l) dans leiiea retiré où il s'était réfugié près de Nantes. Il n'avait avec lui qu'un petit nombre de journaux et de livres, entre autres le Procès-Verbal de V Assemblée des Électeurs dont il fit un grand usage : « J'ai bien regretté, dit-il, de n'avoir pas eu constamment auprès de moi un secrétaire pour recueillir les faits, les anecdotes, les traits^ les pensées, qui auraient mérité d'être conservés pour peindre avec plus de fidélité et animer de ses souvenirs les grandes scènes dont j'ai été témoin. Réduit à ma mémoire pour les retracer dans ce moment à mon esprit et les déposer dans ce Journal, je proteste que ma mémoire sera fidèle (2). » Bailly se faisait illusion ; sa mémoire parfois l'a induit en erreur ou lui a fait défaut (3) ; et il n'y a pas lieu de s'en étonner ; le contraire serait bien plus extraordinaire. Ces erreurs, il est vrai, et ces défaillances ne sont jamais bien graves.
C'est bien à tort que M. Brette (4) en a exagéré l'importance au point de se croire autorisé à déclarer que les mémoires de Bailly devraient être tenus pour suspects et qu'ils avaient été rédigés par d'irrespectueux éditeurs avec les matériaux laissés par l'auteur (5). Non seule-
(i) Après avoir rendu compte de la discussion sur la proposition de Bar rère dans la séance du 14 juillet 1789, Bailly écrit : « Si M. Barrère eût été écouté, il nous aurait sauvés de l'anarchie, qui a exposé et expose encore la Constitution, aujourd'hui 2j février 1792. » T. I, p. 358.
(î) Lui-même l'avoue à plusieurs reprises; par exemple à propos de la scène dont le 15 juillet il fut le héros à l'Hôtel de Ville. « Je ne sais pas si j'ai pleuré; je ne sais pas ce que j'ai dit, » t. II, p, 26.
(4) Dans un important travail publié dans la Révolution Française, janvier 1892 et numéros suivants, sous ce titre : La Séance royale du 2j juin 1789, ses préliminaires et ses suites, d'après deux documents inédits : La correspondance de Barentin et le Journal de l'abbé Coster.
(5) « Pourquoi faut-il que l'on ne sache pas quel est dans cet ouvrage l'apport exact du premier maire de Paris? Nous verrons plus loin en comparant particulièrement quelques passages de ces mémoires avec la correspondance de Barentin, combien ils doivent nous être suspects... Bailly, on n'en peut douter, a laissé des notes, un journal peut-être; d'irrespectueux éditeurs ont réduit à la taille d'un roman historique une charte .authentique. » Janvier 1892, p. ij.
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ment le texte imprimé est conforme au manuscrit original qui existe encore aujourd'hui ; mais on peut aisément expliquer les erreurs et les lacunes que M. Brette relève à propos de la séance du 22 juin (i) et démontrer que la relation de Bailly est suffisamment exacte ; car elle est confirmée par celles des témoins oculaires les plus autorisés, et notamment de Gaultier de Biauzat et d'Arthur Young (2). Malheureusement les informations de Bailly sur la journée du I4 juillet 1789 laissent à désirer ; car
(i) Ibidem, p. 40 et s.
(2) M. Brette aurait été certainement le premier à s'en a,percevoir, s'il ne s'était pas contenté des bulletins de Barentin et s'il avait consulté toutes les autres sources au lieu de les négliger, comme il l'a fait. Ces bulletins ne me semblent pas avoir l'importance historique que leur attribue M. Brette. En tous cas, ils avaient été signalés depuis longtemps dans le Musée des Archives nationales. Ils ne sont trop souvent que la reproduction pure et simple des rapports des mouchards chargés de renseigner le garde des sceaux sur les séances des États généraux, auxquels ce ministre n'assistait pas; mais ces agents ne pouvaient pas pénétrer dans les comités, dans les séances secrètes et souvent ils étaient fort mal informés. C'est le cas pour la journée du 22 juin dont toutes les péripéties nous sont connues par des documents sûrs, entre autres par une lettre du correspondant de la Galette de Leyde datée de Paris le 25 juin et insérée dans le numéro du Ç juillet 1789 ; par une lettre de Gaultier de Biauzat du 2j juin et par le journal d'Arthur Young.
