‹ La journée du 14 juillet 1789Chapitre 39 sur 110 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

(2) Journal de la compagnie des citoyens arquebusiers royaux de la pille de Paris sur la Résolution française. Paris, chez M. Ricart, chancelier de la compagnie, 1789, in-4» 54 pages de l'imprimerie de Baudouin.

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avait Thabitude de tenir un journal relatant tous les événements auxquels elle prenait part. Le 9 août, elle résolut d'en publier les passages concernant la révolution qu'on venait de traverser et d'en envoyer un exemplaire à toutes les compagnies d'arquebuse du royaume. Mais cette décision ne fut pas exécutée tout de suite ; car cet extrait de leur journal ne commence véritablement qu'au lundi 13 juillet à quatre heures après midi et se continue jusqu'au 3 septembre. C'est un document intéressant, bien que la compagnie ne soit arrivée à la Bastille qu'après l'ouverture des portes. On y trouve des renseignements curieux sur les efforts méritoires de cette petite troupe pour empêcher l'ordre d'être troublé pendant cette tourmente.

On conserve à la bibliothèque de la ville de Paris un autre journal manuscrit de cette période; c'est le ^^ Journal exact de ce qui s'est passé à Paris depuis le 12 juillet jusqu'au 12 novembre de la même année par J. Nicol, témoin oculaire des faits (i) ». Mais on ne sait pas quel était ce Nicol. Il ne le dit nulle part. Son œuvre d'ailleurs est sans importance ; car quoi qu'en dise le titre, ce journal n'est rien moins qu'exact et il n'est pas du tout certain que Fauteur ait été, comme il le prétend, témoin oculaire des faits qu'il raconte. Pour la journée du 14 juillet 1789 notamment, on peut affirmer qu'il n'a rien vu ; il se contente de rapporter les bruits populaires. Suivant lui, le marquis de Launey aurait fait entrer un certain nombre de bourgeois dans la première cour de la Bastille sous prétexte de leur livrer des armes ; mais par une trahison infâme il aurait fait relever les ponts derrière eux et il les aurait fait fusiller par la garnison ; alors le peuple aurait attaqué avec fureur la forteresse dont quelques instants après les portes auraient été enfoncées à coups de canon. C'était la façon dont on se figurait généralement cette affaire à la fin de l'année 1789. (i) Un volume Jn-40, n» 27 277.

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Le baron de Besenval, au contraire, aurait pu, s'il l'eût voulu, nous fournir dans ses . mémoires (i) si curieux les renseignements les plus complets et les plus exacts sur cette révolution; car il avait eu, sous ses ordres, les troupes royales qui furent aux prises dans Paris avec l'insurrection. Par conséquent il dut être tenu au courant, non seulement jour par jour, mais encore heure par heure, de tout ce qui se passa dans la capitale pendant ces trois journées des 12, 13 et 14 juillet. Mais, comme son rôle n'avait pas été très brillant en cette occasion, ce fin courtisan, qui écrivait ses souvenirs avant tout pour se faire valoir, s'est bien gardé d'insister. Pour excuser son laconisme, dont il sentait bien l'étrangeté, Besenval déclare « qu'il laisse à l'histoire les détails d'une révolution qui n''a jamais eu d'exemple ». « Je me bornerai, dit -il, aux événements particuliers qui me concernent personnellement et qui, par leur singularité, ont attiré l'attention, malgré les grands et surprenants objets qui fixaient la politique de l'Europe et sa curiosité (2). » Les deux derniers chapitres (3) écrits en 1790, portent en effet ce titre : Ce qui m'est arrivé à la révolution de i^8ç. Mais on n'y trouve même pas le peu que Besenval promettait dans la phrase citée plus haut ; il insiste longuement sur les préliminaires, sur les dispositions des troupes, sur l'organisation du commandement, et il passe rapidement sur les journées de lutte, c'est-à-dire sur ce qui aurait pour l'histoire le plus d'intérêt (4).