Si Barentin ne parle pas au roi du comité que Bailly tint chez lui avec les secrétaires, c'est que ses agents, comme cela se conçoit aisément, ne le connurent pas; ils virent seulement les allées et venues des députés, qui pendant que leur bureau délibérait sur le lieu où se réunissait l'Assemblée, erraient comme des âmes en peine dans la ville, dans l'ignorance de l'endroit où se tiendrait la séance. Bailly ne dit mot de leurs pérégrinations. Il raconte qu'il alla d'abord aux Récollets avec ceux de ses collègues qui l'accompagnaient ;mais, d'une part, l'église fut jugée trop petite et de, l'autre, les religieux ne se montraient pas disposés à la prêter. « On proposa, dit il, l'église de la paroisse Saint-Louis et nous fûmes nous y établir dans la nef » ^t, I, p. 198). D'après le bulletin de Barentin, les choses ne se seraient pas passées de cette façon. Les marguilliers de Saint-Louis auraient été au devant des députés et leur auraient offert un local, attenant à la paroisse et nommé les Charniers, où se faisaient les catéchismes ; mais cet endroit étant à peine assez vaste pour contenir les députés, on n'y laissait point entrer les curieux. La dernière phrase de ce bulletin annonce au roi qu'un ecclésiastique venait d'avertir les députés du tiers réunis aux Charniers Saint-Louis, que 150 membres du clergé allaient venir les joindre.
Cette fin montre que ce bulletin rend compte seulement de la première partie de la journée du 22 juin ; car la Ga\ette de Leyde nous apprend que la majorité du clergé se réunit au tiers dans l'église Saint-Louis à une heure et demie,. Les agents secrets du gouvernement ne pouvant pas pénétrer dans les Charniers, où les curieux n'entraient pas, s'étaient sans doute
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pendant toute cette journée, Bailly fut retenu à Versailles. Le dimanche, 12 juillet, il était venu passer la journée à sa maison de campagne de Chaillot. Dans la matinéeil était allé faire un tour à Paris, où il n'avait rien remarqué d'anormal. Ce fut seulement dans l'après-midi qu'il apprit le renvoi de Neker et son remplacement par le baron de Breteuil. Les craintes fort vives que lui inspirèrent ces nouvelles furent encore accrues par l'annonce des troubles qui, dans la soirée, avaient ensanglanté la place Louis XV, le jardin des Tuileries et les boulevards. Il appréhenda de ne pas pouvoir rentrer à Versailles où son devoir l'appe-
empressésd'aller faire leur rapport au ministre, qui en avait immédiatement envoyé au roi un résumé. Le soir, au conseil, le garde des sceaux aura rendu compte verbalement à Louis XVI des événements de la seconde partie de la journée, de la réunion des députés dans l'église Saint-Louis et de la séance que le tiers y tint avec la majorité du clergé. C'est ce qui explique cette lacune dans la série de ces bulletins, lacune qui a induit M. Brette en erreur.
Cet auteur, d'ordinaire si judicieux, se laisse, à mon avis, complètement égarer par sa prédilection pour ces bulletins et va jusqu'à dire « qu'il n'est nullement prouvé que le 22 juin l'Assemblée ait siégé ailleurs qu'aux Charniers (p. 43). » Or elle n'a fait que passer dans cet endroit qui était si petit qu'elle n'aurait pas pu y tenir; elle y est restée si peu de temps que Bailly n'en parle même pas. Les députés que les marguilliers de Saint- Louis avaient recueillis étaient sans doute ceux qui erraient dans la ville en l'absence de Bailly. Comme ce local pouvait à peine leur donner place, au dire même du bulletin de Barentin, ils durent le quitter et se transporter à côté dans l'église, quand peu de temps après leur président, les secrétaires et le plus grand nombre de leurs collègues vinrent les rejoindre.
C'est dans l'église seulement que l'Assemblée siégea; c'est là que la majorité du clergé se réunit au tiers en présence d'une foule de spectateurs. M. Brette prétend à tort, toujours d'après le bulletin de Barentin, que les étrangers furent exclus. Ce passage de ce bulletin ne peut s'appliquer qu'à la réunion provisoire et temporaire d'une partie de l'Assemblée dans les Charniers. La Ga\ettc de Leyde, Gaultier de Biauzat et tous les témoignages contemporains disent que la séance fut tenue dans l'église devant un public très nombreux. Dans son journal, Arthur Young affirme y avoir assisté au milieu d'une foule immense qui se pressait en dedans' et en dehors de l'église.
En résumé, Bailly nous donne de la séance du 22 juin une relation très exacte que confirment tous les contemporains bien informés et M. Brette a été égaré par les bulletins incomplets de Barentin. Si nous avons pris la liberté de relever ces méprises, c'est en vue de prouver que pour faire œuvre sérieuse un historien ne saurait s'en tenir à un seul document, si grande qu'en puisse paraître l'autorité. Il faut réunir le plus grand nombre de témoignages possible, les critiquer à fond et ensuite les contrôler en les comparant l'un avec l'autre.
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lait. Aussi se mit-il en route de très bonne heure, le lendemain. Il ne fut pas inquiété et reprit sa place à l'Assemblée dont il partagea les patriotiques inquiétudes ; il resta en séance, sauf quelques courts intervalles, du 13 au 15 juillet, même pendant la nuit, car d'une part il craignait qu'on ne vînt l'arrêter chez lui et de l'autre il ne voulait pas séparer son sort de celui de ses collègues. Le 15 il vint cà Paris avec la députation de l'Assemblée nationale et c'est alors qu'il fut élu maire de Paris. On pourrait croire qu'en cette qualité il se serait enquis avec soin de tout ce qui s'était passé depuis le commencement de cette révolution ; mais il eut d'autres soucis en tête ; tous ses instants furent occupés par les affaires urgentes du moment. Dans sa retraite, lorsqu'il écrivit ses mémoires, il raconta les péripéties delà journée du 14 juillet à Paris, principalement d'après le Procès-Verhal des Electeurs, Il commit même quelques confusions. Par exemple il plaça au moment de la députation de M. de Corny la remise à Elle de la demande de capitulation de la garnison de la Bastille ; il fit mourir Flesselles avant la reddition de la forteresse et le meurtre du marquis de Launey. Quoique Bailly ne nous apprenne aucun fait nouveau sur l'insurrection parisienne, on aurait tort de dédaigner ses mémoires ; car on y trouve des détails intéressants sur les projets de la cour et sur les séances de l'Assemblée. En outre les jugements de Bailly méritent d'être pris en sérieuse considération ; car ils expriment l'opinion des bourgeois les plus modérés de ce temps. Bailly eut malheureusement à prouver dans des circonstances déplorables son dévouement aveugle au maintien de l'ordre. Aussi quand il explique les causes du meurtre du marquis de Launey et l'excuse, on ne saurait le suspecter de partialité pour le peuple, auquel on ne cesse de reprocher cet acte de vengeance.
Le prince de Montbarey était à Paris, le 14 juillet 1789, dans son magnifique logement de l'Arsenal, à deux pas
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delà Bastille. Mais la peur le prit; sur les deux heures, il quitta l'Arsenal avec les siens pour se rendre au faubourg- Saint-Germain ; par malheur il fut arrêté dans l'île Saint-Louis et conduit à l'Hôtel de Ville, d'où après avoir subi maints outrages, il put s'échapper sain et sauf. Dans ses mémoires (i) il ne dit mot du siège de la Bastille: il insiste principalement sur les mauvais traitements dont les siens et lui furent victimes lors de leur arrestation. Mais son récit n'est pas tout à fait d'accord avec le Procès-Verbal des Electeurs (2). Cela n'a rien d'étonnant ? car le prince de Montbarey écrivait ses mémoires en 1792 (3) dans l'émigration, sans doute pour occuper ses loisirs; privé de tous ses papiers (4), il en était réduit à ses souvenirs, qui n'étaient pas exacts ; il a commis de fort grosses erreurs en grand nombre ; en outre il était préoccupé de raconter toujours à son avantage tout ce qui lui était arrivé, sans oublier ses aventures galantes dont malgré ses soixante ans, il parlait avec la plus grande liberté.