Besenval paraît surtout préoccupé de l'idée de rejeter toute la responsabilité des événements sur son chef, le

(i) Mémoires de M. le baron de Besenval,... écrits par lui-même, imprimés sur son manuscrit original et publiés par son exécuteur testamentaire. Paris. 1805. 3 vol. in-80.

(2) T. III, p. 381.

(j)T. III, p. 589à4J5.

(4) Dans les mémoires publiés de part et d'autre, à l'occasion du procès criminel intenté à Besenval, et dans ses interrogatoires il n'y a aussi que fort peu de chose sur la journée du 14 juillet.

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maréchal duc de Broglie, dont l'outrecuidance, l'incapacité et l'inertie auraient été, suivant lui, les causes de la débâcle de l'armée royale. Il aurait vainement représenté au maréchal qu'on avait affaire à des citoyens dont le sang était trop précieux pour le répandre et qu'il fallait bien prendre garde de pousser les choses aux dernières extrémités; mais celui-ci, imbu du rôle qu'il allait jouer, prenant le ton d'un général d'armée, disposait de toutes choses, comme s'il eût été vis-à-vis de l'ennemi. Loin de s'appliquer, comme il aurait dû, à dissiper les inquiétudes de l'Assemblée nationale et des patriotes, il les aurait accrues, comme à plaisir. Au lieu de réunir secrètement les troupes dont il croyait avoir besoin, il couvrit les routes de régiments, qu'il concentra autour de Paris. Il fit du château de Versailles un quartier général et du jardin un camp. Son antichambre était remplie d'ordonnances de tous les régiments et d'aides de camp tout prêts à monter à cheval. On y voyait des bureaux et des commis occupés à écrire. On donnait une liste d'officiers généraux; on faisait un ordre de bataille. Néanmoins, lorsque la Révolution éclata, rien n'était prêt (i).

Bien que le maréchal de Broglie, dans le nouveau ministère formé après le renvoi de Necker, se fût chargé du département de la guerre, tout en conservant le commandement en chef de l'armée réunie autour de Paris, il n'avait pris aucune précaution pour réprimer les troubles qui pourraient éclater dans la capitale lorsque le changement d'administration y serait connu. Il n'avait rien prévu. Aussi quand, le 12 juillet, l'insurrection éclata, il perdit la tête; il laissa sans renforts et sans ordres Besenval, qui s'en plaint amèrement : « Versailles, dit ce dernier, m'oubliait dans cette situation cruelle et s'obstinait à regarder trois cent mille hommes mutinés comme un attroupement et la Révolution comme une émeute (2). »

(i)T. III, p. 405 à 407.

(2) T. III, p. 412,

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Ainsi abandonné à lui-même, Besenval, vers une heure du matin, dans la nuit du 12 au 13 juillet, retira ses troupes des Champs-Elysées et les concentra au Champ de Mars. Le lendemain, averti de l'attaque que le peuple projetait contre l'Hôtel des Invalides, Besenval en informa le maréchal de Broglie, qui ne lui répondit pas. Aussi le 14 au matin, pendant le pillage des Invalides, Besenval réunit un conseil, à l'Ecole militaire, les officiers généraux placés sous ses ordres, et les consulta pour prendre d'eux-mêmes une décision, puisque leur chef ne voulait pas leur ordonner ce qu'ils avaient à faire. Tous furent d'avis qu'il était impossible de rien tenter ; car leurs troupes ne marcheraient pas. Alors Besenval écrivit au maréchal de Broglie pour qu'il lui traçât la conduite qu'il avait à suivre; il ne reçut pas de réponse. Dans la soirée il apprit que la Bastille venait d'être prise (i). « L'imprévoyance, dit-il, de M. de Launey, sa tête troublée du bruit et la trahison d'un sous-ordre, avaient livré cette forteresse à des avocats (2). » C'était encore, à l'en croire, la faute du maréchal de Broglie, qui n'avait pas voulu remplacer de Launey par un officier énergique, comme Besenval le lui avait proposé (3). Aifaibli par la défection de ses troupes et certain de ne pouvoir rien faire d'utile, Besenval avait pris le parti de se replier sur Sèvres, quand il reçut du maréchal de Broglie l'ordre de battre en retraite. Il se rendit sur-lechamp à Versailles et ce fut lui qui apprit le premier

(i) Il en aurait été informé par un sieur Mandar auquel il aurait répondu : « Je n'ai pas d'ordres contre Paris; je ne suis pas contre les citoyens de Paris; je ne sortirai pas de mon camp pour aller à eux. » Résultat de l'instruction faite au Châtelet sur la dénonciation du procureur syndic de la commune, du j8 novembre 1789. Paris, 1790, in- 8», p. 19.

(2)T. III, p. 416.

(j) Besenval le déclare formellement dans une note ainsi conçue : « Huit jours, avant, causant avec le gouverneur, et lui trouvant la mine d'un homme effrayé, je priai M. le maréchal de Broglie de le remplacer par M. de Verteuil, officier nerveux,- qu'il serait difficile de forcer dans un pareil poste. Des considérations d'équité firent rejeter ma proposition et la Bastille fut prise. » T. III, p. 416, en note.

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au roi « tous les faits et tout ce qu'ils avaient de sinistre et pour le présent et pour Tavenir ».

Que faut-il penser de ce plaidoyer par lequel Besenval s'efforce de démontrer que, si tout a été perdu, cela n'est pas sa faute, mais celle de son général, qui n'a voulu suivre aucun de ses avis et qui l'a abandonné à lui-même au milieu du danger? Il est bien difficile de résoudre ce petit problème historique, car les documents font défaut. Les lettres échangées entre le duc de Broglie et le baron de Besenval ne nous sont pas parvenues et les témoins qui ont assisté à leurs entretiens ont gardé le silence. Le maréchal de Broglie n'a pas pu avoir connaissance des accusations portées contre lui par son ancien lieutenant, puisqu'il mourut en 1804, un an avant la publication de la première édition des mémoires de Besenval; il est vrai que des copies manuscrites de cet ouvrage avaient été mises en circulation plusieurs années avant l'impression, mais il n'est pas probable qu'elles eussent pénétré jusque dans la profonde retraite où vivait alors le maréchal, à Munster, en Westphalie. Il n'eut donc pas à répondre aux reproches que lui adressait le baron de Besenval et, les eût-il connus, il est à croire qu'il eût encore gardé un dédaigneux silence. Lorsqu*en mars 1791 le prince Victor de Broglie monta à la tribune de l'Assemblée nationale pour expliquer la conduite de son père dans la Révolution de juillet 1789 et le disculper, celui-ci s'empressa de désavouer son fils par une lettre qu'il rendit publique (i). Par conséquent, cette justification, inspirée par la pitié filiale, est sans valeur et l'on conçoit que le baron de Besenval n'ait pas repris son manuscrit pour la réfuter ; d'ailleurs, en mars 1791, il était déjà gravement atteint du mal qui l'emporta le i*' juin de cette même année.

A défaut de documents incontestables et de preuves directes, il convient d'examiner quelle a été sur ce point

(1) Ancien Moniteur^ réimpression, t. VII, p, Ç44 et 709.