Les mémoires du marquis de Ferrières (5), rédigés peu avant l'année 179g (6), contiennent tant d'erreurs graves (7), qu'on ne peut s'en servir qu'avec les plus grande précautions. Pour la journée du 14 juillet notam-
(i) Mémoires autographes de M. le prince de Montbarey, ministre secrétaire d'Etat au département de la guerre sous Louis XVI. Paris, 1826-27, in-8, t. III, p. 225-226.
(3) T. I, p. 21, et t. III, p. 238.
(4) T. II, p. 297, 351, 332, 365-
(s) Mémoires du marquis de Ferrières. Paris, 1799, 3 vol. in-8. Ils ont été réimprimés dans la collection Berville et Barrière. Paris, 1821, 3 vol. in-8.
(6) Dans l'avertissement qu'il mit en tête de la première édition, publiée de son vivant, le marquis de Ferrières avouait qu'il s'était servi d'un certain nombre d'ouvrages, entre autres « de quelques écrits publiés depuis le 9 thermidor ». T. I, p. 16. — Il est probable qu'il acheva de rédiger ses mémoires peu de temps avant de les mettre sous presse.
(7) Sur les erreurs graves qu'on peut reprocher au marquis de Ferrières, voyez notamment Lameth, Histoire de l'Assemblée constituante, t. I, p. 6 et s.; La Fayette, Mémoires, t. IV, p. 143-167; A. Brette, op. sup. cit. passim, etc.
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ment, ils doivent être laissés de côté. Le récit du marquis de Ferrières est inexact d'un, bout à l'autre ; il n'a d'ailleurs rien d'original ; ce n'est guère qu'un mauvais résumé de V Histoire Authentique.
Les adversaires de la Révolution ont tiré grand parti du récit de la journée du 14 juillet 1789, que Marmontel aurait, s'il fallait l'en croire, écrit sous la dictée d'Elie et inséré plus tard dans ses Mémoires (i). Mais ils se sont bien gardés de dire que les affirmations de Marmontel ne méritent pas grande confiance et que la valeur historique de ses mémoires est très mince. Marmontel les composa sans notes dans le village d'Abloville (2), où il s'était de nouveau retiré avec sa famille, lorsqu'après le coup d'État du 1 8 fructidor il fut expulsé du Conseil des anciens. A la fin du neuvième livre, parlant de son mariage qui avait été célébré le 11 octobre 1777, il écrivait : (( C'est de ce billet que date le bonheur vertueux et inaltérable qui m'attendait dans ma vieillesse et dont je jouis depuis vingt ans (3). » La rédaction du vingtième livre fut interrompue au milieu d'une phrase dès les premières pages, sans doute par l'attaque d'apoplexie qui enleva Marmontel le 31 décembre 1799, pour ainsi dire au moment même où finissait ce xviii'' siècle, dont il est resté l'un des représentants les meilleurs, parmi les auteurs de second ordre.
Ainsi ces mémoires furent écrits à une époque où Marmontel, privé depuis longtemps déjà de la plus grande partie de sa fortune, qui sous l'ancien régime consistait surtout en pensions, venait encore d'avoir à subir de nouvelles persécutions à cause de son attachement à la
(i) Les mémoires de Marmontel furent publiés pour la première fois quatre ans après sa mort, sous ce titre : Œuvres posthumes de Marmontel^ Œuvres, Paris, an XII, 4 vol. in-8. Ils ont été souvent réimprimés. Je me servirai de la dernière édition donnée par M. Tourneux. Paris, Jouaust, 1891, 3 vol. in-8.
(2) Non loin de Gaillon (Eure).
(3) T. II, p. 378.
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Royauté. Il ne faut donc pas s'étonner si leur esprit est très hostile à la Révolution. En outre dans ce petit village Marmontel, installé dans une humble chaumière, n'avait à sa disposition que très peu de livres. Aussi quand sa mémoire lui faisait défaut, l'auteur des Contes moraux et autres romans en était réduit à recourir à son imagination qui était restée fertile. Ces mémoires sont pleins de discours qui n'ont jamais été prononcés et qui visiblement ont été inventés de toutes pièces à la façon des historiens anciens. Marmontel a même prêté à Chamfort et à l'abbé Maury des propos qui certainement n'ont pas été tenus, puisqu'à l'époque où il les place, c^est-à-dire après son échec aux élections des députés du tiers état de Paris contre l'abbé Sieyès, il aurait été question d'empêcher l'assemblée des États généraux, qui étaient, à ce moment, réunis depuis quinze jours (i). Il n'y a pas plus de motifs de croire à l'authenticité des renseignements sur la journée du 14 juillet que Marmontel prétend avoir recueillis de la bouche d'Elie (2). Car les erreurs les plus graves abondent dans ce récit où rien ne permet de soupçonner le vif combat soutenu par les gardes-françaises contre la garnison et les circonstances qui déterminèrent le gouverneur à ouvrir les portes aux assiégeants. Il semble que Marmontel a écrit cette relation d'après les souvenirs vagues qu'il avait pu conserver de la lecture de la Bastille dévoilée et de V Histoire de la Révolution de Montjoye (3), qui rapporte, lui aussi, des confidences d'Elie sur la capitulation et sur le meurtre du marquis de Launey. On trouve aussi une longue relation de la journée du 14 juillet dans les mémoires publiés à Londres en 1804 (4)
(i) T. III, p. 18$ et 19?.
(2) Ibidem, p. 273 et s.
(j) Marmontel (t. III, p. 277) dit que la Bastille se rendit à quatre heures quarante minutes; or c'est l'heure fixée par les rédacteurs de la Bastille dévoilée, deuxième livraison, première édition, p. 128 n. i.
(4) Mémoires concernant Marie-Antoinette, par Joseph Weber. Londres, 1804, 3 vol. in-8.
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SOUS le nom de Webçr, frère de lait de Marie- Antoinette. Elle a été très réduite dans l'édition donnée en 1823 par les frères Baudoin (i); mais sous l'une et l'autre forme elle peut être négligée; car, comme celle de Marmontel, elle n'est qu'un mauvais résumé des ouvrages royalistes parus dans les premières années de la Révolution. Ces mémoires, dits de Weber, sont d'ailleurs très suspects. D'après une lettre de Lally-ToUendal, produite au mois d'août 1823 devant les tribunaux à l'occasion d'un procès intenté par Weber aux nouveaux éditeurs (2), l'avantpropos et les trois premiers chapitres de ces mémoires auraient été composés par Lally-ToUendal lui-même à l'aide de ses mémoires personnels et d'un petit nombre de notes de Weber, L'avocat de ce dernier, Berryer père, ne contesta pas l'exactitude de ce fait, qui par conséquent peut être considéré comme certain. Mais quel fut l'auteur du quatrième chapitre, où est racontée l'histoire delà Révolution depuis l'ouverture des États généraux jusqu'à l'installation de la famille royale à Paris, après les journées des 5 et 6 octobre? Dans leur avertissement, les frères Baudoin, après avoir fait allusion à la collaboration de Lally-Tollendal, disaient que ces mémoires étaient l'ouvrage « de plusieurs coopérateurs fort éloignés d'avoir un mérite égal ». Les avocats de ces éditeurs et ceux de Weber paraissent avoir laissé ce point de fait dans l'ombre pour ne traiter que la question de droit.. Aujourd'hui il est bien difficile de Téclaircir. On peut toutefois affirmer sans crainte que Weber n'a fait que prêter son nom et fournir quelques notes pour cet ouvrage, qu'il était incapable de rédiger lui-même. Il est, en outre, évident que la première édition fut une simple spéculation de librairie, probablement entreprise par quelques émigrés, dont Lally-
(i) Mémoires de Weber concernant Marie-Antoinette^ Paris, Baudoin frères, 2 vol. in-8.
Les éditeurs'signalent loyalement ces suppressions, t. I, p. 368 en note. (2) Moniteur, à la date du 17 août 1825, à la page 984.