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spécial ropinion des contemporains et ensuite quelle est en général l'autorité des mémoires de Besenval. Or le résultat de cette enquête n'est pas favorable au maréchal duc de Broglie. Le ministre de Saxe, le comte de Salmour, écrivait le 9 juillet 1789 : « Le maréchal de Broglie, qui n'a paru un instant un grand homme que lorsque l'esprit de son frère qui n'existe plus, dirigeait ses opérations, a à Versailles l'existence la plus singulière. Il se croit avoir fait revivre les mânes de Turenne et du grand Condé et il tient à la journée des propos d'une jactance, qui serait à peine pardonnable au plus petit sous-lieutenant d'infanterie (i). » Quoique le ministre de Saxe fût en général bien informé, on pourrait peut-être en cette occasion le récuser en sa qualité de neveu de Besenval, dont il ne serait pour ainsi dire que l'écho. Mais il n'en est pas de même d'un militaire distingué, du duc des Cars, qui critique non moins vivement la conduite du duc de Broglie : « Nous n'avons jamais pu, dit-il, obtenir du maréchal qu'il vît et haranguât les régiments à mesure de leur arrivée à Versailles ou autour de Paris, qu'il mît un uniforme et se présentât aux troupes formant la garde de la ville^ lui dont c'était l'état, le métier, je dirai plus, le devoir indispensable (2). » Le duc des Cars était en position d'être très bien renseigné ; car il était l'ami et le confident du baron de Breteuil, chef du nouveau ministère ; il savait donc ce qu'il disait. Or, pour lui, le grand coupable, c'est le maréchal de Broglie, qu'il va jusqu'à accuser de duplicité et de trahison. Evidemment il se laisse emporter par la passion. Mais son sentiment était sur ce point partagé par la plupart des chefs du parti royaliste. On retrouve ces griefs dans V Histoire authentique^ où on lit ce qui suit : « C'est une opinion assez accréditée que le maréchal de Broglie devrait la plus grande partie de ses succès et de sa gloire au comte

(i) Archives de Dresde, Salmour à Stutterheim, Paris, le 9 juillet 1789. (2) Mémoires du duc des Cars, t. II, p. 79 et s. Voir plus loin.

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de Broglie son frère, dont les conseils lui ont manqué trop tôt. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'en cette circonstance il s'est absolument perdu de réputation. Il n'a déployé ni génie, ni prévoyance, ni activité. Il ne savait ni donner les ordres, ni les faire exécuter, ni se faire rendre compte des événements, en un mot sans aucune ressource. S'il ne s'est pas montré un mauvais citoyen, comme on le lui reproche, il s'est au moins montré très mauvais général. Il n'a fait voir qu'un fonds de présomption en regardant comme un jeu une mission aussi délicate (i). »

L'accord de ces trois témoignages avec celui de Besenval établit en sa faveur contre le maréchal de Broglie une forte présomption qui est confirmée par la grande autorité que l'on est amené à reconnaître à ses mémoires lorsqu'on les contrôle à l'aide des documents officiels et des correspondances diplomatiques ; car, de tous les ouvrages de ce genre que nous avons sur cette période, ce sont ceux qui résistent le mieux à cet examen. On a parfois contesté la véracité de Besenval en s'appuyant [sur un passage bien connu des mémoires de M"^® Campan. Elle reproche à Besenval d'avoir calomnié Marie- Antoinette et elle l'accuse d'avoir osé faire à la reine une déclaration d'amour qui aurait été reçue avec colère et mépris. Mais j'ai démontré ailleurs que Besenval n'était pas coupable et qu'en cette occasion comme en beaucoup d'autres M"' Campan, dont les mémoires n'ont aucune valeur historique, n'avait pas craint de mentir indignement (2). Au contraire, les mémoires de Besenval sont une source de premier ordre. Familier de la reine et du comte d'Artois, ami intime du duc de Choiseul et de la duchesse de Polignac, Besenval joua un rôle très

(i) Histoire authentique de la Révolution de France, XIII* lettre de Paris, le 28 décembre 1789, t, I, p. ijy.

(2) Etudes critiques sur les sources de l'Histoire du xviii» siècle. Les mémoires de M""> Campan. Paris, i886, in-S», p. 28.

Extrait du Bulletin de la Faculté des Lettres de Poitiers.

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actif dans les intrigues qui, sous Louis XVI, faisaient et défaisaient les ministres ; il ne pouvait se passer à la Cour rien d'important ou d'intéressant dont il ne fût informé. Il poussait la franchise jusqu'au cynisme et dans ses mémoires, qu'il dut écrire pour lui et ses amis sans les destiner à la publicité, il a raconté tout ce qu'il savait et n'a rien celé. C'était, il est vrai, une mauvaise langue et il dit souvent du mal de ses ennemis et parfois de ses amis; mais il ne paraît pas avoir eu des griefs personnels sérieux contre le maréchal duc de Broglie; car en 1 771 il en avait tracé un portrait assez bienveillant; on peut donc, je crois, ajouter foi à ce qu'il écrit sur la conduite de son chef en juillet 1 789.

On a, il est vrai, contesté à plusieurs reprises l'authenticité des mémoires de Besenval, mais jamais bien sérieusement. Peu de temps après la mise en vente de la première édition (i), les parents de l'auteur déclarèrent (2) qu'ils n'avaient jamais eu connaissance des mémoires publiés sous le nom du baron de Besenval et que, par conséquent, ils n'étaient pas en état de dire si le manuscrit était original, comme l'annonçait le titre ; mais ils avaient été fort étonnés de lire dans l'Avertissement que c'était pour exécuter la volonté de M. de Besenval que l'éditeur avait livré ces prétendus mémoires à l'impression ; car ce n'était qu'un recueil de notes éparses qui, si elles étaient réellement de la main de M. de Besenval, paraissaient avoir été destinées à rester secrètes, et, d'après la connaissance qu'ils avaient du caractère et des principes de leur parent, ils étaient en droit d'attester qu'il ne pouvait jamais avoir eu l'intention de faire imprimer rien de semblable. En fait, MM. de Besenval paraissent surtout s'être proposés d'atténuer l'impression fâ-

(i) Elle fut annoncée dans le numéro du Journal de l'Empire (Débats) du 2 août 180$. La préface est datée du 15 mai.

(2) Par une lettre écrite de Soleure le 27 septembre et insérée dans le Journal de l'Empire du 7 octobre 1805. Elle est signée U. 1. A. de Besenval, et de Besenval jeune.

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cheuse pour la mémoire de l'auteur causée par cette publication qui avait été très sévèrement jugée (i). Ils étaient d'autant plus à l'aise pour émettre des doutes sur l'authenticité du manuscrit que l'éditeur, le vicomte A.-J. de Ségur, qui était le légataire universel et l'exécuteur testamentaire de l'auteur des mémoires, était mort à Barèges, le 27 juillet 1805 (2), quelques jours avant la mise en vente de cet ouvrage. Mais le caractère de cet écrivain était si honorablement connu que personne ne prit au sérieux l'expédient imaginé par MM. de Besenval. Le Journal de VEmpire fit suivre leur lettre d'une note ainsi conçue : « M. A.-J. Ségur était incapable de faire un mensonge et personne ne doute que les mémoires de M. de Besenval ne soient authentiques. Cependant on ne peut que louer les parents de cet officier, en les voyant renier un ouvrage scandaleux sans mérite et sans but (3). » Vingt ans plus tard, en 1825, M™® de Genlis rouvrit cette discussion ; elle affirma que les mémoires publiés sous le nom du baron de Besenval étaient entièrement de la composition du vicomte de Ségur (4). Mais elle fut obligée de se rétracter au moins en partie. Elle dut avouer qu'elle avait eu tort de dire que les mémoires du baron de Besenval n'étaient pas de lui ; car l'homme du monde le plus digne de foi à tous égards lui écrivait qu'elle s'était trompée, il lui donnait l'assurance que le baron de Besenval avait laissé par testament au vicomte de Ségur un carton rempli de notices, que M. de Ségur avait

(1) Dans son numéro du 26 août 1805, le Journal de VEmpire (Débats) publia une vive critique de cet ouvrage. Le journaliste anonyme qualifiait ces mémoires de « libelle, rempli des traits de la plus odieuse méchanceté, » etc. et il jugeait fort sévèrement Besenval, « qui parfaitement traité dans la société et fort bien accueilli par les femmes déshonorait la plupart de ces femmes ».

(2) Journal de Paris, p. 2260.

(j) Journal de l'Empire, 7 octobre 1805. Cette opinion fut adoptée par les Archives littéraires de l'Europe, t. VIII (octobre, décembre 1805), p. 225.

(4) Mémoires inédits de M™" de Genlis sur le xyiii» siècle et la Révolution Française. Paris, 1825, in-S», t. II, p. 67 en note.

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